Comptes rendus bibliographiques

THÉRIAULT, Joseph-Yvon, GILBERT, Anne et CARDINAL, Linda (dir.) (2008) L’espace francophone en milieu minoritaire au Canada. Nouveaux enjeux, nouvelles mobilisations. Montréal, Fides, 562 p. (ISBN 97-2-7621-2860-4)[Notice]

  • Dean Louder

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  • Dean Louder
    Université Laval

Il y a un quart de siècle, en publiant Du continent perdu à l’archipel retrouvé : le Québec et l‘Amérique française, nous nous sentions bien seuls. Des collègues chercheurs nous mettaient en garde contre les écueils sur lesquels échoueraient nos carrières en battant un cheval mort! « L’Amérique française ? C’est fini cette histoire-là », chuchotaient les uns. « Mettez-vous à la fine pointe des recherches en études canadiennes et québécoises », marmonnaient les autres. Pourtant, nous avons persévéré et croyons avoir pavé la voie vers un nouveau champ d’études valable, contribuant à l’émergence d’un réseau de recherche original, celui de la recherche en francophonie canadienne centré partiellement, mais pas exclusivement, sur le Centre interdisciplinaire de recherche sur la citoyenneté et les minorités (CIRCEM) à l’Université d’Ottawa et l’Institut canadien de recherche sur les langues officielles (ICMRL) à l’Université de Moncton. D’ailleurs, ce sont ces deux institutions du haut savoir en francophonie canadienne, avec l’appui du Conseil de recherche en sciences humaines du Canada, qui se sont concertés pour assurer la parution de L’Espace francophone en milieu minoritaire au Canada. Le sous-titre de cette brique de 562 pages, contenant 13 articles, écrits par 19 auteurs, séparés en trois sections (Populations, communautés et représentations de soi ; Institutions, espaces et mobilisations ; Politique, droit et autonomie) exprime bien son objectif  : faire le point sur les enjeux et les mobilisations des minorités francophones du Canada depuis la parution 10 ans plus tôt (1999) d’un autre ouvrage d’envergure, Francophonies minoritaires au Canada : état des lieux. Mis en parallèle, les titres de ces deux anthologies pourraient faire croire que les mobilisations et les enjeux consécutifs à l’adoption en 1982 de la Charte canadienne des droits et libertés ont transformé la réalité franco-canadienne. Des lieux – francophonies au pluriel – on serait passé à un espace – francophonie au singulier. Or, tel est loin d’être le cas. La plupart des textes ici en témoignent, et les déplacements sur le terrain le démontrent. Il n’y a pas de retour vers une identité pancanadienne. D’abord, est-ce qu’il y en a déjà eu ? Les Acadiens, par exemple, n’ont jamais été des Canayens ni des Canadiens français. Aux fins de cette recension, deux chapitres du livre sont particulièrement pertinents ; celui des géographes Anne Gilbert et Marie Lefebvre et celui de la politicologue Anne-Andrée Denault. En faisant appel à la notion de vitalité linguistique en milieu minoritaire, Gilbert et Lefebvre évoquent l’existence d’un « espace sous tension ». Pour en faire l’analyse, elles définissent et opérationnalisent le concept. Elles découvrent des milieux de vie extrêmement fragiles et remarquent une situation paradoxale où les jeunes s’anglicisent de plus en plus tout en faisant preuve d’une grande confiance en l’avenir. Pour ces deux chercheuses, deux thèses s’affrontent en ce qui a trait aux communautés francophones du Canada, l’une davantage pessimiste, l’autre légèrement optimiste. Elles croient prématuré de privilégier l’une ou l’autre. Pour sa part, Denault se penche sur l’épineuse question des rapports entre les Québécois et les francophones hors Québec (comme on le disait dans les années 1970 et 1980). Elle examine les positions tenues par les divers gouvernements du Québec de 1970 à 2007 à l’égard des minorités francophones. Dans son analyse, elle cherche à vérifier l’affirmation suivante tant véhiculée depuis les États généraux du Canada français de 1967  : le Québec a abandonné les francophones des autres provinces! Denault prétend que toutes les formations politiques du Québec, peu importe leur couleur, ont eu un souci immuable à l’endroit des francophones de l’extérieur du Québec. L’État québécois, à travers le temps et par le biais …