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Comptes rendus bibliographiques

VOITURIEZ, Bruno (2003) Les humeurs de l’océan. Effets sur le climat et les ressources vivantes. Paris, UNESCO (Coll. « COI Forum Océans »), 158 p. (ISBN 92-3-203877-3)

  • Nathalie Barrette

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  • Nathalie Barrette
    Université Laval

Corps de l’article

L’objectif de cet ouvrage est d’expliquer le rôle primordial de la dynamique océanique sur l’abondance des ressources halieutiques (véritable enjeu de la dynamique océanique) et la nécessité de mettre en place des réseaux d’observations et de modélisation à l’image de ceux qui existent déjà pour la prévision météorologique.

Dans son tout premier chapitre, Bruno Voituriez nous offre une synthèse fort intéressante de l’historique de l’océano-géographie en expliquant comment cette discipline a émergé pour devenir l’océanographie dynamique d’aujourd’hui. Le chapitre qui suit est consacré à la description des principes physiques de base qui décrivent la circulation océanique (théorie d’Ekman, circulation thermohaline…). L’auteur enchaîne avec un approfondissement des connaissances sur le couplage océan-atmosphère. Il s’attarde entre autres au phénomène El niño et à l’indice NAO (North Atlantic Oscillation). Pour terminer ce chapitre et pour clore cette première partie du livre consacrée principalement à l’atmosphère et à l’hydrosphère, il replace la circulation océanique dans un contexte historique, de la dernière période glaciaire au siècle prochain.

Dans la seconde partie du livre, l’auteur concentre son regard sur les habitants de l’océan. Ainsi, il décrit, au chapitre 4, comment les saisons et la circulation océanique dictent l’abondance ou l’absence de certains éléments nutritifs et, par conséquent, du phytoplancton. Il expose le fonctionnement des prairies marines, des « déserts » marins au coeur des tourbillons océaniques en passant par les upwelling côtiers, le paradoxe des HNLC (High Nutrients Low Chlorophyll) et la singularité équatoriale. L’avant-dernier chapitre est dédié à la ressource halieutique ou l’océanographie des pêches. Dans ce chapitre, l’auteur expose remarquablement bien l’ambiguïté qui a longtemps caractérisé le développement de la recherche (gestion des pêches en regard des connaissances scientifiques sur les populations et les mécanismes écologiques). Il montre comment cette approche de la recherche et la circulation océanique changeante ont mené à l’effondrement (passé ou en cours) de plusieurs ressources halieutiques comme la morue de Terre-Neuve, le hareng de l’Atlantique Nord et le thon rouge de la Méditerranée. Le dernier chapitre présente un inventaire succinct des diverses techniques utilisées pour l’observations in situ des océans (sondages océaniques, mouillages, flotteurs dérivants et instruments satellitaires utilisés en océanographie).

L’auteur vise un public élargi et le conquiert par un style clair et vivant. Cependant, même si l’ouvrage vise un auditoire non spécialisé, la rigueur scientifique n’est pas sacrifiée pour autant. Ce livre est fort bien structuré et offre une vue progressive et englobante de l’écosystème marin. Les figures couleurs (pour la plupart) facilitent la compréhension des processus exposés. Seule ombre au tableau : on aurait souhaité quelques références supplémentaires pour sustenter les appétits scientifiques plus avides. Bruno Voituriez a su transmettre aux lecteurs cet appel des « profondeurs », pour une gestion plus saine des ressources halieutiques, mais aussi pour satisfaire un désir millénaire de l’être humain : celui de mieux comprendre l’«humeur » changeante de ce monde fascinant que constituent les océans.