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Nous assistons à une modernisation de la relation thérapeutique fondée sur le partenariat entre patients et professionnels de la santé. Pourrait-on démocratiser les connaissances en santé afin d’outiller notre population à participer pleinement à sa santé?

Les médecins canadiens sont confrontés à une panoplie de problèmes de santé dont la gravité pourrait être atténuée par une consultation plus rapide. Étant étudiante en médecine, j’observe quotidiennement des situations choquantes mais qui ne surprennent plus mes patrons de clinique qui ont tout vu. En voici quelques exemples : un jeune homme atteint d’appendicite, une pathologie abdominale fréquente qui est habituellement traitée chirurgicalement en moins de 24h, tarde à consulter, se retrouve hospitalisé plus d’une semaine et réopéré pour une infection bactérienne profonde. Ou encore, une femme dans la quarantaine devient inconsciente en raison de menstruations extrêmement abondantes qui duraient depuis six semaines. Dans les deux cas, une visite médicale en temps opportun aurait pu prévenir une escalade des soins.

Malheureusement, ces cas ne sont pas isolés et ont d’énormes coûts humains et économiques. Il en va de même pour plusieurs « drapeaux rouges » enseignés lors de mes études : saignement menstruel après la ménopause, perte de poids inexpliquée, paralysie ou perte de la parole, etc. Pourtant, trop de nos concitoyens négligent des symptômes graves par mégarde ou par crainte de n’être pas bien compris. Dans le cas du cancer, diagnostiquer une maladie à un stade où le traitement curatif n’est plus envisageable est tout à fait déchirant.

En santé publique, la littératie médicale désigne la capacité d’un individu à comprendre des informations écrites et entendues afin d’agir sur sa santé, par exemple, les consignes données par le pharmacien au sujet d’une prescription. La littératie est influencée par l’âge, l’éducation, le contexte social et la culture. On estime qu’au moins 60% des Canadiens ne disposeraient pas des acquis nécessaires à la prise de décisions éclairées sur leur santé, c’est-à-dire un niveau 3 de littératie (1).

Durant ma première année dans les hôpitaux en tant qu’étudiante en médecine, il est arrivé maintes fois qu’un patient est sorti de mon bureau et que, malgré tous mes efforts de vulgarisation, je n’avais pas la certitude qu’il ou elle ait bien compris. À l’hôpital, des obstacles à la communication s’ajoutent : barrières linguistiques, isolement, douleur, bruit. On imagine à peine les conséquences qui s’en suivront.

Plusieurs approches existent pour améliorer le partenariat entre les citoyens et les professionnels de la santé. Dans une optique de prévention et d’encapacitation, je propose de mieux éduquer les élèves du secondaire à certains concepts médicaux de base tels que les symptômes et les conditions requérant une consultation à l’urgence. Ainsi informés, les citoyens deviennent les premiers gardiens de leur santé et de celle de leurs proches. Parmi les multiples bénéfices de ce cours, l’amélioration de la littératie médicale de notre population pourrait permettre une meilleure efficacité des mesures de santé publique comme la vaccination, par une compréhension partagée des bénéfices escomptés. Ce cours pourrait comprendre d’autres connaissances en santé qui sont déjà abordé dans les écoles, comme les manœuvres de réanimation et de premiers soins.

Cette pratique est déjà bien établie ailleurs. Un cours qui s’échelonne sur plusieurs années sur l’éducation à la santé est obligatoire au secondaire en Finlande depuis 2006 (2,3). Une étude publiée en 2020 (4) démontrait que le pays européen avec la plus grande proportion d’adolescent possédant un niveau élevé de littératie médicale était la Finlande, nez-à-nez avec la Macédoine. Également, une étude publiée cette année mettait en évidence une meilleure littératie médicale chez les adultes finlandais ayant bénéficié de ce cours lors de leurs études secondaires, par rapport aux cohortes antérieures (5). Des cours similaires au contenu variable existent dans le cursus anglais (6) et dans certains pays d’Asie (7-9). Néanmoins, beaucoup de variabilité de littératie médicale persiste malgré cette intervention pédagogique, mettant en lumière la nécessité de mesures additionnelles chez les individus bénéficiant le moins du programme (5,10).

Pour réussir, les ressources financières et humaines doivent être au rendez-vous chez les professionnels comme chez les citoyens.