Hors-dossier

Racisme anti-noir et suprématie blanche au Québec : déceler le mythe de la démocratie raciale dans l’écriture de l’histoire nationale

  • Geneviève Dorais

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  • Geneviève Dorais
    Département d’histoire, UQAM

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Couverture de L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire, Volume 29, numéro 1, automne 2020, p. 7-247, Bulletin d'histoire politique

La polémique de l’été 2018 entourant le spectacle SLÂV aura plongé le Québec au coeur de ses contradictions les plus flagrantes, et certainement les plus dérangeantes, sur la question de la présence noire (de la non-présence noire, selon plusieurs) dans les champs mémoriels de la société québécoise. Cet épisode a révélé, une fois de plus, à quel point les Québécois.e.s de la majorité blanche continuent de se complaire au sein du discours public dominant, comme dans plusieurs milieux universitaires francophones d’ailleurs, dans un schéma narratif qui célèbre l’exceptionnalisme bienveillant de la nation et du passé québécois. Selon les modalités de ce schéma narratif, le Québec aurait échappé — Dieu merci ! — à la violence du racisme anti-noir qui structure l’ensemble des sociétés américaines modernes. Comme l’écrit l’anthropologue Émilie Nicolas, « l’on préfère [au Québec], la plupart du temps, s’imaginer que la race est un concept qui n’a pas eu une incidence sur notre histoire, mais seulement sur celle des États-Unis ». Plusieurs historien.ne.s et spécialistes des sciences sociales ont pourtant mis à nu de façon convaincante la centralité des mythes de la bienveillance et de l’innocence raciale dans le maintien de la suprématie blanche au Canada et au Québec. Différents procédés sont employés pour ce faire. L’historienne de l’art Charmaine Nelson, par exemple, prône l’insertion de l’ensemble des populations noires de l’Amérique du Nord au sein du concept de diaspora noire, concept trop souvent associé, remarque-t-elle, à l’histoire exclusive des Afro-descendant.e.s aux États-Unis. Nelson soutient qu’une telle association a pour conséquence de marginaliser, voire de passer sous silence l’histoire de l’esclavage transatlantique au Mexique et au Canada. Le désir de nier le passé de l’esclavage par voie de comparaison avec l’histoire de la violence anti-noire aux États-Unis, selon Nelson, ne saurait pourtant être exclusif à ces deux pays nord-américains. Elle observe en effet que le mythe de l’innocence raciale fonctionne de façon similaire dans diverses régions des Amériques : « The narrative goes hand in hand with the vilification of American plantation slavery ». Une pléthore d’autres historien.ne.s, à l’instar de Robyn Maynard, David Austin, Constance Backhouse ou Robin W. Winks, a similairement mis à mal la réputation du Canada comme étant une « raceless society », soit une société supposément exempte de différences et d’inégalités raciales. Toutes et tous constatent l’importance du contre-exemple états-unien pour alimenter les célébrations de l’harmonie raciale dans laquelle s’imagine vivre la majorité blanche canadienne. Les conclusions de cette littérature invitent à recadrer l’histoire du Québec dans une perspective hémisphérique. En révélant les lieux communs que partage l’histoire des Amériques, en effet, l’approche hémisphérique permet de remettre en question l’exceptionnalisme des mythes qui ponctuent les récits nationaux des sociétés américaines. S’inspirant de cette approche, le présent article entend poursuivre le travail entamé sur le démantèlement de la mythologie canadienne de l’innocence raciale, et plus exactement du mythe de la bienveillance québécoise, par l’emploi d’une approche comparative avec l’évolution récente de l’historiographie latino-américaine. Il vise une littérature scientifique qui a su révéler plusieurs angles morts de l’étude du passé de la région, spécifiquement ceux en lien avec la nature et le fonctionnement de la suprématie blanche au sein des sociétés latino-américaines. Il est à noter qu’au-delà d’une recension de l’historiographie latino-américaine, je souhaite soulever dans ce qui suit des interrogations sur les enseignements que peuvent offrir (ou non) à l’étude du passé québécois les analyses critiques du mythe latino-américain de la démocratie raciale. Notre communauté historienne pourra débattre ou s’inspirer des propos que j’y tiens. J’espère susciter des discussions. J’espère surtout que les réactions à ce texte, s’il y en a, contribueront à sonder …

Parties annexes