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Comptes rendus bibliographiques

LAFONTAINE, Danielle, dir. (2001) Choix publics et prospective territoriale. Horizon 2025. La Gaspésie : futurs anticipés. Rimouski, UQAR-GRIDEQ (Coll. « Tendances et débats en développement régional », no 7), 390 p. (ISBN 2-920270-69-9)

  • Marc-Urbain Proulx

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  • Marc-Urbain Proulx
    Université du Québec à Chicoutimi

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Comme le rocher Percé, la Gaspésie se désagrège lentement, mais sûrement, peut-être même inéluctablement. Et si ce n’était pas le cas? Si nous trouvions les moyens de contrer les forces de la nature, de casser les grandes vagues qui érodent tellement qu’elles ont même déjà fait perdre une arche au Rocher en 1853? Dans la même veine, si nous trouvions aussi les moyens de colmater l’érosion des ressources naturelles, finan-cières et humaines hors de la Gaspésie?

Les conférenciers(ères) participant au colloque de la section Développement régional du congrès de l’ACFAS se sont penchés, en 2000, à l’Université de Montréal, sur les tenants et aboutissants de cette grande vague qui érode la Gaspésie depuis si longtemps. Parmi la brochette des participants, on distingue trois générations de chercheurs québécois, soit celle des Vincent Lemieux et Bertrand Blanchet, celle des Bruno Jean et Luc-Normand Tellier et aussi celle encore plus jeune des André Lemieux et Diane Parent.

De ces contributions a été tiré un important ouvrage collectif qui réunit 35 auteurs, 27 textes, quelques poèmes, le manifeste gaspésien et madelinot, la charte des patriotes et une superbe illustration de 1760, en page couverture, qui représente un rocher jadis percé de deux trous. En tant que directrice de la publication, Danielle Lafontaine livre plusieurs messages en introduction, notamment l’essentiel de chaque texte. Deux de ces messages plus personnels m’apparaissent centraux. D’abord, il s’agit de la nécessité de multiplier les échanges de savoirs entre les chercheurs, les politiciens, les administrateurs, les praticiens, les entrepreneurs et autres acteurs du développement régional. De par la qualité des contributions réunies, l’ouvrage édité par le Groupe de recherche interdisciplinaire sur le développement régional de l’Est du Québec illustre à merveille la richesse éventuelle d’un tel dialogue à poursuivre. L’autre message important réside dans la grande pertinence scientifique et sociale de la prospective territoriale comme perspective d’observation et d’analyse susceptible d’alimenter la vision globale des acteurs de la Gaspésie et d’ailleurs. Grâce à cette prospective dont on souhaite une utilisation plus grande au Québec, les grands choix collectifs effectués par le vaste secteur public n’en seraient à l’évidence que mieux éclairés encore.

On sait que la politique régionale québécoise adopte très souvent les tendances françaises, mais pas toujours, évidemment. Dans le cas d’une prospective devenue une dimension très importante de la planification territoriale en France depuis près d’une décennie, le Québec n’a pas suivi cette tendance. Il a plutôt opté pour une planification très orientée sur la stratégie (école de Harvard) afin de prendre la relève de la planification interactive (école californienne) qui a caractérisé la décennie 1980 par l’entremise des sommets, tables sectorielles, comités, commissions et forums. Ce peu d’intérêt envers la prospective territoriale au Québec rend l’ouvrage collectif de Danielle Lafontaine encore plus pertinent. Il en propose en réalité l’enjeu, d’une manière fort instructive pour la société québécoise. Étant donné les résultats concrets accomplis en France, nous devrions à l’évidence envisager l’utilisation de la planification territoriale prospective pendant la première décennie du nouveau siècle.

Quant à l’exercice gaspésien effectué lors du congrès annuel de l’ACFAS et valorisé par le GRIDEQ, on y retrouve des éléments de diagnostics, des rétrospectives, des tendances, des enjeux, des anticipations, des jugements, des prises de position, des outils, des questionnements et de nombreuses analyses interdisciplinaires ou issues de multiples points d’observation de notre belle Gaspésie. D’une manière générale, le rôle des pouvoirs publics et des grandes entreprises est remis en question clairement. On s’en doutait, bien sûr. On constate aussi plusieurs prises de position normatives. Si on peut regretter le manque de démonstrations rigoureuses à propos de certaines assertions présentées comme évidentes, le lecteur bénéficie par contre au fil des textes de nombreux faits bien analysés qui alimentent substantiellement sa réflexion. Et de nombreuses solutions sont avancées pour le devenir des Gaspésiens et des Gaspésiennes.

De par la richesse et la pertinence de son contenu, cet ouvrage offert par Danielle Lafontaine, dont on peut tirer de nombreuses leçons, bien étayées et convaincantes, constitue un incontournable pour tous les acteurs de la Gaspésie et tous ceux qui s’intéressent au destin d’une telle région périphérique. Il devrait aussi être relu par les auteurs afin que, selon l’esprit du message de Danielle Lafontaine, ceux-ci enrichissent leur problématique respective. La diversité des points de vue bonifierait le croisement des savoirs et favoriserait l’enrichissement scientifique collectif.