Étude bibliographique

Le mot hiver en français [1][Notice]

  • Louis-Edmond Hamelin

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Il ne manque pas, au Québec notamment, de commentaires sur l’hiver. Qu’il soit inspiré des rappels constants de la chronique météorologique, de ses propres souvenirs, de son expérience quotidienne, de ses habitudes ou de ses connaissances, chacun a en effet son mot à dire sur le sujet. Or, dans cette masse infinie de discours et d’allusions, le mot hiver sonne comme un leitmotiv dont la charge symbolique est aussi forte que sa signification est large. Mais que cache cette générosité sémantique ? N’y a-t-il pas là un trésor de la langue qui mérite attention, ne serait-ce que pour découvrir, comme Louis-Edmond Hamelin nous y invite dans les lignes qui suivent, que le vocabulaire est aussi une manière d’habiter la Terre ? (NDLR)

Que signifie le mot hiver ? Les limites du sujet ont d’abord à être précisées. Le territoire de référence est celui du Québec, notamment dans sa zone méridionale. Une autre limitation touche le niveau du traitement vocabulairique ; logiquement, il faudrait faire appel aux langues de spécialité afin de présenter l’hiver dans toute son amplitude, développement peu approprié dans le cadre de la présente réflexion. En outre, on s’intéresse bien davantage au seul mot hiver qu’à tout le langage hivernien   ; on n’étudie pas les nombreuses locutions dispersées pouvant exprimer un aspect ou l’autre de la saison froide, comme dans hôtel de glace. Une autre restriction vient du choix des langues : priorité est donnée aux entités en français, si bien que n’ont pas été relevés les nymes autochtones, même ceux apparaissant dans des textes publiés en cette langue. Sans ces réserves, respectivement territoriale, scientifique, thématique et multilingue, c’est une encyclopédie qui devrait être construite. L’hiver, ce phénomène de nordicité saisonnière qui double le pays, se présente comme un cosmétique de clarté grâce au soleil et sa réverbération sur la neige, la glace et certains nuages. On s’intéresse au nombre des provignés proximaux, ceux qui précèdent ou suivent immédiatement le mot de base, par exemple hivernage. L’inventaire s’alimente à trois types d’ouvrages, des dictionnaires de langue, des dictionnaires de science, des publications générales (tableau 1). Un certain nombre d’oeuvres consultées rassemblent, outre quelques dérivés dont hiverniser, soit des expressions comprenant le mot, telles soirée d’hiver, vent d’hiver, soit d’autres ne le comprenant pas, comme les nymes relevant de la neige (neige de sirop d’érable), des glaces flottantes ou du glaciel (déglacement) et du gel (engel). Ce relevé apporte quelques éclairages sur la notion lexicologique d’un phénomène définitoire des pays froids. Au plan quantitatif, la nymie des entités hiver n’encombre pas les dictionnaires de langue, même si on ne doit pas s’attendre à y trouver tout un corpus. Dans le tiers des ouvrages qui comporte pourtant la présence du mot, ce dernier n’est pas défini. Le nombre des dérivés immédiatement mentionnés varie de 0 à 14, alors que 60 % des ouvrages consultés en rassemblent de 3 à 7 ; les cinq entités les plus fréquentes sont hivernage, hivernal, hivernale, hivernant et hiverner ; 20 % des répertoires n’ont qu’un seul provigné. Par comparaison, les romans sur l’hiver ont encore moins chéri le mot de base ; dans les 265 titres relevés par Paulette Collet en 1965, un seul porte le nyme en question. Suivant un tel éclairage, la souche de hiver a été l’objet d’une dérivation faible, compte tenu des besoins du Québec. La récolte est-elle plus généreuse au plan sémantique ? Peut-on en juger à partir des articles hiverner et hivernant ? On constate des références aux navires, aux troupes, aux oiseaux, aux labours et aux bestiaux. La période ne semble pas être vue d’abord en fonction de la société civile. À hivernant, dont le concept est d’ailleurs défini en fonction d’estivant, on parle de mauvaise saison en rapport aux produits de la terre, au sommeil de la nature et à l’arrêt des cultures du sol. Il est curieux que des oeuvres contemporaines définissent l’hiver comme le faisaient les ouvrages agricoles au siècle précédent. Un certain fixisme dans les significations de l’hiver frappe le lecteur. Les textes ont moins évolué que les attitudes humaines. Le langage n’a pas lexicalisé tous les faciès naturels, humains et artistiques du phénomène hivernien. Cette fidélité à des descriptions antérieures n’empêche pas l’ouverture à de nouvelles réalités. Les langues reçoivent …

Parties annexes