Comptes rendus bibliographiques

MARGIER, Antonin (2017) Cohabiter l’espace public. Conflits d’appropriation et rapports de pouvoir à Montréal et Paris. Rennes, Presses universitaires de Rennes, 198 p. (ISBN 978-2-75355-193-0)

  • Annick Germain

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  • Annick Germain
    Institut national de la recherche scientifique, Centre Urbanisation Culture Société, Montréal (Canada)

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Couverture de Mémoires collectives et production des territoires urbains, Volume 63, numéro 178, avril 2019, p. 3-127, Cahiers de géographie du Québec

L’ouvrage d’Antonin Margier est plus qu’une étude de cas comparative de deux espaces publics à Montréal et Paris ; il s’agit avant tout d’une proposition d’un nouveau mode de lecture de l’appropriation des espaces publics au prisme de l’habiter, et des conflits qu’engendre son partage. D’où le titre inédit Cohabiter l’espace public. On verra d’ailleurs plus loin ce qui le sépare d’une étude de cohabitation dans l’espace public. Six chapitres composent ce livre qui s’ouvre sur une revue des écrits, suivie d’un exposé de la perspective théorique adoptée par l’auteur, deux chapitres qui condensent, de mon point de vue, la contribution la plus intéressante de Margier. Les espaces publics ont inspiré de nombreux observateurs et chercheurs, ces dernières années, car ils sont au coeur de nombreuses mutations urbaines. Mais très vite, l’auteur prend ses distances avec un discours très général sur les effets « punitifs » des politiques néolibérales et d’un antiurbanisme revanchiste pour tenter de comprendre les réalités de l’exclusion par en bas, en quelque sorte, sur le terrain des usages quotidiens des espaces publics. Bien plus, c’est à une véritable analyse de la production résidentielle des espaces publics qu’il nous convie dès lors, en délaissant une focalisation exclusive sur les espaces centraux et l’échelle métropolitaine pour saisir les espaces publics de proximité du quartier, où peut se jouer la constitution d’un chez-soi, rejoignant ainsi une problématique de l’habiter. Pour baliser sa réflexion, l’auteur fait un (long) détour par la géographie structurale, évoque quelques philosophes avant de s’attarder à la notion d’appropriation de l’espace, notamment comme acte identitaire, ce qui s’avérera particulièrement judicieux pour comprendre la présence des populations marginalisées, notamment les itinérants dans les espaces publics. Cette perspective lui permettra aussi de saisir « le désir d’espaces publics résidentiels » (chapitre V) qui mobilise les actions des riverains cherchant à purifier les espaces publics pour éloigner les indésirables. C’est dire que Margier ne mobilise pas le registre de l’analyse de la sociabilité publique pour étudier les usages des espaces publics, mais bien celui de l’habiter. Cette perspective est alors mise à l’épreuve dans deux études de cas. La première porte sur le square Cabot, dans le Village Shaughnessy à Montréal, et la seconde, sur la Goutte d’or à Paris, un quartier péricentral souvent étudié par les chercheurs parisiens, alors que le premier fait partie du centre-ville de Montréal (partie ouest) mais ne possède pas la même épaisseur de quartier (Margier parlera d’ailleurs de la « fabrique d’un village urbain »). Les personnes marginalisées sont différentes dans les deux cas (il s’agit essentiellement d’Autochtones dont des Inuit, dans le cas montréalais). Les deux secteurs sont par contre au coeur de recompositions urbaines importantes. Le chapitre IV illustre la manière dont les espaces publics sont incorporés à l’expérience résidentielle dans les deux quartiers, qui sont représentés comme des villages nourrissant un fort sentiment d’appartenance. L’auteur note que « les espaces publics constituent pour les riverains des positions sociospatiales dont l’appropriation leur permet pleinement d’habiter leur quartier. Or, leur occupation par des personnes marginalisées, sans abri, toxicomanes et prostituées, se révèle un obstacle à cette appropriation et au déploiement de pratiques résidentielles » (p. 82), d’où l’émergence de conflits. Dans le chapitre V, l’auteur étudie les mobilisations des riverains et détaille les éléments de normalisation résidentielle qui vont faire des personnes marginalisées des out of place (en anglais dans le texte), conduisant à leur dispersion douce. Le chapitre VI examine de fait les différentes mesures de sécurisation, d’animation des espaces, portées à l’occasion par les associations pour stimuler le réinvestissement des lieux. Dans ses remarques conclusives, l’auteur revient sur les …