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Présentation

  • Jean-François Chassay et
  • Carolina Ferrer

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  • Jean-François Chassay
    Université du Québec à Montréal

  • Carolina Ferrer
    Université du Québec à Montréal

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Corps de l’article

Le dossier que nous proposons dans ce numéro de Cinémas part de l’idée selon laquelle l’imaginaire occidental contemporain est imprégné d’une pensée de la fin. L’an 2000 s’inscrivait d’emblée, pour les tenants d’une pensée eschatologique (millénaristes, messianistes, survivalistes, etc.), dans une logique de l’apocalypse. Une telle façon de penser s’entend dans les discours alarmistes de toutes sortes qui se défient, au gré de l’actualité, de développements scientifiques inquiétants, de catastrophes médicales, écologiques et planétaires, d’impasses collectives, sociales et privées. Ni nouveau ni spontané, cet imaginaire n’est pas homogène. Depuis la Deuxième Guerre mondiale avec, d’un côté, la Shoah qui a marqué l’invention d’une industrie de la mort effective et, d’un autre, Hiroshima et Nagasaki qui signifièrent le début d’une course exponentielle aux armements, on assiste du reste à la prolifération d’un imaginaire de la fin porté par les effets de cette catastrophe impensable. Par ailleurs, cet imaginaire est tantôt celui du monde, tantôt celui d’un monde, d’une tradition, d’une pratique. Ses lieux sont multiples et l’espace qu’il occupe est pour certains central, lié au caractère essentiel des mythes d’origine et de fin du monde, pour les autres périphérique, constitué de discours marginaux et sectaires.

L’objectif de ce dossier est d’analyser cet imaginaire de la fin tel que le cinéma nous le révèle. L’approche de l’an 2000 a vu se multiplier les films catastrophe où l’apocalypse occupe une place déterminante, et on n’a cessé de répéter, après la tragédie du 11 septembre, que la frontière entre la réalité et la fiction semblait de plus en plus poreuse, qu’en regardant ces images de fin du monde, reprises jusqu’à la plus totale complaisance, « on se croyait dans un film », pour reprendre l’expression consacrée. Tout un pan du cinéma, depuis les années 1970 (rappelons-nous The Towering Inferno en 1974, qui semble étrangement prémonitoire de la destruction des deux tours), a multiplié les exploits technologiques en vue d’offrir les meilleurs destructions et effondrements. Pensons également aux films de science-fiction, qui très souvent donnent à voir la décadence et la destruction possible de notre monde, au point de l’anticiper.

Cependant, il y a aussi tous ces autres films qui, évitant l’aspect proprement spectaculaire de la fin, ses artifices et ses accessoires usuels, réussissent pourtant à en représenter l’essentiel, qui est moins la destruction en tant que telle que la faille qu’elle implique dans l’imaginaire, l’angoisse face au chaos, l’effondrement de soi, de ses limites et de son identité.

Les cinéastes apparaissent comme les témoins d’un impensé revenant sous des formes très diversifiées dans les films, qui se révèlent comme des lieux privilégiés pour montrer la fin, pour mettre en scène ses effets et ses conséquences, exacerbant une logique de la catastrophe, intime ou collective. D’une logique semblable, ce dossier vise à montrer quelques aspects, à travers les sept articles offerts aux lecteurs.

Parties annexes