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Comptes rendus bibliographiques

LITALIEN, Raymonde, PALOMINO, Jean-François et VAUGEOIS, Denis (2007) La Mesure d’un continent. Atlas historique de l’Amérique du Nord. Paris, Presses de l’Université Paris-Sorbonne ; Sillery, Éditions du Septentrion, I300 p. (ISBN 978-2-8405-0550-1)

  • Nicolas Desurmont

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  • Nicolas Desurmont
    Chercheur autonome

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Les études historiques sur la cartographie en langue française se sont enrichies de quelques titres ces dernières années. Parmi ceux-ci, l’édition du grand Atlas de Ferraris, premier atlas de Belgique en 1777 par Wouter Bracke (2009), puis la magnifique publication d’Olivier Chapuis : Cartes des côtes de France ; histoire de la cartographie marine et terrestre du littoral (2007). Mais c’est l’ouvrage collectif La Mesure du continent, atlas historique de l’Amérique du Nord 1492-1814 de Raymonde Litalien, Jean-François Palomino et Denis Vaugeois qui sera traité ici. Il est assez rare que les éditeurs québécois se lancent dans la publication d’ouvrage aussi onéreux à réaliser sauf s’ils concernent directement le Québec. Du même coup, le sujet traité est original parmi l’historiographie québécoise. L’ouvrage est divisé en quatre parties (Aborder l’Amérique, Explorer et cartographier l’Amérique, Conquérir l’Amérique et Traverser l’Amérique) dans lesquelles chacun des sous-chapitres est signé de la plume d’un des trois auteurs. Il couvre ainsi un siècle par partie. L’ouvrage est préfacé par Lise Bissonnette et fait l’objet d’une introduction par Raymonde Litalien.

Les cartes servent pêcheurs, marins et explorateurs, ces derniers fournissant à leur tour le résultat de leurs relevés. Les Anglais attirés par la pêche s’installent à Terre-Neuve et sur les bancs et établissent des colonies sur toute la côte atlantique. Les Français sillonnent l’intérieur du continent. Parmi les terres explorées au XVIe siècle, mentionnons le territoire de la Nouvelle-France. La première carte commentée pour le territoire concerné est la carte tirée de la Chronique de Nuremberg (1493), inspirée de Claude Ptolémée. Les premières cartes de l’Amérique, par exemple celle du réputé cartographe de la Renaissance Sébastien Münster dressent les contours de l’Amérique comme un continent distinct. Les frères Verrazzano marquent l’histoire de la cartographie par une toponymie abondante même si elle est en général passagère, sauf pour « Arcadie » reprise sous la plume de Champlain sous la forme « Acadie ». En outre c’est à l’un d’eux, Gerolamo Verrazzano que l’on doit l’appellation « Nouvelle-France » issue de la forme latine Nova Gallia qui apparaît sur une carte en 1529 se substituant à Francesca. À ce sujet, Palomino écrit « L’acte de nommer, comme celui de cartographier, est une forme d’appropriation du territoire, toute symbolique soit-elle. Nommer un territoire, un lieu, un topos, c’est en quelque sorte le baptiser, le soustraire au no man’s land barbare pour le faire entrer dans sa propre civilisation » (p. 210).

Les auteurs relatent avec érudition les différentes explorations d’Européens comme Cabot, Verrazzano. A propos de Cartier, on mentionne le baptême du fleuve Saint-Laurent en fonction du jour de fête à l’honneur au moment où il s’abrite dans la baie. Si le fleuve Saint Laurent a conservé son nom, la baie est devenue aujourd’hui la baie Sainte-Geneviève mais le nom de « Laurent », a donne lieu à la construction de « Laurentie », « Laurentides » (p. 45). « Quebecq » est quant à lui attesté pour la première fois chez Guillaume Levasseur dans une carte intitulée Carte de l’océan Atlantique (1601). Si ces toponymes ou leur graphies évoluent, ils co-existent parfois avec d’autres dénominations.

Mentionnons aussi les différentes cartes de Virginie par Theodore de Bry (1590), John Smith (1612). C’est en Caroline du Nord, qu’eut lieu la première tentative de colonisation anglaise en Amérique du Nord en 1585. Certaines cartes en copient d’autres comme c’est le cas de la carte de l’enlumineur du roi Jean Boisseau de la Nouvelle-France (1643). La présence des cartes de Nicolas Sanson est incontournable notamment, la carte Le Canada ou Nouvelle France publiée à Paris en 1656. Sanson a contribué à mieux faire connaître la cartographie de l’intérieur (p. 93) notamment les Grands Lacs mais aussi le moins connu lac St-Joseph qui, au Québec, fut un lieu de convergence politique tout à fait stratégique entre 1965 et 1970. Des cartouches de Nicolas de Fer, de Nicolas Guérard sont aussi publiées. Si les maîtres français sont abondamment cités, les cartographes hollandais ne sont pas oubliés. Ainsi Frederick de Wit, décrit la baie d’Hudson (1675) à une époque où la Hollande dominait le marché de l’édition cartographique. Les plus célèbres cartes de la Nouvelle-France sont celle des « géographes de cabinet », les cartographes bénéficiant alors du travail des hommes de terrain (navigateurs, ingénieurs, etc.), un peu comme les sous-ministres qui bénéficient des renseignements des membres du 2e bureau, pour dresser leurs cartes. C’est ce que nous apprend l’historien québécois et ex-ministre Denis Vaugeois dans la section « Les géographes de cabinet » (p. 136). Vaugeois ajoute : « bien que le cartographe ne voyage pas, son travail n’est pas de tout repos. [Nicolas] Bellin souligne d’ailleurs que “son étude est longue, ingrate et dure” et qu’il faut passer des temps considérables à se préparer et à rassembler les connaissances nécessaires et souvent avec le travail le plus assidu, à peine peut-on se flatter de pouvoir vaincre les difficultés qui se présentent » (p. 139). La troisième partie intitulée Conquérir l’Amérique est consacrée au XVIIIe siècle. Fruit des rivalités coloniales et des alliances franco-indiennes, la toponymie est la figure de proue du pouvoir de l’empire colonial, qui va nommer les lieux à l’image de sa conquête.

En Amérique c’est la mer de l’Ouest qui suscite un intérêt constant. Les Espagnols font des expéditions et occupent le territoire de Nootka (Vancouver) ce qui n’empêche pas les explorateurs français Bougainville et La Pérouse d’y faire des circumnavigations. Mais ce sont surtout les Anglais, plus puissants du fait de leurs moyens d’investigations inédits, qui y jettent l’ancre. L’ouvrage se termine par la « Grammaire des cartes », sorte de glossaire de la cartographie, une liste des cartes et des illustrations, une bibliographie générale, et plusieurs textes (index des noms propres contenus dans les articles et les légendes, index partiel des nations et tribus indiennes mentionnées sur les cartes, index partiel des noms de lieux présents sur les cartes, index des cartes).