Résumés
Résumé
Camille Laurin a toujours envisagé sa carrière politique comme une continuation de sa carrière psychiatrique. Les relations entre ces deux activités professionnelles restent pourtant floues parce que peu étudiées. En retraçant la généalogie de sa pensée psychiatrico-politique, depuis sa conception du Canada français comme une personnalité traumatique jusqu’à l’application de la loi 101 comme thérapeutique en passant par sa représentation du souverainisme comme soin, cet article entend clarifier les enjeux psychiatriques de l’engagement politique de Laurin et mettre en lumière sa conception de la politique comme une psychothérapie collective, mais peut-être aussi individuelle.
Mots-clés :
- Camille Laurin,
- Loi 101 (Québec),
- psychiatrie,
- politique,
- souverainisme,
- Canada français
Corps de l’article
Camille Laurin est d’abord et avant tout connu comme homme politique. Il est le père de la loi 101, et c’est d’ailleurs à ce titre qu’on lui a érigé des statues. Beaucoup ignorent donc qu’il fut aussi psychiatre. Formé à la Faculté de médecine de l’Université de Montréal dans l’immédiat après-guerre[2], il poursuivit sa spécialisation psychiatrique et psychanalytique à Boston, puis à Paris au début des années 1950. De retour à Montréal en 1957, il rêvait de réformer une psychiatrie québécoise, à ses yeux en retard sur ses consoeurs états-unienne et européennes, parce que fortement organisée autour de la neuropsychiatrie et de l’internement asilaire. Il contribua alors activement, aux côtés d’autres psychiatres dits « modernistes[3] » tels Dominique Bédard, Jean-Marc Bordeleau, Roger Lemieux, Denis Lazure ou encore François Cloutier, à l’engagement de cette « Révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie[4] » qui fut notamment marquée par l’engagement, en 1962, d’une politique de désinstitutionnalisation psychiatrique. Mais sa pratique psychiatrique ne fut pas cantonnée à la période précédant son élection comme député de Bourget en 1970. En effet, chaque fois qu’il quitta, volontairement ou non, un poste politique, Laurin réintégra l’Institut Albert-Prévost, ce centre psychiatrique d’avant-garde où il avait commencé sa carrière en 1957. Ce fut le cas lorsqu’il perdit les élections en 1973[5], mais aussi lorsqu’il démissionna, en 1984, de son poste de vice-premier ministre et de ministre des Affaires sociales, puis, dans la foulée, de son poste de député[6]. D’ailleurs, en 1997, l’institution de soins de santé mentale située au nord de l’île de Montréal rendit hommage à celui qui fut son directeur scientifique de 1958 à 1970 et le chef de son département de psychiatrie de 1985 à 1994, en inaugurant en son sein une aile Camille-Laurin. Ce que l’on sait moins, essentiellement parce que les recherches manquent, ce sont les liens étroits qui unissent ces deux carrières. Laurin ne fut pas psychiatre puis politicien, mais bien, en même temps, psychiatre et politicien. Ou plus exactement, il fut — nous l’avons montré ailleurs[7] — un politicien lorsqu’il était psychiatre et — c’est l’objet du présent article — un psychiatre lorsqu’il était politicien.
Figure 1
Le constat n’est pas neuf. En 1978, le journaliste Graham Fraser notait déjà, dans un long reportage sur « L’insondable Dr Laurin » publié dans L’Actualité, que « le politicien n’a pas effacé le thérapeute et s’accommode fort bien des habitudes professionnelles du psychiatre. Ses longues phrases rythmées où il martèle d’une voix douce et insistante, à coup de synonymes et de métaphores, les idées auxquelles il tient ont une étrange puissance hypnotique[8] ». Avant de poursuivre : « Le thérapeute veille constamment derrière l’homme politique[9]. » Celui qui était alors représenté par Serge Chapleau comme un sage hibou posé sur un divan de psychanalyste (Figure 1) avait en effet fait ses preuves en tant que thérapeute de groupe lorsqu’il avait participé, entre 1973 et 1976, à apaiser les tensions au sein du conseil exécutif du Parti québécois, alors présidé par Jacques-Yvan Morin. Denyse Malouin l’avait, raconte Jean-Claude Picard, appelé pour venir calmer les esprits : « Laurin s’amène alors sur la pointe des pieds, confesse tranquillement les uns et les autres, convainc chacun de mettre un peu d’eau dans son vin pour le bien du parti, et, par une sorte de magie, le calme revient, au moins pendant quelques semaines[10]. » Laurin avait également été aux côtés de René Lévesque lorsque celui-ci s’interrogeait sur son avenir à la suite de sa défaite de 1973 ou quand il enrageait contre Claude Charron[11]. Chaque fois, le docteur Laurin, en bon « conciliateur[12] », savait « trouver les mots[13] ».
Mais l’intrication des carrières psychiatrique et politique de Laurin va plus loin encore. C’est en médecin qu’il envisage son rôle de député et surtout de ministre, et cela au-delà du traditionnel usage du cadre opérationnel médical en politique dont Martin Pâquet a montré l’importance[14]. Son travail politique s’inscrit en effet, à ses yeux, dans la continuité, à l’échelle collective, de son travail de psychiatre. C’est pour cette raison que, rappelait Fraser, « [l]a psychanalyse est un repère constant dans ses écrits, ses discours, ses livres blancs, ses lois[15] ». Laurin l’a explicité dans son Témoignage, publié en 1972 par le Parti québécois avec pour sous-titre Pourquoi je suis Souverainiste ? : « j’ai finalement compris à observer mes patients, ma propre vie et les ambivalences de mes frères québécois […] qu’une psychothérapie collective s’imposait, à laquelle éventuellement je ne saurais refuser mon apport[16]. » Cette citation a souvent été mise de l’avant pour expliquer les liens ténus entre ses carrières psychiatrique et politique[17]. Le père de la loi 101 aurait mis « le Québec sur le divan[18] », afin de résoudre ce qu’il appelait lui-même les « compromis névrotiques[19] » du peuple québécois, poursuivant ainsi à l’échelle collective le travail de psychanalyste qu’il avait engagé auprès d’individus souffrants, dès la fin des années 1950, au sein de l’Institut Albert-Prévost. Seulement, au-delà de ce constat d’une forme d’unité dans la carrière et l’oeuvre de Laurin, personne n’a encore pris soin de s’interroger sur la réelle continuité qu’il y a pu avoir entre les carrières psychiatrique et politique de Laurin, ni de rentrer dans les détails de leurs intrications[20].
C’est ce que je souhaite concrétiser dans cet article qui analysera cette articulation complexe, mais essentielle à la compréhension de l’oeuvre de Laurin, entre son travail de psychiatre et d’homme politique. Pour ce faire, je suivrai de manière chronologique l’émergence de son discours psychiatrico-politique afin de proposer une généalogie de sa conception de la politique comme psychothérapie collective. Je m’appuierai sur les textes, les interventions et les discours de Laurin, produits dans le cadre de sa carrière psychiatrique comme de sa carrière politique et qui ont été soit publiés, soit conservés dans ses archives aujourd’hui préservées par le Centre d’archives régional de Charlevoix à Baie-Saint-Paul (sous la côte P26) ou par Bibliothèque et Archives nationales du Québec à Québec (sous la côte P706). Je m’attarderai notamment sur sa lecture psychanalytique de l’histoire québécoise et sur sa conception du souverainisme comme soin, avant de détailler le rôle de la langue dans son arsenal politico-thérapeutique. Je serai ainsi en mesure d’éclairer l’intrication organique de ses vues psychiatriques et politiques, montrant dès lors qu’on ne peut comprendre l’oeuvre de Laurin si l’on sépare le politicien du psychiatre.
La personnalité traumatique du peuple canadien-français
La toute première intrusion du psychiatre Camille Laurin dans le domaine proprement politique[21] peut être trouvée dans le texte « Le séparatisme est-il une maladie ? » qu’il publie, à la demande du journal[22], dans Le Devoir du 28 novembre 1961. Certes, son texte « La maladie mentale : défi à notre conscience collective », publié quelques semaines auparavant en postface de l’ouvrage de Jean-Charles Pagé Les fous crient au secours ![23], avait déjà des accents et des ambitions politiques fortes. Il entendait en effet, en plus de donner du crédit au témoignage de cet ancien patient de l’hôpital Saint-Jean-de-Dieu de Montréal dénonçant les conditions indignes de son internement, proposer les grandes lignes d’une réforme profonde de la psychiatrie québécoise. Qui plus est, les efforts de Laurin pour faire de la parution de cet ouvrage un événement politique à part entière[24] démontraient une habileté politicienne déjà bien établie, ainsi que son intérêt pour la chose publique. Mais c’est en psychiatre et pour la psychiatrie qu’il utilisait alors les outils de la politique. Devenu ainsi la voix de la modernisation de la psychiatrie québécoise[25], il n’est pas surprenant de le voir mobilisé quelques semaines plus tard par Le Devoir pour donner son avis sur la question du séparatisme qui animait alors la société québécoise, depuis la parution en septembre 1961, aux Éditions du jour, du livre de Marcel Chaput, intitulé Pourquoi je suis séparatiste.
Dans cette quatrième et dernière étude de la série engagée par Le Devoir[26], Laurin s’interroge donc, en psychanalyste, sur le séparatisme. Mais d’abord, pour rassurer son lectorat, et peut-être également lui-même, quant à sa légitimité à intervenir dans ce type de débat, il prend le temps de rappeler le rôle et les apports possibles de la psychanalyse à cette question politique. Selon lui, le psychanalyste « peut […] se croire justifié d’intervenir[27] », car « les théories philosophico-politiques sont élaborées par des hommes et que ceux-ci peuvent y projeter leurs besoins infantiles, leurs insatisfactions et leurs révoltes, leurs angoisses et leurs culpabilités plus ou moins névrotiques[28] ». Son approche particulière, « l’analyse des déterminants inconscients, personnels et collectifs », apparaît alors « très éclairant[e][29] ». Certes, précise d’emblée Laurin, il faudrait, pour être exhaustif, « soumettre tous et chacun à une psychanalyse individuelle », mais en attendant que cela soit un jour possible, il est néanmoins envisageable de « risquer quelques hypothèses[30] ».
Parmi elles, Laurin constate tout d’abord que de nombreux déterminismes individuels peuvent conduire quelqu’un vers le séparatisme, comme vers l’antiséparatisme. Il est ainsi possible, explique-t-il, que le Canadien français déplace son conflit personnel sur le plan national pour mieux gérer l’angoisse qui l’accompagne. Ainsi le refus du séparatisme peut être « l’effet de mécanismes d’inhibition, de crainte, d’infériorité ou de dénégation », plus qu’une « conviction basée sur une preuve logique rigoureuse[31] ». Mais il en est de même du séparatisme qui « peut s’alimenter à des sources tout aussi troubles[32] ». Face à « l’Anglais » qui fait figure de substitut paternel, le Canadien français peut soit vouloir « s’identifier avec lui[33] » et ainsi favoriser l’assimilation, soit vouloir au contraire l’éliminer pour ainsi faire disparaître la source de son angoisse. Seulement, il se retrouve alors face à sa « propre faiblesse » et va tenter de se fabriquer de nouveaux boucs émissaires. Chaque fois, donc, « la raison est happée par l’affection » et « se met au service de l’instinct et du besoin de sécurité »[34].
À ces déterminismes individuels s’ajoutent également des déterminismes collectifs, historiques en fait aux yeux de Laurin qui affirme que le nationalisme « exprime les aspirations, les résistances et les déchirements d’un peuple dont l’existence a toujours été menacée » : « Il y eut d’abord la misère, puis l’Iroquois, puis la lutte contre l’Anglais, puis finalement la défaite […]. Mais ce peuple qui ne voulait pas mourir trouva les moyens de s’arcbouter à ce qui lui restait et de reprendre sa marche en avant[35]. » On trouve ici la lecture nationaliste de la survivance du peuple canadien-français qui marquera l’ensemble des analyses de Laurin dans les années à venir, mais qui est ici définie comme « mythes et légendes ». Le propos de Laurin est en effet limpide : « La vérité, c’est que l’on s’entête à rêver d’un pays[36]. » Le peuple canadien-français a une « propension à la mythomanie[37] » qui relève « de [son] infantilisme et de [sa] bêtise[38] », et qui sert seulement à « conjurer son angoisse[39] ».
D’un côté comme de l’autre, des individus au collectif, le regard du psychiatre ne voit donc qu’inachèvement, angoisse et quête irrationnelle de sécurité affective. Pourtant, et pour répondre à la question posée dans le titre de l’article, le séparatisme n’est pas nécessairement une maladie. S’il s’appuie sur « un nationalisme a priori, normatif, désincarné, grandiloquent et extatique », il n’est certes que le reflet des névroses du peuple canadien-français. Mais s’il s’appuie sur un « nouveau nationalisme[40] » axé sur « les humbles réalités du métier, de la profession et de la famille[41] » et cherchant « à s’épanouir en une forme originale de civilisation[42] », il relève alors d’un processus de « maturation[43] ». Loin des mythes identitaires de la survivance, le nationalisme et donc le séparatisme peuvent trouver sa justification pour le second, son socle pour le premier dans l’accomplissement, la réalisation des « légitimes exigences économiques, linguistiques, professionnelles, culturelles et spirituelles[44] » du peuple canadien-français. Mais quant à la question de leur concrétisation politique, « les jeux ne sont pas encore faits…[45] », conclut alors Laurin.
À l’intersection du fédéralisme, qu’il défendait déjà comme étudiant en médecine dans les pages du Quartier latin[46], et du souverainisme actif qu’il fera sien dans son Témoignage de 1972, Laurin révèle ici ses doutes, ses tâtonnements, ses précautions, ses incertitudes. Du moins les tout premiers, car la mue prend du temps. En novembre 1962, c’est en libéral fédéraliste assumé qu’il écrit à Jean Lesage pour le féliciter de sa victoire et l’appuyer dans « son oeuvre admirable[47] ». Là encore, l’analyse politique est teintée d’accents psychanalytiques, qui ne sont pas sans rappeler son texte du Devoir :
L’éclatante réélection du Parti libéral m’a causé une joie profonde. Je fais maintenant plus que jamais confiance à notre peuple, à son évolution vers une véritable maturité politique et une assomption réfléchie de son destin. Je crois maintenant que nous pouvons nous libérer complètement de notre sentiment collectif d’humiliation et d’infériorité[48].
L’épanouissement du peuple québécois n’est alors pas à chercher, aux yeux de Laurin, dans l’indépendance, le séparatisme, mais dans l’établissement d’un gouvernement provincial fort et déterminé à affirmer l’identité propre des Québécois. Ses hésitations et ses doutes dureront néanmoins encore quelques années. Il refusera ainsi les avances du Parti libéral du Canada pour les élections de 1965, dont les résultats signifieront à ses yeux un retour inquiétant à la centralisation, tout en constatant rapidement l’usure du gouvernement Lesage. Mais, pendant ce temps, sa réflexion sur ses idéaux politiques évolue néanmoins tranquillement.
C’est ce dont témoigne une conférence que Laurin donne en février 1966 dans le cadre du Troisième colloque de la revue Recherches sociographiques du Département de sociologie et d’anthropologie de l’Université Laval, qui a pour thème « Le pouvoir dans la société canadienne-française ». Ayant accepté au pied levé de remplacer le psychanalyste André Lussier[49], Laurin reprend le titre initial de sa conférence, « Autorité et personnalité au Canada français[50] », mais propose une approche toute personnelle de la question. Dans cette intervention, il conteste la place de l’autorité, notamment religieuse, dans le développement de la personnalité collective du peuple canadien-français, décrivant, à partir de sa propre expérience éducative à l’école paroissiale puis au collège classique, les formes d’autorité valorisées par l’Église dans le Québec de la fin des années 1920 et du début des années 1930. Il conclut ainsi que « [s]ur le plan de la psychologie collective, l’Église apparaissait donc comme la meilleure valeur de rechange et la seule force répressive et directrice possible[51] ». Cette réalité sociale a, selon lui, marqué le peuple québécois et façonné sa personnalité collective :
Au surmoi et à l’idéal du moi marqué au coin de ce caractère religieux qu’il héritait de ses parents, le Canadien de langue française a donc ajouté génération après génération, ce surmoi et cet idéal du moi collectif que représentait pour lui l’autorité de l’Église. Conformément au schéma freudien, le troupeau des fidèles se présente comme une réunion d’individus ayant tous remplacé leur idéal du moi par le même objet, ce qui a eu pour conséquence l’identification de leurs propres moi[52].
Les personnalités individuelles des Canadiens français, comme leur personnalité collective, ont été façonnées par l’Église qui a joué le rôle de modèle, d’encadrant, voire de régulateur psychique. Face à la « faiblesse », la « désorganisation » et la « vulnérabilité de l’homme canadien-français », l’Église n’a eu d’autres choix que de mettre « l’accent sur les valeurs d’ordre et de sécurité[53] ». Il faut dire, poursuit Laurin, que les « poussées agressives et sexuelles, naturelles à l’homme » ont été, dans le cas du Canadien français, décuplées « par les rancoeurs, frustrations, désirs d’émancipation et de compensation », l’engageant dans la direction inverse d’une « glorification de l’obéissance, de la soumission, de l’ascétisme et d’un mariage délibidinisé[54] ». Ce faisant, l’homme canadien-français s’est construit en niant une part de lui-même, une part de ses « besoins instinctuels inscrits au coeur de l’être[55] » qui ne cessaient d’être réprimés par l’autorité religieuse et les pressions culturelles qu’elle engendrait, d’où sa nature désorganisée et vulnérable. Mais les choses changent, conclut finalement le psychiatre :
Notre surmoi collectif s’adoucit peu à peu. Les motifs qui lui avaient donné sa forme se sont atténués. La collectivité est plus instruite, mieux pourvue, plus sûre d’elle-même, plus nombreuse et plus forte. De nouveaux points et de nouvelles formes d’autorités sont apparus au sein de l’État, des syndicats, des corps intermédiaires et des universités. Ces diverses autorités dialoguent entre elles, collaborent, se comparent, se surveillent et rendent ainsi improbable la résurgence du monolithisme d’antan[56].
Bref, une révolution tranquille est en cours. Elle offre, aux yeux de Laurin, les conditions d’une « définition nouvelle des rapports entre autorité et liberté » et elle permet d’envisager « que, par approximations successives, nous en arriverons à instaurer un état qui favorisera davantage la pleine réalisation des possibilités de chacun[57] ». Sans qu’elles soient encore bien établies dans leur complémentarité et leur possible évolution commune, les relations organiques entre le développement de la personnalité des individus dont la clinique s’occupe, ainsi que le rappelle Laurin au début de l’article, et les évolutions de la société sont ici esquissées par le psychanalyste qui semble découvrir le potentiel de cette lecture croisée. Il va d’ailleurs s’y attarder comme le laissent entendre les six paragraphes finaux rajoutés pour la publication de l’article dans Recherches sociographiques[58] qui explorent la possibilité de transformations récentes des relations entre autorité et personnalité.
Les incertitudes de 1961 semblent bien s’être estompées. Laurin cherche et trouve, dans son analyse du Québec et de sa situation névrotique, la motivation intellectuelle, les raisons concrètes, les appuis solides pour s’engager pleinement dans la défense de l’indépendance. Cette dernière viendra, selon Picard — qui s’appuie sur un témoignage tardif de Laurin —, de sa pratique psychiatrique, de ses consultations à son cabinet privé de la rue Pagnuelo :
Je voyais des gens résignés, tristes, passifs, découragés. La partie saine de leur personnalité était affectée par une importante perte de confiance en soi et la conviction d’être pour toujours né pour un p’tit pain. Notre histoire collective empêchait de développer des comportements individuels heureux. J’ai examiné les dimensions psychologiques de la vitalité de notre peuple. Lorsqu’on voit des défauts, des lacunes, il faut traiter. Pour moi, le remède ne pouvait être que politique en créant un État fort, puissant, qui corrige les effets négatifs de la Conquête[59].
Bien qu’il faille toujours prendre avec précaution les analyses rétrospectives de Laurin, qui a tendance à réécrire l’histoire à l’aune de son propre récit[60], force est de constater qu’il va se rapprocher de l’indépendantisme d’abord en votant pour le RIN en 1966, puis en adhérant en 1968 au Mouvement souveraineté-association de René Lévesque, qui fusionne avec le Ralliement national pour former le tout nouveau Parti québécois. Présent au congrès de fondation qui se déroule du 11 au 14 octobre 1968, Laurin est d’ailleurs élu membre du conseil exécutif du parti, mais aussi nommé président de ce même conseil par Lévesque. Son entrée en politique et dans la lutte pour l’indépendantisme est ainsi actée. Lui reste à théoriser cet engagement.
Le souverainisme comme soin
Sans que l’on puisse clairement identifier ses origines réelles, le tournant souverainiste de Laurin est accompli en octobre 1969, lorsqu’il signe la préface de l’ouvrage du juriste Guy Bertrand intitulé Québec souverain — Avons-nous les moyens ?, publié par le Parti québécois. Il y reprend en effet à son compte le récit fondateur du peuple québécois qu’il dénonçait comme un mythe en 1961. Dans ce court texte, republié en conclusion de Ma traversée du Québec parue l’année suivante[61], Laurin rappelle que le Québec a été fondé par des Français, et qu’à titre de « coloniaux », les Québécois ont toujours aspiré à une liberté que les relations avec la mère patrie et ses représentants ne leur laissaient pas toujours. La conquête anglaise, poursuit-il, mit fin à ce rêve d’indépendance déjà présent dès le début du XVIIIe siècle, mais qui rejaillira avec l’insurrection de 1837. Ce sursaut de fierté du peuple québécois, explique-t-il ensuite, lui laissa un « sentiment d’amertume et une peur de l’aventure » qui le poussa à se « replier à nouveau[62] ». Mais, selon lui, « l’option de la souveraineté » est « toujours présente dans l’âme collective[63] », car l’indépendance est « pour la nation québécoise une aspiration naturelle[64] ». C’est elle qui doit, selon cette perspective très téléologique, « donner à ce peuple meurtri son identité définitive, le délivrer de ses mauvais souvenirs, de ses complexes et de ses mythes, susciter la fierté, assurer sa dignité et galvaniser ses énergies[65] ».
S’il rallie ainsi le récit historique de la survivance[66] qu’il dénonçait comme mythique en 1961, il retrouve aussi les conditions d’existence du nouveau nationalisme qu’il appelait alors de ses voeux. L’indépendance ne peut plus, à ses yeux, être retardée, car elle est « devenue une nécessité économique[67] ». C’est tout l’objet du livre qu’il préface, mais c’est aussi l’une des conditions qu’il cherchait en 1961 lorsqu’il affirmait que le nationalisme nouveau, celui, autrement dit, avec lequel il serait en accord, devrait se fonder sur les « humbles réalités du métier, de la profession et de la famille », citant alors « [l]’ouvrier, le cultivateur, l’artiste, le savant » comme acteurs centraux du nationalisme par leurs apports « aux richesses de la nation[68] ». Rien ne retient donc plus Laurin de militer activement pour l’indépendance du Québec, et ce, dès maintenant : « Il n’est plus permis, en cette heure tragique, de se fier à un pouvoir qui nous a ignorés ou trahis. Nous ne pouvons plus compter que sur nous-mêmes. Nous n’avons plus le droit de nous dérober à nos responsabilités. […] Si la peur nous retient encore, nos enfants nous accuseront de lâcheté[69] », affirme-t-il sans détour. Car donner au Québec son indépendance, c’est bien plus qu’un geste politique à ses yeux. C’est un geste thérapeutique en ce sens que c’est lui permettre d’enfin « s’appartenir », « de se libérer des freins qui le retiennent », de « trouver son identité définitive et de se donner les moyens de ressembler à ce qu’il y a de meilleur en lui-même[70] ». Le souverainisme est un soin apporté au peuple canadien-français dont la personnalité était jusqu’alors confuse, tourmentée, divisée, inachevée. C’est une démarche thérapeutique collective.
C’est ce que Laurin explicite et détaille dans son Témoignage, paru en 1972 aux éditions du Parti québécois. Dans ce petit opus, le désormais député de Bourget commence par revenir sur ses propres doutes et sur le temps qu’il lui a fallu pour prendre conscience de la nécessité de l’indépendance, de l’urgence qu’il y avait à libérer le Québec « des dangers qui menacent son existence », et à « assurer son épanouissement[71] » : « je me demande souvent pourquoi, il a fallu tout ce temps pour que mes yeux se dessillent et contemplent enfin la vérité[72]. » Il détaille ensuite, dans la lignée de ses précédents textes, les raisons qui ont conduit le peuple québécois à « être confus, tourmenté, divisé contre lui-même, inachevé, incapable d’intégrer les éléments de sa riche personnalité, d’harmoniser ses aspirations et son action, d’inscrire ses rêves dans la réalité, de secouer les tutelles, de vaincre ses peurs, d’affronter l’inconnu à ses risques et périls, d’assumer pleinement sa liberté, son histoire et son existence[73] ».
C’est, sans surprise, dans l’histoire que Laurin trouve les sources de cet inachèvement de la personnalité québécoise : les pouvoirs coloniaux successifs, la France puis la Grande-Bretagne, ont, dit-il, asservi et aliéné « l’habitant[74] », engendré une « nation empêchée[75] ». C’est ce qui a « retardé d’autant la constitution de sa personnalité collective et a conféré à celle-ci son caractère angoissé et chaotique[76] ». Cette insécurité du peuple québécois l’a conduit à être fasciné par l’Autre et à s’y identifier à « la manière de l’enfant qui vit dans la dépendance du nourrissage[77] ». La personnalité du peuple québécois s’est donc forgée sur la base d’identifications successives, mais incomplètes, depuis la France, mère devenue, après la défaite de 1760, « marâtre » qui l’abandonne à l’ennemi, jusqu’aux États-Unis qui infiltrent l’esprit québécois, y portant des « maladies[78] » sociales dont il lui faut ensuite s’autonomiser, en passant par « l’envahisseur anglais » qui a toujours essayé « de lui voler son âme par des moyens aussi puissants que sournois », mais auquel il vouait aussi « une admiration et une sympathie » certaines[79]. On retrouve ici une rhétorique commune à nombreux penseurs de l’indépendance, dont le journaliste Jean Bouthillette qui propose, à la même période, une analyse somme toute assez semblable de l’aliénation de la personnalité des Canadiens français, notamment à la suite de la Conquête. « Depuis deux siècles, nous ne sommes plus seuls dans notre pays. Non plus qu’en nous-mêmes. […] Nous voici devenus totalement étrangers à nous-mêmes[80] », affirme-t-il dans son essai Le Canadien français et son double, paru lui aussi en 1972.
Ainsi, comme le résume Laurin, la bataille pour la libération et l’unité de l’âme québécoise passe donc par une bataille contre soi-même, car « les pouvoirs extérieurs contre lesquels le Québécois doit se battre sont également installés au coeur même de sa personnalité avec laquelle ils se confondent[81] ». C’est ce qui explique que, pour assurer enfin « l’épanouissement de l’être collectif », le peuple québécois doit commencer par développer une « connaissance exacte de soi » qui lui permette
[…] de se rendre compte qu’il ne doit plus craindre ses maîtres successifs et qu’il ne leur doit plus rien maintenant qu’il a intériorisé sous forme de normes et de valeurs leur héritage respectif, que ces héritages se sont ajoutés à son propre fond pour former une nouvelle réalité qui s’appelle l’âme québécoise, que cette nouvelle réalité peut et doit s’inscrire dans un modèle spécifique d’organisation économique, sociale, politique et culturelle, en vertu d’un choix et d’un effort collectif[82].
Bref, l’émancipation doit passer par le développement d’« une psychologie et d’une psychothérapie collectives[83] », c’est-à-dire d’un travail de connaissance, puis de traitement de l’âme québécoise. C’est l’objet de la deuxième partie du texte.
Laurin débute cette deuxième partie de son Témoignage en rappelant que ces réflexions doivent beaucoup à sa formation et à son expérience professionnelle : « On ne peut que transposer malgré soi dans sa philosophie propre, sa méditation et son action de citoyen les motivations qui nous ont fait choisir telle profession[84]. » Puis il ajoute une précision qui nous éclaire sur la manière dont il entrevoit désormais les relations entre psychiatrie et politique : « D’autant plus que la politique est une science humaine et qu’à ce titre elle entretient des rapports étroits, ressemblances, analogies, complémentarités avec ces autres sciences qui font l’objet de mon étude et de ma pratique[85]. » Laurin est désormais sûr de sa contribution et au clair avec les potentiels apports de la psychologie, de la psychiatrie et de la psychanalyse à la politique : « Lorsqu’elle est utilisée en politique, cette approche ne reste pas longtemps au niveau de l’événement, mais plonge aussitôt vers ses racines […]. Elle découvre ainsi à la politique une dimension et un sens qui permettent de la mieux situer[86]. » La psychiatrie et la psychanalyse conduisent en effet le clinicien « à étudier son malade dans toutes ses dimensions, saine et morbide, passée et présente, consciente et inconsciente, génétique et dynamique, existentielle et structurale, ainsi que dans tous les secteurs de sa personnalité[87] ». Le malade livre « son être tout entier » au psychanalyste. De consultation en consultation, ce dernier finit ainsi par accumuler des « milliers d’observations qu’il compare et qui font surgir en son esprit des hypothèses qu’il tente ensuite de confirmer ou d’infirmer par les observations ultérieures qu’il effectue dans son propre champ et dans tous les autres secteurs de l’activité collective[88] ». Voilà pour la méthode. Pour le contenu, Laurin procède à une comparaison entre le développement de l’individu et le développement d’un peuple qui fait écho à ses analyses précédentes.
Il note l’importance des « expériences du premier âge[89] », des premiers attachements et des premières autorités dans la construction et l’affirmation de la personnalité, individuelle comme collective. Puis il constate que cette « période de préparation et d’apprentissage » doit un jour prendre fin : « l’enfant devenu homme se retrouve devant des défis qu’il se doit de relever pour le meilleur et pour le pire : choix et engagements professionnels, conjugaux, idéologiques, communautaires, etc.[90] » Parfois, celui-ci hésite, poursuit Laurin, dont on ne sait alors s’il parle du Québec ou de lui-même, car il ne suffit pas de se sentir prêt : l’« épreuve suprême et véritable est celle de l’action, qui seule finit de révéler l’homme à lui-même[91] ». Mais une personnalité dont le développement s’est retrouvé, pour une raison ou pour une autre, « ralenti, inhibé ou infléchi[92] » aura plus de difficultés à prendre son envol. Face aux choix à faire, elle déploiera alors toutes sortes de compromis « funestes » qui « ne peuvent qu’engendrer une insatisfaction profonde[93] » et laisser le sujet dans une « sourde angoisse » où il se sent « morcelé et divisé[94] ». C’est l’état dans lequel Laurin a trouvé les Québécois de langue française : « j’ai retrouvé chez la plupart de mes patients francophones, à des degrés divers, ces constellations caractérielles, ces tonalités dépressives, ces compromis, ce sentiment d’inachèvement et cette carence de l’identité[95]. » Il a même retrouvé certains traits chez lui et chez d’autres, le convaincant qu’il s’agissait d’un « héritage collectif que seule une psychothérapie collective pouvait remanier[96] ».
Le premier obstacle à ce traitement reste l’âme québécoise elle-même qui « a intériorisé les modèles français, anglais et américains auxquels il [le Québécois] est obligé de s’opposer pour se poser et s’épanouir[97] ». Le Québécois, explique Laurin dans la lignée de ses analyses précédentes, éprouve donc « le sentiment de s’attaquer, de se blesser et de se diminuer lui-même en s’en prenant à l’autre », « ce qui peut l’amener à renoncer au combat »[98]. Mais un travail a été engagé par le peuple québécois, nous dit le psychiatre, « depuis trente ans et à une cadence accélérée ces dix dernières années[99] », pour opérer « une révision fondamentale et globale de sa situation[100] ». Force est néanmoins de constater que beaucoup reste à faire et notamment s’affranchir de ce qui est, aux yeux de Laurin, le principal obstacle à l’épanouissement et à la pleine réalisation du Québec : le régime fédéral.
L’histoire récente le prouve d’ailleurs selon le politicien-psychanalyste qui revient sur l’établissement de la constitution canadienne, sur la position minoritaire des Québécois à Ottawa, sur leur attachement au « gouvernement de Québec », puis sur l’extension du pouvoir d’Ottawa pendant la Seconde Guerre mondiale et son accaparement une fois les hostilités finies. Même si la Révolution tranquille vint un temps freiner cette poussée et permit de reconquérir « une partie du terrain perdu[101] », lorsque le gouvernement québécois demanda une révision de la constitution, « il se heurta à un mur[102] ». Puis vint la Charte de Victoria, cette « attaque frontale » d’Ottawa, ce « marché de dupes[103] » qui n’empêcha pas le pouvoir fédéral de poursuivre ses manoeuvres d’envahissement du champ des compétences québécoises. « Cette menace mortelle et proche place donc le Québec au pied du mur[104]. » C’est le moment du choix, un choix « urgent, mais difficile[105] », que le peuple québécois tente de repousser par « angoisse d’une émancipation, d’une liberté qu’il redoute autant qu’il la désire[106] ». En effet, telle est l’âme québécoise, tiraillée, déchirée, apeurée, profondément névrotique, du fait de son histoire et de son héritage collectif. Seuls « une prise de conscience, un engagement et une action[107] » lui permettront de disloquer ses compromis névrotiques et de « les remplacer par une conduite adaptée qui lui apportera la plénitude, le bien-être et l’épanouissement qui sont à sa portée[108] ».
Or, conclut Laurin, cette psychothérapie collective « est commencée depuis longtemps et ne fait que s’intensifier au fil des années[109] ». Elle s’incarne dans tous les gestes posés par les artistes, les hommes de science, les entrepreneurs, les gestionnaires ou les simples citoyens qui s’activent à construire les « morceaux de notre personnalité de demain » et qui « invitent à imiter ceux qui les observent[110] ». Parmi eux, René Lévesque, « moteur, fer de lance et artisan » de cette Révolution tranquille qui pendant quelques années a mobilisé toute la collectivité québécoise autour de ce nécessaire « travail d’analyse et de restauration[111] ». Ainsi, en le rejoignant dans ses efforts, en passant en politique, Laurin confie n’avoir pas eu le sentiment d’abandonner son travail professionnel, « mais de le situer et de le poursuivre à un autre niveau[112] », contribuant ainsi, comme il le faisait avec ses patients de l’Institut Albert-Prévost, à faire retrouver à la collectivité québécoise son unité, sa liberté et sa paix intérieure.
Mais sa principale contribution à cette maturation en cours, cette « oeuvre belle et forte » qui « contribue[ra] à sa manière » à cette psychothérapie en cours, « en démontre[ra] l’efficacité et en avance[ra] le terme »[113], n’arrivera que quelques années plus tard, quand, à la suite de l’élection du premier gouvernement du Parti québécois en 1976, Laurin, nommé ministre d’État au Développement culturel, se voit confier par René Lévesque la tâche de résoudre les problèmes de la loi 22, la loi sur la langue officielle adoptée en juillet 1974. « Docteur, vous allez me corriger ça[114] », lui aurait-il dit. Laurin allait en effet engager une réforme profonde de la question linguistique, participant, à sa mesure, à la psychothérapie collective en cours.
La loi 101
Certes, le mandat que le Conseil des ministres confia à Laurin le 15 décembre 1976 était sans équivoque : « Préparer une révision en profondeur de l’ensemble de la Loi sur la langue officielle de façon à donner au français la place qui lui revient dans la société québécoise[115]. » Mais le projet avec lequel le ministre-médecin revint au même conseil le 16 février 1977 surprit par son ampleur et sa fermeté[116]. Le projet de loi 1 allait bien plus loin que ce que souhaitait Lévesque, qui resta étonné par son exhaustivité et sa radicalité. « Je ne vous en demandais pas tant[117] », lança-t-il au ministre. Il faut dire que, dans la lignée de sa conception thérapeutique de la politique, Laurin avait imaginé et conçu, avec l’aide de Fernand Dumont, Henri Laberge et Guy Rocher notamment, une loi « qui s’inscrive dans l’Histoire, qui en reprenne le fil pour réparer toutes les blessures » : « Je voulais faire une loi qui répare, qui redresse et qui redonne confiance, fierté et estime de soi à un peuple qui tenait à sa langue, mais qui était devenu passif et résigné[118]. » Loi thérapeutique, donc, qui est aussi pensée comme un marchepied vers l’indépendance tant désirée. D’ailleurs, Laurin rédige le projet de loi comme si le Québec était déjà souverain, ainsi qu’il le confie lui-même : « Une fois qu’un peuple a reconquis son identité, qu’il a réparé les injustices économiques et les aliénations culturelles, il est normal qu’il veuille mener ses propres affaires. Dans ce projet de loi, on se comportait déjà en pays souverain[119]. » Mais le projet de loi fait des remous au sein même du conseil des ministres, et il faut toute la détermination et l’écoute de Laurin pour qu’il puisse aller de l’avant.
Le livre blanc rendu public le 1er avril 1977 sous le titre La Politique québécoise de la langue française donne un bon aperçu du projet comme des intentions de Laurin (et ce, même s’il a été principalement rédigé par Fernand Dumont). Dès l’avant-propos, on retrouve par exemple la rhétorique historique chère à Laurin :
Voilà deux siècles que, dans ce pays, la langue française provoque des discussions et des débats. Sans cesse elle a surmonté des défis, affronté des périls. Lors de la conquête de 1760, à la Chambre d’assemblée de 1791, au moment de l’Union en 1840, à l’occasion des décisions successives où ont été brimés les droits scolaires des francophones dans d’autres provinces du Canada, en tant de circonstances difficiles dont on retrouve encore aujourd’hui des exemples éclatants, le sort de la langue française n’a été assuré que par l’affirmation tenace de ceux qui en maintiennent la présence sur le continent américain[120].
Plus loin, son projet psychiatrico-politique affleure lorsque le texte précise : « C’est dans le sens d’une recherche de maturation que se situe l’objet d’une politique de la langue au Québec[121]. » Le projet de loi vise à redonner le pouvoir à la majorité francophone. Il l’incite à « ressaisir le pouvoir qui lui revient, non pour dominer, mais pour s’imposer au rang et dans tout l’espace qui convient à son importance[122] », car « [g]arantir l’usage de sa propre langue, cela fait partie de la tâche d’établir historiquement un peuple de manière qu’il ne soit plus vulnérable à la dissolution[123] ». Le but est clair : redonner au peuple québécois son identité propre et le sortir de son état névrotique chronique.
Tant qu’un peuple se sent fragile, menacé et vulnérable aux attaques extérieures, il tend à se replier sur lui-même dans une aire prudemment circonscrite où sa marge de manoeuvre réduite lui permet mieux de contrer les influences adverses. Ce fut longtemps le cas d’une petite collectivité francophone exposée aux grands vents anglicisants de l’Amérique sans protection efficace pour assurer sa culture. Cette insécurité chronique a engendré des sentiments légitimes de méfiance […]. Le temps est venu de cesser de penser notre avenir en termes de timide survivance, de retrouver le sens de notre vraie grandeur[124].
Lorsque le projet de loi 1, intitulé Charte de la langue française au Québec, est déposé à l’Assemblée nationale le 27 avril 1977, Laurin ne peut à nouveau s’empêcher d’en souligner l’aspect historique et réparateur : « Ce projet de loi s’inscrit dans notre histoire. Il marque la fin d’un chapitre qui a trop longtemps duré et en inaugure un autre où, avec une sérénité tranquille, non seulement nous affirmerons notre existence, mais nous prendrons tous les moyens d’assurer notre développement dans toutes les sphères et dimensions de notre vie collective[125]. »
On retrouve le même argumentaire, la même rhétorique dans la bouche de Laurin, quelques mois plus tard, lorsque le projet de loi, désormais nommé 101, passe en deuxième lecture à l’Assemblée. Après avoir rappelé le refus du peuple québécois de disparaître à la suite de la Conquête et sa volonté de « rester lui-même[126] » à travers les épreuves qu’il rencontra ensuite dans l’Histoire, et dont l’énoncé reprend les grandes lignes du Témoignage de 1972, Laurin réaffirme son projet de loi comme la première étape nécessaire à la maturation de la personnalité du peuple québécois, et à son épanouissement dans l’indépendance :
Le Québec se doit de parachever, sur tous les plans, la nation qu’il constitue, de se donner les pouvoirs et les ressources qui lui sont nécessaires à cet effet et de rechercher avec la nation voisine, sur la base de l’intérêt et de l’amitié, les meilleurs relations et accords possible [sic]. C’est dans cette perspective que se situe la politique linguistique du gouvernement. C’était le premier geste à poser, car la langue est le fondement même d’un peuple, ce par quoi il se reconnaît et il est reconnu, qui s’enracine dans son être et lui permet d’exprimer son identité[127].
L’analyse du psychiatre sur l’âme québécoise est au coeur de son discours de défense du projet de loi qui doit permettre, selon lui, à « cette société essentiellement française » d’inscrire « enfin son âme dans le paysage, dans les grandes structures et institutions de sa vie collective […] pour qu’elle se déploie d’une manière complète et visible, pour qu’elle se reconnaisse dans les signes extérieurs de son identité[128] ». En effet, jusqu’ici, « l’âme québécoise n’a pas vraiment réussi à s’inscrire dans un paysage culturel aux traits qui lui correspondent, un peu comme une âme en exil qui compose avec les objets et les institutions qu’elle n’a pas produits[129] ». Désormais, grâce à cette loi, la majorité francophone pourra retrouver « la fierté, la confiance en soi, la dignité, la maturité, le progrès dont elle a besoin et qu’elle mérite. Elle lui donnera le goût d’aller plus loin et d’assumer bientôt la maîtrise de son destin, après qu’elle lui aura prouvé que cela est possible et qu’elle en est capable[130] ».
Le discours que Laurin tient pour clore les débats de la troisième lecture du projet de loi le 26 août 1977 creuse ce même sillon, affirmant sa Charte comme un « geste capital qui renverse le cours de notre histoire des deux derniers siècles qui oriente dans le sens de la maturité, de la création et de l’ouverture au monde notre existence collective[131] ». La loi 101 est une loi de libération : « Débarrassé ou presque de ses glaces, le fleuve de notre vie commune coule désormais et à nouveau vers la mer avec ampleur, librement, avec toute sa force[132] ». Elle est un moment d’affirmation du peuple québécois : un « moment de mutation et de cristallisation où notre peuple s’est à la fois retrouvé et transformé, où il a pris conscience de sa singularité au moment même où il l’affirmait avec sérénité et assurance, où il a repris possession à la fois de sa langue et de son pays, où il a vibré collectivement à l’évocation d’un passé où il se racine et d’un avenir où il se projette[133] ». La Charte de la langue française n’est donc, pour le dire autrement, « rien d’autre que le geste d’un peuple qui est résolu à vivre sa vie[134] ».
La démarche thérapeutique de Laurin est claire, même pour ses principaux opposants. Dans The Gazette du 6 août 1977, la journaliste Greta Chambers explique ainsi avec une pointe d’ironie, dans un article intitulé « Diagnosis : Inferiority complex and Dr. Laurin has the treatment » : « Camille Laurin is, of course, right. He’s the doctor. It is he who has been called upon to diagnose and then prescribe for the patient. There has been some controversy over the identity of the patient. But using Laurin’s criteria, his prescription has been in the best tradition of psychiatric treatment[135] ». Le docteur Laurin, en bon psychothérapeute qu’il est, a engagé son traitement en commençant par le support même de la parole qu’est la langue, quitte à, pour cela, achever le Canada, comme semble laisser entendre une caricature de presse conservée dans ses archives et qui le montre en Docteur Tulp donnant aux députés du Parti québécois sa leçon d’anatomie sur le cadavre du Canada (Figure 2). Il poursuivra sa thérapie avec la publication, en 1978, de son livre blanc intitulé La politique québécoise du développement culturel, dans lequel il convie tous les Québécois à se réunir autour d’un projet de société et d’une conception de la culture entendue au sens large comme « un milieu de vie » englobant « l’ensemble de l’existence »[136].
Figure 2
« Caricature de Laurin en Dr Tulp », Fonds Laurin, Centre d’archives régional de Charlevoix à Baie-Saint-Paul (P26 A1 14)
Conclusion
Une quinzaine d’années sépare le Laurin fédéraliste, dont on trouve encore des traces vivaces dans le texte du Devoir de 1961, et le Laurin ardent souverainiste défenseur du projet de loi 101. Entre les deux, une véritable révolution s’est opérée. Dans la société québécoise certes, qui a engagé sa Révolution tranquille, dans la psychiatrie même qui a tenté de suivre le mouvement[137], mais surtout dans la pensée de Laurin. Celui qui voyait dans le nationalisme de la survivance le reflet des névroses du peuple canadien-français n’hésite pas à s’inscrire, dix-sept ans plus tard, parmi les « continuateurs de la pensée de Lionel Groulx[138] ». Or ce renversement n’est pas le fait d’une prise de conscience tardive, d’une soudaine épiphanie ou d’un retournement opportuniste, c’est le résultat d’un travail analytique et thérapeutique de longue haleine.
Comme il le laisse entendre dans son Témoignage, Laurin a lui-même suivi le chemin qu’a pris le peuple québécois pour se sortir de ses névroses, de ses dominations conscientes et inconscientes, de ses représentations trompeuses, et ce afin de s’assumer comme une personnalité pleine, autonome et fière de son identité, de son histoire et de sa spécificité. En devenant ministre et en proposant la loi 101, le médecin Laurin s’est en effet accompli en tant que sujet, assumant pleinement ses choix, ses orientations et finalement ses responsabilités. « L’épreuve suprême et véritable est celle de l’action, qui seule finit par révéler l’homme à lui-même[139] », affirmait-il dans son Témoignage de 1972. En s’engageant en politique, Laurin s’est révélé à lui-même, à la fois comme souverainiste, mais aussi comme thérapeute. Au niveau individuel de sa pratique psychiatrique, il n’était en effet pas en mesure de pleinement régler les problèmes de ses patients et patientes dont la personnalité troublée, voire névrosée n’était que le reflet, le résultat d’une personnalité collective inachevée. Il lui fallait donc, pour mieux les soigner, se donner les moyens de soigner le Québec. L’établissement progressif de sa pensée psychiatrico-politique, dont j’ai retracé ici les grandes étapes, mais dont il reste encore à affiner l’analyse, notamment à la lumière du contexte sociopolitique bouillonnant dans lequel elle s’inscrit, a participé, pour l’intellectuel qu’est foncièrement Laurin, à l’épanouissement concret de sa personnalité, à son avènement en tant que thérapeute complet, achevé, parce que pouvant légitimement traiter les Québécois au niveau individuel autant que collectif. La politique a ici fait office de psychothérapie individuelle. Mais ce n’était qu’une première étape. Nécessaire certes, mais insuffisante.
Comme le fait tout bon psychanalyste qui doit d’abord suivre une analyse avant de devenir thérapeute, Laurin devait lui-même se libérer des carcans autoritaires et névrotiques qui pesaient sur lui de manière à ensuite mieux soigner le peuple québécois. En ce sens, sa conversion personnelle au souverainisme, à propos de laquelle beaucoup de zones d’ombre subsistent, était un préalable nécessaire à son action thérapeutique, le chemin à parcourir pour ensuite mieux y guider le Québec. En effet, la politique est aussi, et surtout, une psychothérapie collective pour Laurin. L’amélioration de la vie des Québécois, la résolution des problèmes sociaux du Québec nécessitaient une thérapie, un traitement du peuple québécois, puisque ses problèmes s’enracinaient dans l’épanouissement même de son âme, le développement confus et obstrué de sa personnalité collective. Or, contrairement à ce qui en a souvent été dit, le traitement proposé par Laurin n’a rien d’une « thérapie de choc[140] ». Loin de ce paradigme thérapeutique de la psychiatrie qui consistait à choquer le corps — par l’insuline, les électrochocs ou encore le cardiazol — afin de mieux libérer la parole, Laurin proposa au contraire un accompagnement psychanalytique progressif et sur le long cours afin de permettre à l’âme québécoise de se libérer de ses névroses, certes, mais surtout de pleinement s’épanouir, d’atteindre la maturité. L’adoption de la Charte de la langue française, si elle était essentielle à cette démarche tant « la langue est le fondement même d’un peuple, ce par quoi il se reconnaît et il est reconnu, qui s’enracine dans son être et lui permet d’exprimer son identité[141] », n’était ainsi qu’une étape vers le geste politico-thérapeutique ultime, celui qui accomplirait et donc signalerait du même coup la guérison du peuple québécois : l’adoption de son indépendance.
On comprend mieux la profonde déception qui fut celle de Laurin, au soir du 20 mai 1980, lorsqu’il constata que son patient, le peuple québécois, n’était en fait pas prêt à privilégier « l’égalité à la subordination, la dignité à l’écrasement, la liberté aux tutelles, le bond en avant au recul, la fierté à l’humiliation […], l’épanouissement aux conflits épuisants[142] ». Le thérapeute avait échoué et ressentait donc un grand vide (accentué, il faut le dire, par les décès successifs de sa femme et de sa petite-fille). Laurin songea d’ailleurs à tout abandonner pour retrouver la prêtrise[143], tel un enfant blessé qui se réfugie dans les jupons rassurants d’une mère autoritaire, mais réconfortante. Il finira par reprendre le dessus et le flambeau, poursuivant sa thérapie collective, en s’attaquant, dès novembre 1980, aux problèmes de l’éducation, « comme un prolongement de la loi 101 et un autre pas dans la longue marche indépendantiste[144] ». Bref, comme une étape de plus dans la psychothérapie collective du Québec qu’il s’était donné pour tâche de mener à bien.
Parties annexes
Notes
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[1]
Cet article scientifique a été évalué par deux experts anonymes externes, que le Comité de rédaction tient à remercier.
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[2]
Voir à ce propos le texte de Nicole Neatby dans ce numéro.
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[3]
Le terme est de Françoise Boudreau dans son ouvrage De l’asile à la santé mentale. Les soins psychiatriques : histoire et institutions (Montréal, Éditions Saint-Martin, 2003).
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[4]
Alexandre Klein, « “Une Révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie” ? Les enjeux sociopolitiques des réformes de santé mentale au Québec entre 1961 et 1964 », dans Jean-Philippe Carlos et Stéphane Savard (dirs.), La Révolution tranquille entre l’ici et l’ailleurs, Québec, Septentrion, 2024, p. 43-58.
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[5]
Jean-Claude Picard, Camille Laurin. L’homme debout, Montréal, Boréal, 2003, p. 227.
-
[6]
Ibid., p. 412 et 421-423.
-
[7]
Alexandre Klein, « “Une Révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie” ?... », loc. cit. ; Idem, « Préparer la révolution psychiatrique depuis Paris. Camille Laurin et l’histoire médicale française au service de la réforme du système québécois de santé mentale », Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 71, no 3-4, 2018, p. 87-110 ; Idem, « À propos des relations entre infirmières, médecins et gouvernements. L’histoire de la commission Régnier (1962-1964) », Histoire engagée, 22 mars 2018 [en ligne], http://histoireengagee.ca/?p=8046.
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[8]
Graham Fraser, « L’insondable Dr Laurin et ses 6 millions de patients », L’Actualité, vol. 3, no 9, septembre 1978, p. 28.
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[9]
Ibid., p. 32.
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[10]
Jean-Claude Picard, op. cit., p. 228.
-
[11]
Jean-Charles Panneton, Le gouvernement Lévesque. 1. De la genèse du PQ au 15 novembre 1976, Québec, Septentrion, 2016, p. 290.
-
[12]
Ibid.
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[13]
Jean-Claude Picard, op. cit., p. 229.
-
[14]
Martin Pâquet, « Pensée scientifique et prise de décision politique au Canada et au Québec », Bulletin d’histoire politique, vol. 17, no 1, 2008, p. 175-192.
-
[15]
Graham Fraser, loc. cit., p. 32.
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[16]
Camille Laurin, Témoignage de Camille Laurin. Pourquoi je suis Souverainiste ?, Montréal, Les Éditions du Parti québécois, 1972, p. 55.
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[17]
Voir par exemple : Gilles Lesage, « Camille Laurin, missionnaire », Le Devoir, 29 janvier 1985, p. 8 ; Michel Lapierre, « Quand Camille Laurin nous psychanalysait… », Le Devoir, 19 février 2011, p. F6.
-
[18]
Tommy Chouinard, « Camille Laurin ou le Québec sur le divan », Le Devoir, 25 octobre 2003.
-
[19]
Camille Laurin, Témoignage …, op. cit., p. 52.
-
[20]
Jean-Claude Picard est le premier à avoir attiré l’attention sur ce lien entre les deux carrières de Laurin, dans l’imposant travail biographique qu’il a réalisé. Mais s’il a su à la fois rappeler l’importance de Laurin dans l’histoire de la psychiatrie québécoise et l’importance de cette première carrière dans son parcours de politicien, il n’a pas cherché plus en profondeur à étudier ce lien particulier, pourtant essentiel à la compréhension de l’oeuvre de Laurin. Guy Rocher a ensuite ouvert la voie à l’analyse que je souhaite mener ici dans son article « Camille Laurin : analyste et psychiatre du Québec », publié dans Jean-François Simard (dir.), L’oeuvre de Camille Laurin. La politique publique comme instrument de l’innovation sociale, Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2010, p. 71-85.
-
[21]
Laurin avait écrit des articles à saveur politique dans le Quartier latin, mais à titre d’étudiant en médecine. Voir à ce propos l’article de Daniel Poitras dans ce même numéro.
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[22]
Dans un encadré de la première page de l’édition du jeudi 23 novembre 1961, Le Devoir annonce que, devant « l’importance qu’a prise ces derniers temps l’idée de séparatisme », il a demandé leur avis à « quatre universitaires canadiens-français ».
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[23]
Camille Laurin, « La maladie mentale : un défi à notre conscience collective », dans Jean-Charles Pagé, Les fous crient au secours ! Témoignage d’un ex-patient de Saint-Jean-de-Dieu, Montréal, Les Éditions du Jour, 1961, p. 143-156.
-
[24]
Jean-Claude Picard, op. cit., p. 139-141.
-
[25]
Laurin était déjà un psychiatre médiatique. Dès 1958, il avait collaboré avec Victorin Voyer à l’émission de télévision À coeur ouvert de Radio-Canada, avant de prendre la suite, au début des années 1960, de Théo Chentrier à la populaire émission de radio Psychologie de la vie quotidienne (Jean-Claude Picard, op. cit., p. 175).
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[26]
La première avait été signée par l’économiste Jacques Parizeau dans l’édition du 24 novembre (Jacques Parizeau, « L’idée du séparatisme n’est pas forcément absurde, dans l’ordre économique, mais les obstacles seraient nombreux et redoutables », Le Devoir, 24 novembre 1961, p. 1 et 6). La deuxième par le politologue Léon Dion le lendemain (« Considérations sur le séparatisme », Le Devoir, 25 novembre 1961, p. 4), et la troisième par le juriste Jacques-Yvan Morin le lundi suivant (« Les liens d’Ulysse [Critique du livre de M. Chaput] », Le Devoir, 27 novembre 1961, p. 1 et 14).
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[27]
Camille Laurin, « Le séparatisme est-il une maladie ? », Le Devoir, 28 novembre 1961, p. 1 et 12, repris dans Camille Laurin, Ma traversée du Québec, Montréal, Les Éditions du jour, 1970, p. 72.
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[28]
Ibid., p. 71-72.
-
[29]
Ibid., p. 72.
-
[30]
Ibid.
-
[31]
Ibid., p. 73.
-
[32]
Ibid.
-
[33]
Ibid., p. 72.
-
[34]
Ibid., p. 74.
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[35]
Ibid., p. 74-75.
-
[36]
Ibid., p. 76.
-
[37]
Ibid., p. 77.
-
[38]
Ibid.
-
[39]
Ibid., p. 78.
-
[40]
Ibid.
-
[41]
Ibid., p. 78-79.
-
[42]
Ibid., p. 79.
-
[43]
Ibid.
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[44]
Ibid.
-
[45]
Ibid.
-
[46]
Jean-Claude Picard, op. cit., p. 83-86. Voir également le texte de Daniel Poitras dans ce numéro.
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[47]
Le ton laudatif de la lettre pourrait laisser penser que Laurin était alors déjà intéressé par une carrière politique.
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[48]
Lettre de Camille Laurin à Jean Lesage, 19 novembre 1962, cité par Jean-Claude Picard, op. cit., p. 184.
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[49]
Fernand Dumont avait convié André Lussier à explorer, pour une séance plus « psychologique », les « traits culturels qu’il est sans doute possible de soupçonner au niveau de la personnalité » et qui ont une influence sur « les modalités d’exercice du pouvoir au Canada-français » (Lettre de Fernand Dumont à André Lussier, 24 novembre 1965, Fonds Camille Laurin, Centre d’archives régional de Charlevoix à Baie-Saint-Paul, P26 B1 13). Début février 1966, à deux semaines du colloque, Lussier demande à Laurin de le remplacer, ce qu’il accepte (Lettre de Fernand Dumont à Camille Laurin, 8 février 1966, Fonds Camille Laurin, Centre d’archives régional de Charlevoix à Baie-Saint-Paul, P26 B1 13).
-
[50]
Camille Laurin, « Autorité et personnalité au Canada français », Recherches sociographiques, vol. VII, nos 1-2, janvier-août 1966, p. 171-182. Le texte sera aussi repris par Laurin dans Ma traversée du Québec (Montréal, Les Éditions du jour, 1970, p. 19-35).
-
[51]
Camille Laurin, « Autorité et personnalité… », loc. cit., p. 175.
-
[52]
Ibid.
-
[53]
Ibid., p. 176.
-
[54]
Ibid.
-
[55]
Ibid., p. 179.
-
[56]
Ibid., p. 181.
-
[57]
Ibid., p. 182.
-
[58]
Le tapuscrit de la conférence conservé dans les archives Laurin au Centre d’archives régional de Charlevoix à Baie-Saint-Paul (P26 B1 13) s’arrête à ce qui est, dans le texte publié, le premier paragraphe de la page 180.
-
[59]
Jean-Claude Picard, op. cit., p. 186.
-
[60]
Ce fut le cas avec ses interventions dans l’histoire de la psychiatrie québécoise. Voir Alexandre Klein, « Préparer la révolution psychiatrique depuis Paris… », loc. cit.
-
[61]
Camille Laurin, « La souveraineté du Québec », Ma traversée du Québec, Montréal, Les Éditions du jour, 1970, p. 165-170.
-
[62]
Ibid., p. 165.
-
[63]
Ibid., p. 166.
-
[64]
Ibid., p. 169.
-
[65]
Ibid.
-
[66]
Bien que les raisons de ce ralliement restent obscures à cette heure, il est intéressant de noter que le RIN, duquel Laurin se rapproche à partir de 1966, a placé l’histoire au coeur de son discours, et en particulier l’interprétation proposée par l’École de Montréal. Interprétation que Laurin va lui aussi s’approprier, à l’instar d’autres penseurs indépendantistes de l’époque tels Pierre Vadeboncoeur, Pierre Maheu, Hubert Aquin ou Jean Bouthillette. Voir à ce propos : Sophie Imbeault, « La Conquête comme marqueur identitaire chez les intellectuels indépendantistes, 1960-1970 », Mens. Revue d’histoire intellectuelle et culturelle, vol. 23, no 2, printemps 2023, p. 13-51.
-
[67]
Camille Laurin, « La souveraineté du Québec », loc. cit., p. 169.
-
[68]
Camille Laurin, « Le séparatisme est-il une maladie ? », loc. cit., p. 79.
-
[69]
Camille Laurin, « La souveraineté du Québec », loc. cit., p. 169-170.
-
[70]
Ibid., p. 170.
-
[71]
Camille Laurin, Témoignage…, op. cit., p. 5.
-
[72]
Ibid.
-
[73]
Ibid.
-
[74]
Ibid., p. 7.
-
[75]
Ibid., p. 8.
-
[76]
Ibid., p. 9.
-
[77]
Ibid.
-
[78]
Ibid., p. 19-20.
-
[79]
Ibid., p. 13.
-
[80]
Jean Bouthillette, Le Canadien français et son double, Montréal, L’Hexagone, 1989 [1972], p. 14 et 50.
-
[81]
Camille Laurin, Témoignage, op. cit., p. 21.
-
[82]
Ibid., p. 22.
-
[83]
Ibid., p. 23.
-
[84]
Ibid., p. 23.
-
[85]
Ibid., p. 23.
-
[86]
Ibid., p. 24.
-
[87]
Ibid., p. 25.
-
[88]
Ibid.
-
[89]
Ibid., p. 26.
-
[90]
Ibid., p. 29.
-
[91]
Ibid.
-
[92]
Ibid.
-
[93]
Ibid., p. 30.
-
[94]
Ibid., p. 31.
-
[95]
Ibid., p. 32.
-
[96]
Ibid., p. 32.
-
[97]
Ibid., p. 36.
-
[98]
Ibid., p. 37.
-
[99]
Ibid., p. 39.
-
[100]
Ibid., p. 39-40.
-
[101]
Ibid., p. 46.
-
[102]
Ibid., p. 47.
-
[103]
Ibid.
-
[104]
Ibid., p. 50.
-
[105]
Ibid., p. 51.
-
[106]
Ibid., p. 52.
-
[107]
Ibid., p. 54.
-
[108]
Ibid., p. 55.
-
[109]
Ibid.
-
[110]
Ibid.
-
[111]
Ibid.
-
[112]
Ibid., p. 56.
-
[113]
Ibid., p. 55.
-
[114]
Jean-Claude Picard, op. cit., p. 240.
-
[115]
Ibid., p. 241.
-
[116]
Ibid., p. 257.
-
[117]
Ibid., p. 261.
-
[118]
Ibid., p. 247.
-
[119]
Ibid.
-
[120]
Camille Laurin, La politique québécoise de la langue française présentée à l’Assemblée nationale et au peuple du Québec, Québec, Éditeur officiel du Québec, 1977, p. 1.
-
[121]
Ibid., p. 21.
-
[122]
Ibid., p. 31.
-
[123]
Ibid.
-
[124]
Ibid., p. 65-67.
-
[125]
Conférence de presse de Camille Laurin, citée par Jean-Claude Picard, op. cit., p. 290.
-
[126]
Bibliothèque de l’Assemblée nationale, Journal des débats de l’Assemblée nationale, 31e législature, 2e session, 19 juillet 1977, p. 2184.
-
[127]
Ibid., p. 2186.
-
[128]
Ibid., p. 2190.
-
[129]
Ibid.
-
[130]
Ibid., p. 2193.
-
[131]
Bibliothèque de l’Assemblée nationale, Journal des débats de l’Assemblée nationale, 31e législature, 2e session, 26 août 1977, p. 3474.
-
[132]
Ibid.
-
[133]
Ibid.
-
[134]
Ibid., p. 3475.
-
[135]
Gretta Chambers, « Diagnosis : Inferiority complex and Dr. Laurin has the treatment », The Gazette, 6 août 1977, p. 7.
-
[136]
Gouvernement du Québec, La politique québécoise du développement culturel, Québec, 1978, vol. 1, p. 9.
-
[137]
Alexandre Klein, « “Une Révolution tranquille au chapitre de la psychiatrie” ?... », loc. cit.
-
[138]
Camille Laurin, « Discours à l’occasion du centenaire de Lionel Groulx », 13 janvier 1978, Archives Laurin, Centre d’archives régional de Charlevoix à Baie-Saint-Paul, P 26 A3 15 4 29.
-
[139]
Camille Laurin, Témoignage…, op. cit., p. 29.
-
[140]
Jean Chartier, « Camille Laurin », Encyclopédie canadienne, 2014, https ://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/camille-laurin.
-
[141]
Bibliothèque de l’Assemblée nationale, Journal des débats de l’Assemblée, 31e législature, 2e session, 19 juillet 1977, p. 2186.
-
[142]
Bibliothèque de l’Assemblée nationale, Journal des débats de l’Assemblée, 31e législature, 4e session, 13 mars 1980, p. 5239.
-
[143]
Jean-Claude Picard, op. cit., p. 340.
-
[144]
Ibid., p. 344.
Liste des figures
Figure 1
Figure 2


