Hors-dossier

Denyse Baillargeon, Repenser la nation. L’histoire du suffrage féminin au Québec, Montréal, Éditions du Remue-Ménage, 2019, 238 p.

  • Raphaël Jacques

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  • Raphaël Jacques
    Étudiant au baccalauréat en sciences historiques, Université Laval

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Couverture de L’enseignement de l’histoire au premier cycle universitaire, Volume 29, numéro 1, automne 2020, p. 7-247, Bulletin d'histoire politique

Issu d’une série d’ouvrages sur l’histoire du droit de vote des femmes au Canada, l’essai Repenser la nation de Denyse Baillargeon postule que le discours nationaliste canadien-français est au coeur des débats sur le suffrage féminin, construisant la figure de la mère ménagère comme gardienne de la nation. Pour élaborer cette synthèse historique, la professeure émérite au département d’histoire de l’Université de Montréal se penche sur une multitude de sources et d’études en les soumettant aux outils analytiques développés dans les études féministes au courant des dernières décennies. L’historienne démontre qu’au Québec, le nationalisme canadien-français est mis en opposition directe avec le suffrage féminin : pour les hommes d’Église comme ceux d’État, accorder le droit de vote aux femmes revient à mettre en péril la « race » canadienne-française et les mères qui la pérennisent au sein du foyer en produisant les futurs citoyens et en transmettant la culture nationale. Cette opposition bilatérale des élites politique et cléricale s’assoit sur la croyance que l’acquisition du suffrage féminin induirait un bouleversement des identités de genre normatives, émasculant les hommes d’un côté et virilisant les femmes de l’autre. Le nationalisme genré auquel adhèrent ces opposants se renforce d’autant plus au gré des victoires féministes dans le reste du pays. Dès lors, l’absence du droit de vote des femmes devient un gage de la particularité canadienne-française. Baillargeon soutient ainsi que, pour obtenir gain de cause, les féministes du Québec ne doivent pas tant exposer le bien-fondé du suffrage féminin que reconfigurer les discours autour de l’identité canadienne-française : elles doivent, pour ainsi dire, « repenser la nation ». L’ouvrage est organisé de façon chronologique. La première partie (1791-1849) se penche sur l’Acte constitutionnel de 1791, qui confère, par omission, le droit de vote à certains pans de la population féminine. Seule colonie britannique où la Coutume de Paris est appliquée, le Bas-Canada offre une latitude économique aux femmes en permettant à plusieurs d’entre elles de se présenter aux urnes. Néanmoins, avec le raffermissement de l’idéologie des sphères séparées, ce droit devient de plus en plus décrié pour finalement être abrogé en 1849. Le deuxième chapitre (1880-1910) détaille plutôt la naissance du mouvement des femmes, qui, au tournant du siècle, se politise dans sa volonté de voir adopter des réformes gouvernementales. Le mouvement se formalise avec la création du Conseil local des femmes de Montréal (1893), multiconfessionnel, mais principalement anglo-protestant, et de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste, franco-catholique (1907). Le premier réclame rapidement l’obtention du droit de vote aux élections montréalaises pour certains groupes de femmes et, à l’instar de la Fédération, légitime l’incursion féminine dans la sphère publique par une rhétorique maternaliste faisant valoir l’importance d’étendre une bienveillance toute maternelle à l’ensemble de la société. Dans le troisième chapitre (1910-1926), Baillargeon narre l’envol du mouvement suffragiste avec la fondation de la Montreal Suffrage Association (1913), orientée vers l’acquisition du suffrage à l’échelle fédérale, et du Comité provincial pour le suffrage féminin (1922), focalisé sur le vote dans la province. Avec le dépôt, en vain, d’un premier projet de loi en 1922, les féministes du Québec voient l’organisation d’une riposte cléricale antisuffragiste alors même que les urnes des élections fédérales leur sont déjà ouvertes depuis 1917 et 1918. Cette opposition, d’autant plus dissuasive que s’y joignent les Cercles des fermières, entraîne la mise en veilleuse des revendications, qui reprennent de plus belle en 1927, ce sur quoi se penche le quatrième chapitre (1926-1940). Celui-ci relate la …