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L’auteur Jean-Marie Cour est un jeune octogénaire dont toute la carrière a été consacrée aux tentatives de développement de l’Afrique sud-saharienne (ASS). Polytechnicien, doté d’une formation en ponts et chaussées, il se présente comme démo-économiste assorti d’un titre d’expert en aménagement du territoire. Son initiation aux réalités de l’ASS lui a été offerte par une affectation au sein de la Banque mondiale où il a suivi le déroulement du programme « Futurs Africains » du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). À la faveur d’une réforme survenue en 1987, il s’est retrouvé dans un nouveau département qui le conduira à faire du secteur urbain africain son principal champ d’intérêt. Sur la base d’études réparties sur plusieurs décennies, l’auteur s’en prend à l’extrême pauvreté conceptuelle de la théorie, dite ici orthodoxe (comprendre néolibérale), vue comme étant désincarnée, u-topique (sic), uchronique (absence de prise en compte du temps) et démostatique (peuplement considéré comme une donnée plutôt que comme une variable).
L’illustration offerte en première de couverture donne une bonne idée du contenu de l’ouvrage : on voit une galère dont les rameurs manient leur outil de travail dans les deux sens. Ainsi averti, le lecteur ne sera pas surpris d’avoir en main un imposant ouvrage dont la lecture lui demandera une attention soutenue que ne facilite pas l’abondance de tableaux.
L’auteur revient souvent sur les objectifs de son essai qui, après la publication de nombreux rapports, s’avère être son premier livre. Ainsi, à la fin de son dernier chapitre, soit le 28e, il écrit : « Cet essai propose [donc] de libérer les Institutions et les agences d’Aide actuelles du carcan imposé par le dogme de l’économie dite orthodoxe, pour leur permettre d’élargir leur perspective, leur champ de compétence et leur efficacité (…). En un mot, cet essai propose de refonder le concept et la pratique de ce que l’on appelle l’Aide » (p. 370). Dès le début, Cour précise que les interdépendances entre population, espace, environnement et production sont négligées, voire ignorées dans le paradigme de ce qu’il appelle « l’économie capitaliste de marché en voie de globalisation » (ECMVG). Ce paradigme ne permet pas l’étude des processus de développement sur le temps long. Avec les premiers chapitres, l’auteur démontre sa vision à travers son implication dans les programmes Image à long terme de l’Afrique (ILTA) au sud du Sahara et West Africa Long Term Perspective Study (WALTPS) ainsi que dans la démarche ECOLOC[5].
Selon les démographes, l’Afrique comprendra 40 % de la population du globe en 2100. Un fait qui n’inquiète aucunement Jean-Marie Cour, car il voit dans l’ASS un continent en voie de peuplement. Le concept fait l’objet de la première des cinq parties du volume. Exit donc l’expression « en voie de développement » remplacée depuis la fin du dernier siècle par le plus politiquement correct « pays du Sud ». Il est convaincu qu’à la fin du siècle, les femmes de l’ASS auront cessé d’avoir six enfants. On assistera à l’avènement d’une nouvelle ère. Des ajustements socioéconomiques s’imposeront d’office. Nul besoin de planifier les naissances comme n’a cessé de préconiser « l’agronome de la faim » René Dumont (1904-2001) avec qui l’auteur règle ses comptes.
Parmi les 12 problématiques signalées en entrée de jeu, notons particulièrement celle qui invite à renouer avec la prospective tout en privilégiant l’approche stratégique[6]. S’y ajoute la gestion de l’économie à l’échelle des petites villes et de leur hinterland rural, impliquant des stratégies de développement local. Ici, l’auteur se rapporte à une problématique abondamment documentée durant les années 1980 : l’existence d’une économie duale. On se rapporte à la coexistence, dans l’ensemble des pays du monde, d’une économie formelle et d’une autre informelle. En prêtant attention à cette dernière, Cour se proclame concepteur d’une « économie populaire ». À l’instar de beaucoup d’autres auteurs qu’iI se garde de citer, il prône, à son tour, la formalisation de l’économie informelle[7] susceptible de répondre aux besoins des milieux urbains dont il souhaite le développement. Rien de mieux que de prêcher par l’exemple à travers l’étude WALTPS sur la base du paradigme non orthodoxe appliqué à l’échelle, non pas régionale, mais locale au sein de zones appelées RUCHES (régions urbano-centrées à haute intensité d’échanges et de services). En anglais : BEEHIVES[8] (Basic Economic Entity with High Intensity and Velocity of Excanges and Services). Et, pour leur bon fonctionnement, ça ne s’invente pas, pourquoi ne pas recourir à une monnaie locale : le MIEL (Monnaie pour l’investissement et l’échange local). Avec raison, dans un chapitre subséquent, l’auteur s’en prend aux agences d’aide, considérées comme un obstacle à la réflexion prospective. Il voit en elles « l’attachement quasi religieux, sourd et aveugle, au dogme sur lequel repose la théorie économique dite orthodoxe qui empêche de comprendre et d’accepter les changements en cours dans les pays en voie de peuplement » (p. 232). Il revient à la charge dans l’avant-dernier chapitre en reprochant aux agences d’aide de ne jamais se remettre en question. Cinq annexes complètent le tout.
D’aucuns reprocheront l’absence, dans les premières pages, d’une liste décrivant l’abondance d’acronymes ou de sigles imposés aux lecteurs. Si de trop nombreux auteurs abusent du recours aux notes de bas de pages, Jean-Marie Cour abuse dans le sens inverse, avec seulement huit notes, dont une réfère à Sapiens de Yuval Noha (sic) Harari. D’autres déploreront les tableaux sans mention des sources et la totale absence de références à des auteurs qui ont publié sur les questions traitées tout au long de l’ouvrage. Par exemple, lorsqu’il évoque le recours à des stratégies de développement local, l’auteur écrit comme s’il était le premier Français à voir la pertinence de telles stratégies. Enfin, tout autre éditeur aurait exigé un recentrage du manuscrit afin de réduire le nombre de chapitres en retirant d’inutiles répétitions. Malgré ses défauts, on ne saurait trop recommander la lecture de cet ouvrage à tous ceux que les relations Nord-Sud intéressent.
Parties annexes
Notes
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[5]
La démarche ECOLOC est une démarche d’économie locale initiée par le Partenariat pour le Développement municipal et le Club du Sahel et de l’Afrique de l’Ouest (pour plus de détails, consulter : https://guidesdv.6te.net/documents/8%20Developpement%20Economique%20Local%20ECOLOC.pdf)
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[6]
Avec raison, l’auteur évite le recours à la planification stratégique mise en oeuvre, entre autres, à travers le Canada durant les années 1980-1990.
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[7]
L’auteur de ces lignes a été témoin, au Brésil, du succès d’une telle orientation socioéconomique.
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[8]
Comme sur les pots de miel de mon enfance… longtemps avant la loi 101.

