Le Climatoscope
Portrait des avancées scientifiques sur les changements climatiques
Numéro 7, octobre 2025 10 ans de l’Accord de Paris
Sommaire (28 articles)
Introduction
Éditorial
Sous la loupe du Climatoscope
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Les corridors écologiques : au-delà de la protection de la biodiversité, un outil de justice climatique ?
Arnauld Chyngwa et Axelle Ferrant
p. 8–12
RésuméFR :
Changements climatiques et inégalités environnementales sont étroitement interconnectés, affectant de manière disproportionnée les communautés vulnérables et marginalisées, souvent dépendantes des services écosystémiques. Si les corridors écologiques sont de plus en plus reconnus pour leur rôle dans la préservation de la biodiversité, en particulier face aux changements climatiques, cet article explore leur potentiel comme outils de justice climatique pour les communautés rurales d’Afrique sub-saharienne. Dans quelle mesure ces corridors peuvent-ils constituer une mesure d’adaptation pour les populations les plus vulnérables aux changements climatiques tout en réduisant les inégalités ? En s’inspirant de l’écologie décoloniale, l’article suggère que ces corridors puissent à la fois protéger la biodiversité et atténuer les inégalités auxquelles les populations vulnérables des Suds sont confrontées. Au-delà de leur fonction de lutte contre la fragmentation, les corridors écologiques, conçus comme des infrastructures écologique, apportent une série de bénéfices socio-économiques particulièrement adaptés pour réduire les vulnérabilités sociales et environnementales des populations rurales. Toutefois, pour éviter que ces mécanismes de protection de la biodiversité n’accentuent les injustices climatiques, certaines conditions doivent être remplies. L’article suggère qu’une gouvernance participative qui dépasse le cadre local, est nécessaire pour faire des corridors écologiques de véritables leviers de justice climatique.
EN :
Climate change and environmental inequalities are closely interlinked, disproportionately affecting vulnerable and marginalised communities that are often dependent on ecosystem services. While ecological corridors are increasingly recognised for their role in preserving biodiversity, particularly in the face of climate change, this article explores their potential as climate justice tools for rural communities in sub-Saharan Africa. To what extent can these corridors constitute an adaptation measure for the populations most vulnerable to climate change, while at the same time reducing inequalities? Drawing on decolonial ecology, the article suggests that these corridors can both protect biodiversity and reduce the inequalities faced by vulnerable populations in the South. Beyond their role in combating habitat fragmentation, ecological corridors, conceived as ecological infrastructures, provide a range of socio-economic benefits that are particularly well-suited to reducing the social and environmental vulnerabilities of rural populations. However, to ensure that these biodiversity protection mechanisms do not exacerbate climate injustices, certain conditions must be met. The article suggests that participative governance that goes beyond the local level is needed to make ecological corridors genuine levers for climate justice.
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Économie circulaire appliquée aux systèmes alimentaires : de l’idée à l’action
Valérie Lacombe
p. 13–20
RésuméFR :
À Montréal, à l’occasion de l’Expo 1967, la ville affichait l’image d’une métropole « propre » et tournée vers l’avenir en bannissant les animaux de ferme des quartiers résidentiels. Aujourd’hui, le retour des poules en arrière-cours et des chèvres en écopâturage est de nouveau présenté comme une vision d’avenir, mais cette fois sous l’angle de la durabilité et de la résilience face aux changements climatiques. Cette évolution souligne la capacité des discours à redéfinir ce qui est socialement désirable et écologiquement pertinent. De même, les récits d’économie circulaire tentent de concrétiser les objectifs de durabilité en proposant des systèmes alimentaires en boucle fermée. Mais en simplifiant les enjeux de durabilité à des concepts comme le recyclage, ils risquent de marginaliser des approches plus inclusives. À partir de 69 documents stratégiques et 21 entretiens avec parties prenantes locales, notre étude examine comment l’introduction de l’économie circulaire influence les imaginaires, discours et récits autour des systèmes alimentaires durables. Nous démontrons l’impact des discours sur les trajectoires de transition, mettant en garde contre des récits uniformisés qui risquent de freiner l’innovation et d’imposer des visions dominantes. Valoriser la diversité des dynamiques locales est essentiel pour ouvrir la voie à des changements plus inclusifs et équilibrés.
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Respecter l’Accord de Paris : un levier pour réduire les coûts de santé de la chaleur extrême au Québec
Jérémie Boudreault, Céline Campagna et Fateh Chebana
p. 21–26
RésuméFR :
Avec les changements climatiques, les épisodes de chaleur extrême sont appelés à se multiplier au Québec dans les années à venir. L’ampleur du fardeau sanitaire et économique qui en résultera dépendra, entre autres, de notre capacité à limiter le réchauffement climatique (atténuation) et à mettre en oeuvre différentes mesures pour réduire les impacts attendus (adaptation). À l’aube du 10e anniversaire de l’Accord de Paris, cet article revisite des travaux de recherche récents sur les coûts sanitaires liés à la chaleur extrême au Québec, selon différentes trajectoires de réchauffement planétaire. Les résultats montrent que plus le réchauffement climatique est contenu, plus les impacts sanitaires de la chaleur extrême (décès, visites à l’urgence, hospitalisations, etc.) et les coûts associés en seront réduits. Ainsi, le respect de l’Accord de Paris est un levier important pour réduire la facture des changements climatiques. Toutefois, l’atténuation à elle seule n’est pas suffisante, car les effets de la chaleur sont déjà importants au niveau actuel de réchauffement. Ainsi, des mesures d’adaptation supplémentaires doivent être mises en place dès maintenant pour limiter le fardeau actuel et à venir de la chaleur. Des pistes à cet effet sont proposées en guise de conclusion.
EN :
With climate change, extreme heat events are likely to become more frequent in the province of Quebec, Canada. The extent of the resulting health and economic burden will depend on our ability to limit global warming (mitigation) and to implement various measures to reduce the expected impacts (adaptation). On the eve of the 10th anniversary of the Paris Agreement, this article revisits recent research on the health costs associated with extreme heat in Quebec, according to different global warming scenarios. The results show that the more global warming is contained, the more the health impacts of extreme heat (deaths, emergency department visits, hospitalizations, etc.) and the associated costs will be reduced. Therefore, compliance with the Paris Agreement is an important lever for reducing the costs of climate change. However, mitigation alone is not enough, as the effects of heat are already significant at current levels of global warming. Additional adaptation measures are therefore needed now to limit the current and future burden of heat. Several ideas for policymakers are suggested as a conclusion of the article.
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En première ligne : l’itinérance face aux bouleversements climatiques
Ariane Préfontaine
p. 27–31
RésuméFR :
Le phénomène de l’itinérance est loin d’être marginal au Québec, mais les impacts différenciés des changements climatiques vécus par les personnes en situation d’itinérance demeurent largement méconnus et peu documentés. Malgré leur position de vulnérabilité face aux bouleversements climatiques, leurs réalités et leurs besoins sont encore invisibilisés dans l’adaptation aux changements climatiques.
Avec l’intensification des effets des changements climatiques, ceux-ci risquent également de devenir un facteur de basculement vers l’itinérance qui prendra une place de plus en plus importante dans les décennies à venir. Ces nouvelles dynamiques illustrent l’importance de faire émerger des pistes d’action innovantes en matière de prévention de l’itinérance et d’adaptation ciblées, afin de répondre aux défis particuliers posés par cette intersection de crises.
Cet article vise à présenter certains éléments clés d’une première phase exploratoire de l’Observatoire québécois des inégalités (OQI), en partenariat avec Ouranos, intitulée « Impacts différenciés des effets des changements climatiques ainsi que des solutions d’adaptation sur les personnes en situation d’itinérance ».
Dossier : 10 ans de l’Accord de Paris
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Dix ans après son adoption, quel bilan pour l’Accord de Paris ?
Géraud de Lassus St-Geniès et Annie Chaloux
p. 32–36
RésuméFR :
Le 12 décembre 2015, 196 États adoptaient par consensus l’Accord de Paris, un traité international posant les bases d’un nouveau cadre de coopération pour lutter contre les changements climatiques. Résultats d’intenses négociations, l’adoption de ce texte avait alors été salué comme une formidable victoire du multilatéralisme qui laissait présager le début d’une nouvelle ère dans la gouvernance du climat et entrevoir un véritable sursaut collectif face à l’urgence climatique. Dix ans plus tard, l’Accord de Paris a-t-il tenu ses promesses ? Cet article propose de dresser un bilan d’étape de ce texte, devenu la pierre angulaire de la gouvernance climatique.
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Le Brésil, pays hôte de la COP30 : des attentes élevées pour le gouvernement Lula
Hugo Séguin
p. 37–41
RésuméFR :
Du point de vue de son pays hôte, le Brésil, la COP30 apparaît comme une occasion d’exercer un fort leadership mondial dans un contexte multilatéral des plus défavorables, alors même qu’il doive rétablir sa crédibilité après des années marquées par des politiques climatiques peu efficaces ou carrément hostiles. Le texte donne un aperçu du double défi avec lesquels le pays devra composer, soit mener les négociations à bon port en évitant un échec, tout en apparaissant comme un leader effectif pour contrer les changements climatiques, malgré sa volonté affirmée de développer ses vastes réserves de pétrole et de gaz et ses difficultés à mettre en place des mesures efficaces pour contrer la déforestation, première source d’émissions du pays.
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La gouvernance climatique internationale vue d’Afrique : enjeux, trajectoires et reconfigurations stratégiques
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Nature et climat, deux défis avec une solution commune : la biodiversité au coeur de la résilience climatique
Fanie Pelletier et Andrew Gonzalez
p. 47–52
RésuméFR :
L’humanité fait face à des défis environnementaux sans précédent. Alors que les changements climatiques accélèrent le taux d’extinction des espèces, la préservation de la biodiversité est en retour désormais reconnue comme essentielle pour atténuer ces changements et soutenir l’adaptation des espèces aux nouvelles conditions environnementales. Jusqu’à récemment, les crises du climat et de la biodiversité ont été abordées dans le cadre de disciplines différentes et d’Accords mondiaux distincts tels que la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques et la Convention des Nations unies sur la diversité biologique. Cette disjonction date de la signature des tout premiers Accords et a perduré avec l’Accord de Paris en 2015. Cependant, un atelier conjoint du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) et de la Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (IPBES), qui s’est tenu en 2020, a souligné le lien indissociable entre le climat et la biodiversité pour l’avenir du développement humain. Dans cet article, nous synthétisons les constats des groupes d’experts internationaux soulignant l’importance d’approches coordonnées pour renforcer la résilience écologique et promouvoir des politiques mondiales capables d’aborder simultanément les crises climatique et écologique, avec un accent particulier sur le Québec.
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Le nouvel objectif chiffré collectif pour le financement de l’action climatique : défis et perspectives quant au succès de l’Accord de Paris
Enéas Xavier
p. 53–57
RésuméFR :
L’adoption du nouvel objectif chiffré collectif sur le financement climatique représente une étape clé dans la mise en oeuvre de l’Accord de Paris. Cet objectif vise à répondre aux insuffisances du précédent engagement de 100 milliards de dollars annuels, souvent critiqué pour son manque de transparence et d’accessibilité. Le NCQG fixe un montant global de 1 300 milliards de dollars par an d’ici 2035, en élargissant la base des contributeurs et en impliquant le secteur privé. Toutefois, l’absence d’obligations juridiquement contraignantes et de sous-objectifs spécifiques pour l’adaptation et les pertes et dommages suscite des préoccupations. L’accès aux financements demeure complexe pour les pays en développement, limitant leur capacité à mobiliser efficacement les ressources. Ainsi, malgré ses avancées, le NCQG nécessite un suivi rigoureux pour garantir un financement climatique prévisible, accessible et adapté aux besoins des pays vulnérables.
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Les pertes et préjudices : entre solidarité et justice climatique
Patricia Turcotte
p. 58–63
RésuméFR :
Dix ans après l’Accord de Paris, les pertes et préjudices causés par les changements climatiques s’imposent comme un enjeu central du régime climatique international.
Cet article analyse comment ce régime prend en compte ces pertes en retraçant l’évolution de cette notion, de sa marginalisation initiale à sa reconnaissance politique dans l’Accord de Paris, puis à la création récente d’un Fonds dédié.
L’objectif est double : d’une part, évaluer la réponse apportée par les mécanismes actuels, notamment ce Fonds et d’autre part, en mesurer la portée au regard des revendications de justice climatique.
En s’appuyant sur les développements récents, l’article met en lumière les limites du compromis politique actuel de répondre à lui seul aux besoins réels des communautés vulnérables et pose la question sous-jacente suivante : peut-on parler de justice climatique sans mécanismes contraignants de réparation ?
Face à cette impasse, l’article examine les initiatives juridiques émergentes, dont l’avis consultatif attendu de la Cour internationale de Justice, et explore dans quelle mesure une articulation entre financements dédiés et encadrement juridique renforcé pourrait offrir une réponse plus juste, équitable et durable aux pertes et préjudices climatiques.
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Dix ans après l’Accord de Paris : l’adaptation gagne du terrain
Eve Bourgeois, Marie-Emmanuelle Bossé et Alain Bourque
p. 64–69
RésuméFR :
Les efforts pour lutter contre les changements climatiques se sont historiquement concentrés sur l’atténuation des émissions de gaz à effet de serre (GES). Néanmoins, l’adaptation aux changements climatiques gagne une place de plus en plus importante autant dans les négociations internationales que dans les initiatives locales. L’Accord de Paris reconnaît pour la première fois un Objectif mondial en matière d’adaptation (OMA), marquant une tentative de rehausser le statut de l’adaptation. Toutefois, cet objectif reste davantage symbolique que contraignant, en l’absence d’indicateurs précis, de cibles chiffrées ou d’un cadre de suivi robuste. À l’échelle canadienne, les gouvernements de tous les niveaux sont de plus en plus sensibles à l’importance de l’adaptation et adoptent différentes politiques pour mieux protéger les communautés, comme la Stratégie nationale d’adaptation du Canada ou le Plan pour une Économie verte 2030. Malgré ces progrès, les efforts en adaptation restent insuffisants. Pour mieux faire face aux conséquences des changements climatiques, il est impératif d’intensifier les efforts d’adaptation, en s’assurant qu’ils soient sensibles aux inégalités sociales, territoriales et économiques. En ce sens, les approches fondées sur la justice climatique permettent d’orienter les politiques d’adaptation vers les populations les plus exposées et les moins outiller pour y faire face.
Droit, politique et société
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De l’engagement à la mise en oeuvre : le chemin parcouru par le Canada depuis la COP26 en matière d’atténuation dans le secteur des énergies fossiles
Annie Chaloux et Jennyfer Boudreau
p. 70–74
RésuméFR :
La COP26 de Glasgow, tenue en 2021, six ans après l’adoption de l’Accord de Paris, a constitué un moment charnière dans les négociations climatiques internationales. Pour la première fois, une décision issue d’une COP a explicitement reconnu la nécessité d’abandonner progressivement les énergies fossiles (Pacte de Glasgow, 2021, art. 36). Dans ce contexte, plusieurs initiatives parallèles ont émergé pour encourager la transition énergétique. Le Canada, dont le secteur pétrogazier représente près du tiers de ses émissions de gaz à effet de serre (GES), a pris trois engagements internationaux en la matière pour réduire ses émissions : l’Engagement mondial sur le méthane, le Global Coal to Clean Power Transition Statement, et le plafonnement et la réduction des émissions du secteur pétrolier et gazier. Cependant, l’adoption de tels engagements ne garantit pas leur mise en oeuvre effective. Cet article évalue le chemin parcouru quatre ans plus tard, en analysant la suffisance des mesures mises en place et le respect des délais annoncés, et se conclut sur les principaux obstacles communs observés : la lenteur des processus réglementaires et l’opposition des acteurs du secteur fossile, des provinces de l’Ouest et de partis d’opposition.
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Désinvestissement, émissions transférées : un angle mort de la neutralité carbone ?
Laura O’Brien
p. 75–79
RésuméFR :
En vue de la neutralité carbone, les plus grandes entreprises mondiales adoptent des stratégies qui visent à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). De manière stratégique, certaines d’entre elles ont recours à une pratique leur permettant des réductions de GES sur leurs bilans individuels sans que cela ne réduise nécessairement la quantité de GES émis dans l’atmosphère : le désinvestissement. Cette technique consiste en la vente d’actifs à des fins stratégiques. Cette pratique laisserait craindre l’augmentation globale des GES car les acquéreurs des actifs vendus n’ont adopté aucune mesure de réduction de GES dans leurs politiques d’affaires. L’article présent vise à analyser l’état du droit sur ce phénomène financier. Prônant un prisme environnementaliste et non-expert, il vise à explorer la place du profil environnemental des acquéreurs pour savoir si les plus vertueux sont favorisés par le droit. L’article s’inscrit dans la suite des travaux de Matthew E. Kahn, John Matsusaka et Chong Sun qui ont démontré qu’il est plus probable que des investisseurs engagés envers le climat se portent en faveur de stratégies de réduction de GES parmi les entreprises investies que des investisseurs qui ne le sont pas.
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Le rôle des intermédiaires climatiques dans la construction d’une économie verte : apprendre du cas de Propulsion Québec
Bruno Arcand
p. 80–85
RésuméFR :
Les gouvernements utilisent de plus en plus les politiques climatiques comme levier afin de stimuler une croissance économique verte. Si cette stratégie semble prometteuse pour surmonter certains obstacles politiques à la décarbonation, le manque d’expertise des gouvernements dans la mise en oeuvre de telles politiques climatiques risque de compromettre leur efficacité. L’objectif principal de cet article est d’explorer le rôle que peuvent jouer les intermédiaires climatiques créés par les gouvernements pour aider à combler cette lacune, en s’appuyant sur l’exemple de Propulsion Québec. Basé sur ce dernier, il présente les raisons pour lesquelles un intermédiaire climatique peut être utile dans l’élaboration des politiques climatiques et pour explorer ces idées de manière empirique. Il tire de cette étude de cas un ensemble d’enseignements sur les forces et les défis auxquels est confronté ce type d’acteur.
EN :
Governments are increasingly using climate policies as a leverage to stimulate green sources of economic growth. While this strategy shows promise in easing political obstacles to decarbonization, governments' lack of expertise in implementing such strategies risks undermining their economic and climate promises. The main objective of this article is to explore the role that government-created climate intermediaries can play in helping to fill this gap, using the example of Propulsion Québec. Based on the latter, it presents the reasons why a climate intermediary can be useful in climate policy development, uses the case of Propulsion Québec to explore these ideas empirically, and draws from this case study a set of lessons on the strengths and challenges faced by this type of actor.
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L’action climatique et l’électorat québécois : deux barrières à l’adoption de politiques climatiques
Annabelle Olivier et Alexandre Gajevic Sayegh
p. 86–91
RésuméFR :
Les mesures d’atténuation des changements climatiques tardent de plus en plus à être mises en oeuvre. Certains qualifient cette situation d’inertie climatique et affirment qu’aujourd’hui, les principales barrières à l’action climatique sont politiques. Parmi celles-ci, on compte le faible appui du public envers des politiques climatiques concrètes et ambitieuses, et ce, malgré l’appui élevé pour la lutte aux changements climatiques, ainsi que la politisation de l’enjeu par des partis politiques. L’opinion publique envers les politiques climatiques a jusqu’alors été peu étudiée au Québec, à quelques exceptions près. Cet article tente de combler ce vide et répond aux questions suivantes : « Au Québec, dans quelle mesure l’appui populaire envers l’action climatique diverge-t-il de celui envers les politiques climatiques? Cet appui varie-t-il selon l’allégeance politique des individus? ». Mobilisant les résultats d’un sondage mené au Québec en 2022 (n=757), nos résultats mettent en lumière deux barrières à l’implantation de politiques climatiques ambitieuses. D’une part, nous observons qu’il existe une différence entre l’appui envers l’action climatique et l’appui aux politiques climatiques (B1). De plus, nous observons un écart partisan dans l’appui aux mesures climatiques (B2). Nous concluons en donnant des avenues pour communiquer les politiques climatiques et faciliter leur adoption au Québec.
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Naviguer les paradoxes des COP par l’organisation d’espaces de solidarité internationale : le cas de la délégation jeunesse de l’AQOCI à la COP28
Noémie Lefrançois, Laura Fequino, Katherine Robitaille, Laura Wilmot, Mishka Caldwell-Pichette et Denis Côté
p. 92–97
RésuméFR :
Nombreux sont les paradoxes lors des Conférences des Parties (COP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Les COP incarnent autant un vecteur d’espoir pour la société civile et les pays des Suds dans la recherche de justice climatique et le renforcement de la coopération internationale, qu’un théâtre de paradoxes, où les pays imputables de la crise climatique bloquent les décisions ambitieuses et évitent de reconnaître leur responsabilité historique, si bien que certains analystes questionnent l’efficacité de ces rencontres. Cet article explore comment naviguer ces paradoxes par des espaces de solidarité internationale, avec l’exemple du cas de la délégation jeunesse de l’Association québécoise des organismes de coopération internationale (AQOCI) à la COP 28. S’appuyant sur des observations participantes et une revue narrative de littérature au prisme des théories de justice climatique (Demaze et Philippe, 2022) et des paradoxes (Gaim et al., 2022), trois paradoxes sont analysés : 1) disparités de représentation des nations et populations; 2) surreprésentation des lobbyistes des énergies fossiles par rapport à la société civile; et 3) écart entre engagements et actions gouvernementaux. Comprendre ces dynamiques complexes éclaire des stratégies pour une action climatique plus juste, solidaire et efficace. La délégation illustre sa participation aux espaces de solidarité pour dénoncer les inégalités et faire converger les luttes pour la justice climatique.
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Les jeunes pousses
Alain Aoun, Frédérick Turgeon, Esteban Solis, Luciano Rodrigues Viana, Stéphane Bastien, Caroline Thisdale et Ahlonko Koffi Bruce
p. 98–101
Sciences et technologies
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Changement climatique et tortues marines : explorer les impacts des ouragans précoces
Jessie-Lee Langel, Chloé Vanleynseele, Mathilde Bossuyt, Réjean Tremblay, El Mahdi Bendif et Benjamin de Montgolfier
p. 102–107
RésuméFR :
Les tortues marines, espèces emblématiques et clés pour l’environnement, subissent de plein fouet l’intensification des ouragans. Dans les Caraïbes, où elles viennent pondre, la saison cyclonique chevauche la saison de ponte, rendant la survie des oeufs incertaine. Nous avons étudié l’impact de deux ouragans, Beryl (2024) et Elsa (2021) et d’une tempête tropicale, Bret (2023), ayant frappé la Martinique entre 2021 et 2024, sur la nidification de deux espèces de tortues marines : la tortue imbriquée (Eretmochelys imbricata) et la tortue luth (Dermochelys coriacea). Des données météorologiques régionales de la Martinique ont été couplées avec des relevés sur le terrain sur trois plages Martiniquaises. Nos résultats révèlent des impacts des évènements météorologiques majeurs sur les écosystèmes côtiers et les tortues marines. Les submersions marines, atteignant jusqu'à 80 mètres au-delà du niveau normal, compromettent la survie des oeufs. La force des vagues et des vents entraîne une destruction importante des habitats et une érosion accélérée des plages. La tortue luth est particulièrement affectée. Cette étude donne un aperçu de l’impact des d’évènements météorologique majeurs, plus précoces et intenses, sur les populations de tortues marines dans les Caraïbes ainsi que sur l’érosion progressive des côtes et suggère que la tortue imbriquée est la mieux adaptée à ces changements.
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Surveiller nos plans d’eau en continu : bientôt possible n’importe où (ou presque)
Denis Machon, Céline Guéguen, Frédéric Bouchard, Michael Canva et Thierry Courcier
p. 108–112
RésuméFR :
L’adaptation efficace aux changements climatiques nécessite une combinaison d’actions, incluant la surveillance en continu des milieux aquatiques. Certains de ces écosystèmes - lacs, rivières et tourbières - réagissent rapidement aux variations climatiques, ce qui en fait de précieux indicateurs de l’état de santé de l’environnement. Leur rôle est d’autant plus crucial qu’ils occupent une place centrale dans les paysages et sont de plus en plus menacés par des événements météorologiques extrêmes tels que les inondations, les feux de forêt ou les glissements de terrain. Cependant, le suivi de l’évolution de ces environnements lorsqu’ils sont éloignés et/ou en milieux extrêmes reste limité. Cela entraîne des biais dans les analyses, car les données sont souvent récoltées dans des conditions favorables (ex. en été, sans pluie/neige/vent). Il est donc nécessaire de développer de nouveaux outils de mesure adaptés à ces défis. Dans ce contexte, nous discutons des avantages de développer des sondes in situ déployées sur place à l’année, capables de récolter et de transmettre des données en continu. Cette approche permet de réduire les biais d’échantillonnage et d’améliorer notre compréhension de la dynamique des milieux aquatiques et de leur résilience face aux changements climatiques. Nous illustrons cette démarche par des exemples récents issus de notre expérience sur le terrain, notamment dans des lacs de l’Estrie et des régions nordiques, en étroite collaboration avec des chercheuses et chercheurs du Québec et à l’international. Le développement de stations de capteurs par une équipe interdisciplinaire présente les avantages d’effectuer des mesures automatisées et en continu dans des écosystèmes difficiles d’accès, notamment dans des régions éloignées, pendant la majorité de l’année. Cette approche ouvre de nouvelles perspectives pour le suivi de la qualité de l’eau et la détection précoce des impacts liés au réchauffement des plans d’eau.
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Le méthane appauvri produit par les lieux d’enfouissement : un problème qui a déjà une solution dans la lutte contre les changements climatiques
Jessica Leindorf de Almeida, Federico Galli et Alexandre R. Cabral
p. 113–117
RésuméFR :
Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre (GES) avec un potentiel de réchauffement global (PRG) 28 plus élevé que celui du dioxyde de carbone (CO2) sur un horizon de 100 ans et de 86 fois sur un horizon de 20 ans. Ainsi, même des émissions à faible concentration de ce gaz peuvent devenir de grands contributeurs à l’augmentation de la température terrestre. Cet article a pour objectif de diffuser les résultats obtenus grâce à l’utilisation d’un biosystème d’oxydation du méthane (BOM) à l’échelle pilote construite pour traiter le biogaz pauvre en CH4 produit par une tranchée de ventilation latérale du lieu d’enfouissement sanitaire du Complexe environnemental de Saint-Michel (CESM), à Montréal. Un biofiltre de 50 m2 a été installé. Des mesures de charge et d’émissions surfaciques ont été réalisé chaque semaine pendant 14 mois. Ces résultats démontrent que le biofiltre a permis d’atténuer 94 % des émissions de CH₄, équivalant aux émissions annuelles de 477 voitures. Avec un coût d’évitement estimé à 17,90 $/t éq. CO₂, ce système représente une solution économique et efficace, bien en dessous de la taxe carbone fédérale actuelle. Il offre ainsi un fort potentiel pour les stratégies municipales de réduction des GES.
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Le télétravail comme outil d’atténuation des GES : oui, mais avec certaines réserves
Samuel Leduc-Frenette, Najoua El Abbadi, Hubert Verreault, Maxine Dandois-Fafard, Jean-François Boucher, Owen Waygood, Catherine Morency, Louis-César Pasquier et Louise Hénault-Éthier
p. 118–124
RésuméFR :
Le télétravail est présenté comme un outil potentiel de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES). Mais qu’en est-il vraiment au Québec ? Notre étude vise à répondre à cette question par le biais d’une quantification des GES liés au télétravail de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS). Pour ce faire, un sondage en ligne a été diffusé durant l’hiver 2024. Parmi les quelque 1500 membres de l’institut universitaire sollicités, 364 ont rempli le sondage (taux de réponse : 24 %).). Les renseignements quantitatifs et les comportements en lien avec quatre postes d’émissions associés au télétravail (transport, bureau, numérique, domicile) ont été convertis en émissions de GES. Ces émissions ont ensuite été additionnées afin d’être comparées à un scénario sans télétravail. Résultat : la situation actuelle – avec télétravail – s’est avérée 10 % moins émissive (- 120 t éq. CO2 ou – 0,08 t éq. CO2 par personne) que la situation de référence. L’identification du transport comme principale source de GES confirme d’autres observations similaires rapportées dans la littérature. En conclusion, si le télétravail est une avenue prometteuse, certaines habitudes liées notamment au transport doivent être encadrées au risque de voir les bienfaits de cette pratique être annulés.
EN :
Teleworking is presented as a potential tool for reducing greenhouse gases (GHGs) emissions. But where does the situation stand in Quebec? Our study aims to answer this question by quantifying the GHGs generated by teleworking at the Institut national de la recherche scientifique (INRS). To this end, an online survey was distributed during the winter of 2024. Of the 1,500 or so members of the university institute approached, 364 completed the survey (response rate: 24%). Quantitative information and behaviors related to four emission hubs associated with teleworking (transportation, digital, office and home) were converted into GHG emissions. These emissions were then added up and compared to a reference scenario without teleworking. Result: the current – teleworking – situation is 10% less emissive (- 120 t CO2 éq. or - 0.08 t CO2 eq. per person). Transportation as the main source of GHG emissions in teleworking confirms other similar observations reported in the literature. In conclusion, albeit teleworking is a promising mitigation avenue, certain habits, particularly those related to transport, need to be given a proper framework, otherwise its benefits may be negated.
Communication climatique
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La communication au service de l’adaptation aux changements climatiques : le cas de la Fresque du Climat-Tourisme
Nadège Domergue et Maryse Boivin
p. 125–130
RésuméFR :
Contexte : Comprendre l’ampleur des changements climatiques et agir en faveur de la transition climatique est notre plus grand défi à l’heure actuelle, y compris pour les organisations touristiques québécoises. Dans ce contexte, la question du transfert de connaissances et de la façon de communiquer est plus que jamais cruciale pour leur permettre de s’approprier des informations essentielles ainsi que d’accélérer leur mise en action. L’utilisation de la Fresque du Climat-Tourisme auprès de ces acteurs a pour objectif d’évaluer le rôle potentiel de ce type d’outils collaboratifs sur leur compréhension des changements climatiques (ampleur, risques, conséquences et solutions) et potentiellement sur leur engagement, par la suite, vers des stratégies d’adaptation et d’atténuation. De type exploratoire, la méthodologie employée implique deux méthodes de collecte de données qualitatives complémentaires. D’une part, une recherche-action participative est menée grâce à l’animation de fresques spécialement conçues et réalisées pour les organisations touristiques. D’autre part, des entretiens semi-dirigés sont conduits auprès d’animateurs de la Fresque du Climat et de participants. Les résultats démontrent que la sensibilisation et l’éducation sont des enjeux de premier ordre dans l’accélération de la transition climatique en tourisme, mais que certains facteurs empêchent encore les acteurs de bien comprendre l’ampleur des changements climatiques et d’engager des réflexions en profondeur. Cet article explore notamment les solutions fondées sur le comportement comme leviers de communication.
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Les médias traditionnels et le journalisme spécialisé en environnement face aux impératifs de la transition
Maxime Bilodeau et Fábio Henrique Pereira
p. 132–136
RésuméFR :
Cet article retrace d’abord l’histoire du journalisme spécialisé en environnement, de sa naissance dans le sillage du journalisme scientifique jusqu’à sa reconnaissance tardive comme spécialité journalistique à part entière. Puis, il fait état des conclusions d’un projet de recherche exploratoire sur les médias traditionnels et le journalisme spécialisé en environnement (JSE) face aux impératifs de la transition. Dans un premier temps, nous nous sommes intéressés à ce que disent des médias de référence de la francophonie du Nord global de leur rôle dans la transition. L’analyse de ce corpus dévoile la diversité des voix présentes dans ces discours aux FORTS accents réflexifs, mais desquels est en grande partie absente celle des journalistes. Dans la seconde phase de cette étude, nous avons donc réalisé des entretiens auprès de JSE du Québec afin de les interroger à ce propos. Nos analyses préliminaires dévoilent que, même si les JSE du Québec demeurent foncièrement attachés au rôle traditionnel de fournisseurs objectifs d’informations, il leur importe néanmoins de favoriser l’interprétation, la compréhension et l’implication du public vis-à-vis des questions environnementales. Pour les membres de ce segment journalistique, la poursuite du professionnalisme semble donc passer par une intervention mesurée dans la couverture de leur spécialisation thématique.
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La taxe carbone : anatomie d’un contrecoup
Frédéric Boily
p. 137–141
RésuméFR :
À partir de la théorie sociologique du contrecoup (backlash), cet article montre comment il s’est développé un mouvement d’opposition presque généralisé au sein de la classe politique canadienne contre l’utilisation de la taxe carbone aux particuliers. Il s’agit de montrer comment l’anxiété économique des dernières années a été un élément déclencheur auprès de l’opinion publique qui s’est mise à réévaluer son appui, non pas à la lutte contre les changements climatiques, mais à l’utilisation de la taxe carbone. Par la suite, le texte examine comment s’est développé ce contrecoup qui repose sur un processus de délégitimation qui est essentiel pour comprendre ce phénomène. Le texte montre quels sont les acteurs qui y ont contribué ainsi que les valeurs de rechange proposées par les opposants.
EN :
Starting from the sociological theory of backlash, this article shows how a movement opposing the Carbon Tax on Individuals first developed, then spread, to become policy across the quasi-totality of the Canadian political class. The article explains how growing economic anxiety, over the last few years, triggered a re-evaluation of the public’s support, not of climate-change policy per se, but specifically of the tax as a tool to fight climate change. Further, the article examines how this backlash took hold, starting with a process of delegitimization, which is essential to understand this phenomenon. The article identifies contributing actors, as well as the alternatives values proposed by the opponents of the tax.
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La place de l’agentivité des élèves en éducation systémique à la durabilité et au changement climatique : une analyse curriculaire
Dieu Le Grace Mbiatcha et Liliane Dionne
p. 142–147
RésuméFR :
L’école, par l’entremise d’une éducation au changement climatique efficiente, apparaît comme un milieu des plus propices pour préparer les élèves à devenir de véritables agents de changement face aux dérives climatiques. L’agentivité consiste en cet ensemble de compétences que les élèves peuvent acquérir à l’école pour initier des actions concrètes face aux enjeux socio-environnementaux et les mettre en application. Les organismes internationaux comme l’UNESCO exhortent les gouvernements à mettre de l’avant une littératie climatique encourageant le développement de l’agentivité dans les programmes scolaires, et ce dans les plus brefs délais. Face à l’urgence climatique au Canada, quelle place les curricula provinciaux, qui sont des guides essentiels pour le personnel enseignant, accordent-ils au développement de l’agentivité des élèves? L’analyse s’est penchée sur une vingtaine de curricula au Canada et révèle que près de la moitié des curricula analysés traitant de l’Éducation systémique à la durabilité et au changement climatique (ESDCC) sont plutôt informatifs, et ne mettent pas suffisamment l’emphase sur l’agentivité climatique. En plus des notions au sujet de l’environnement et du changement climatique à renforcer, ces programmes devraient faire l’objet d’une révision majeure pour inclure des stratégies et des projets d’apprentissage authentiques visant à engager les jeunes canadiens sans des démarches pour développer leur agentivité, afin qu’ils puissent devenir des citoyens mobilisés dans la lutte et l’adaptation au changement climatique.
EN :
Schools, through efficient climate change education, appear to be one of the most suitable environments for preparing students to become true agents of change in the face of climate challenges. Agency consists of the set of skills that students can acquire at school to initiate concrete actions in response to socio-environmental issues. International organizations like UNESCO urge governments to prioritize climate literacy and agency in school curricula. Given the climate emergency, what place do Canadian curricula give to the development of student agency? Our analysis examined about twenty Canadian curricula from the perspective of systemic education for sustainability and climate change (ESCC). The results reveal that most curricula addressing ESCC are rather informative and do not sufficiently emphasize on climate agency. Provincial curricula need a rigorous review to better guide teachers to educate students - not only about environmental and climate change concepts - but to engage them in authentic projects aimed at developing their agency individually and collectively, so they can become powerful agents in all initiatives in face of the climate crisis.
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Bandes dessinées et changements climatiques : pour une valorisation des recherches en sciences humaines et sociales
Anne-Sophie Legrand et Timothée Fouqueray
p. 148–154
RésuméFR :
Du fait de sa nature bio-géologique, le dérèglement climatique est principalement traité à la lumière des sciences de la vie et de la terre. Des voix s’élèvent pourtant, demandant à communiquer plus et mieux les apports des sciences humaines et sociales (SHS) dans les études climatiques – puisque adaptation et atténuation relèvent de processus individuels, politiques et socio-économiques.
Il est pour cela un moyen de communiquer la science aussi exigeant que singulier : la bande dessinée (BD). Le neuvième art est désormais reconnu pour sa puissance de narration et de communication scientifique, mais le nombre de BD climatiques reste néanmoins bien faible relativement à celles traitant, par exemple, de sujets médicaux.
En conséquence, nous avons initié Climat social, un projet mêlant conférences et BD pour manifester la richesse des recherches climatiques en SHS. Notre article décrit la diversité des exposés, allant de la psychologie cognitive à l’économie écologique en passant par les sciences politiques ou la géographie. Nous détaillons pourquoi nous avons invité des universitaires francophones africains, américains et européens. Enfin, nous revenons sur la transcription des conférences en BD, et annonçons la création de la bédéthèque du climat, recensant des ouvrages accessibles au grand public et aux milieux éducatifs.