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Introduction

Introduction[Notice]

  • Nathalie Sawadogo et
  • Nathalie Mondain

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  • Nathalie Sawadogo
    Université Joseph Ki-Zerbo, Burkina Faso

  • Nathalie Mondain
    Université d’Ottawa, Canada

Les sociologues statisticiens, bien avant les démographes, ont posé le problème de l’articulation des approches quantitatives et qualitatives dans l’appréhension des phénomènes sociaux étudiés (Halbwachs, 1931 ; Berthelot, 1993 ; Desrosières, 2010). Les démographes, quant à eux, surtout à partir des années 1945-50, ont travaillé à imposer la démographie comme une discipline à part entière avec son encadrement théorique et méthodologique propre. Toutefois, au tournant des années 1990, la complexité des phénomènes étudiés par les démographes les confronte aux limites des approches quantitatives classiques. C’est ainsi qu’a émergé un mouvement critique remettant en question la pleine capacité de ces pratiques de recherche à expliquer les phénomènes observés (De Loenzien, 2006 ; Riley et McCarthy, 2003). Ce mouvement a été impulsé, puis entretenu par des démographes (Bozon 1999) et par des chercheurs.es d’autres disciplines des sciences sociales. Il s’est souvent agi d’anthropologues ayant un intérêt marqué pour les enjeux populationnels dans différents contextes (Greenhalgh, 1995 ; Kertzer et Fricke, 1997 ; Bledsoe, 1999 ; Coast, 2003 ; Coast et collab. 2007 ; Randall et Kopenhaver, 2004 ; Randall et collab. 2011 ; Randall et collab. 2013). Il a conduit à introduire, voire à imposer le recours aux méthodes qualitatives aux fins d’approfondissement des résultats obtenus quantitativement dans de nombreuses études. Ce faisant, la démographie s’est progressivement inscrite dans la perspective des méthodologies mixtes (Creswell, 2009) en se tournant plus fréquemment vers d’autres disciplines, et en ouvrant la voie à un dialogue parfois difficile, mais toujours stimulant entre ces deux approches. Ainsi, ces travaux sont souvent l’oeuvre de collaborations entre démographes et chercheurs de différentes disciplines où l’usage des méthodes qualitatives est mobilisé plus systématiquement, telles que la sociologie ou l’anthropologie, voire la santé publique. Ils ont fréquemment eu pour objet les dynamiques de population dans les pays en développement, dans une recherche d’approfondissement des résultats statistiques ou d’exploration sur des sujets peu connus (LeGrand et collab. 2003 ; Randall et collab. 2017 ; Sawadogo, 2016). Si les anthropologues sont très présents dans ces débats méthodologiques et épistémologiques, les sociologues, quant à eux, semblent s’être moins ouvertement mêlés à ces réflexions. Toutefois, des liens existent entre ces deux disciplines comme en témoignent les travaux du socio-démographe De Jong depuis plus de 50 ans ou encore ceux de sociologues du développement tel que Adjamagbo (Adjamagbo, 2016, Adjamagbo et collab. 2016). Dans le contexte des sociétés industrialisées, les liens entre sociologie de la famille et démographie apparaissent clairement au travers, par exemple et parmi bien d’autres chercheurs, les travaux de Le Bourdais au Canada ou de socio-démographes en France. Ces derniers placent au coeur de leurs réflexions les défis méthodologiques liés à l’analyse des trajectoires, des parcours de vie et de la temporalité (Antoine et Lelièvre, 2006 ; Bonvalet et Lelièvre, 2012). Par contre, ces liens disciplinaires se sont le plus souvent matérialisés par des analyses quantitatives. Il faut souligner que souvent, les sociologues manient également d’importantes bases de données statistiques et, ce faisant, mobilisent des techniques d’analyse quantitatives souvent similaires à celles utilisées par les démographes, mais pour aborder des problématiques distinctes. On le voit par exemple en sociologie de la migration qui a connu d’importants développements ces dernières décennies : le projet multidisciplinaire et multi-sites MAFE (Migration entre l’Afrique et l’Europe) (Beauchemin, 2015 ; Flahaux, 2015) ou encore les mouvements migratoires complexes en Asie (Bélanger et collab. 2010). Ceci renvoie à la distinction entre un objet de recherche démographique et un objet de recherche sociologique (que nous ne résoudrons pas ici). Autrement dit, comme le posent Riley et McCarthy (2003), c’est tout le débat autour de la définition même de la démographie, …

Parties annexes