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Introduction

Au cours des dernières décennies, on observe une augmentation de l’espérance de vie, grâce notamment aux progrès dans le domaine des technologies biomédicales. Les personnes malades ont maintenant accès à divers traitements encore plus efficaces qui leur permettent soit de guérir, soit de vivre plus longtemps. En contrepartie, des individus pourraient se sentir obligés d’accepter ces interventions, et l’acceptation de la mort pourrait de plus en plus être considérée comme un tabou social et moral (Evans, 2015). Une réappropriation du processus de mourir pourrait donc s’exprimer par la revendication d’un droit à l’euthanasie et au suicide assisté ; des pratiques récemment légalisées au Canada.

L’euthanasie, définie comme étant « l’administration de médicaments avec l’intention explicite de mettre fin à la vie du patient, à sa demande explicite [traduction libre] » (van der Maas et al., 1996, p. 1700), et le suicide assisté défini comme « le fait de prescrire ou prodiguer des médicaments avec l’intention explicite de permettre au patient de mettre fin à sa propre vie [traduction libre] » (van der Maas et al., 1996, p. 1700), sont des sujets sensibles et controversés. Après des années de discussions, le Québec a légalisé « l’aide médicale à mourir » en vertu de la Loi sur les soins de fin de vie (projet de loi 2) qui est entrée en vigueur en décembre 2015. Comme définie préalablement dans le projet de loi 52 (2014), l’aide médicale à mourir réfère à « un soin consistant en l’administration de médicaments ou de substances par un médecin à une personne en fin de vie, à la demande de celle-ci, dans le but de soulager ses souffrances en entraînant son décès » ; définition qui concorde avec ce qui est considéré comme de l’euthanasie dans la littérature scientifique internationale. En juin 2016, la Cour suprême du Canada a également légalisé l’« aide médicale à mourir » qui se décline ici en deux pratiques distinctes : (1) « l’administration directe, par un médecin ou un infirmier praticien, d’une substance provoquant la mort de la personne qui en a fait la demande » ou (2) « la remise ou la prescription, par un médecin ou un infirmier praticien, d’une substance que la personne peut s’administrer elle-même pour provoquer sa mort » (Loi modifiant le Code criminel et apportant des modifications connexes à d’autres lois [aide médicale à mourir], 2016), et qui réfèrent respectivement à l’euthanasie volontaire et au suicide assisté dans la littérature internationale.

Ces changements de loi imposent de nouvelles responsabilités aux professionnels de la santé, notamment aux médecins et aux infirmiers praticiens, dont l’évaluation et la prise en charge des personnes qui font une telle demande. Toutefois, ces lois n’ont pas seulement un impact sur ces professionnels de la santé, elles risquent d’affecter également ceux qui travaillent au quotidien avec des personnes malades ou en fin de vie qui font face à toutes sortes de problèmes psychosociaux et qui désirent mourir prématurément. On peut penser à ceux et celles qui travaillent de près ou de loin en santé mentale, dont les psychologues, les travailleurs sociaux et les intervenants en prévention du suicide.

Jusqu’à ce jour, la majorité des études qui se sont intéressées aux attitudes des professionnels envers l’euthanasie ou le suicide assisté ont été réalisées auprès de médecins et d’infirmières. Les résultats sont toutefois disparates, montrant un appui favorable qui varie entre 26 % et 86 % chez les médecins (Brits, Human, Pieterse, Sonnekus et Joubert, 2009 ; Broekman et Verlooy, 2013 ; Cohen, Fihn, Boyko, Jonsen et Wood, 1994 ; Craig et al., 2007 ; Emanuel, Fairclough, Daniels et Clarridge, 1996 ; Kouwenhoven, van Theil, Raijmakers, van der Heide et van Delden, 2014 ; Lee, Prince, Rayner et Hotopf, 2009 ; Smets et al., 2011), et entre 3,2 % et 92 % chez les infirmières (Asai, Ohnishi, Nagata, Tanita et Yamazaki, 2001 ; Kranidiotis, Ropa, Mprianas, Kyprianiou et Nanas, 2015 ; Inghelbrecht, Bilsen, Mortier et Deliens, 2009 ; Parpa et al., 2010 ; Tepehan, Özkara et Yavuz, 2009).

L’appui envers ces pratiques semble être plus soutenu dans les pays où elles sont légales, notamment en Belgique (Miccinesi et al., 2005 ; Smets et al., 2011) et aux Pays-Bas (Bolt, Snijdewind, Willem, van der Heide et Onwuteaka-Philipsen, 2015 ; Willems, Daniels, van der Wal, van der Maas et Emanuel, 2000). Par exemple, plus de 90 % des infirmières en Belgique ont mentionné que l’euthanasie est acceptable pour un patient en phase terminale (Inghelbrecht et al., 2009), et plus de 80 % des médecins de Belgique et des Pays-Bas ont indiqué qu’ils pourraient effectuer eux-mêmes une euthanasie ou un suicide assisté dans certaines situations (Bolt et al., 2015 ; Smets et al., 2011). Or, dans des pays où ces pratiques ne sont pas autorisées, la majorité des médecins se disaient contre leur légalisation et non disposés à accéder à une telle demande (Kranidiotis et al., 2015 ; Löfmark et al., 2008 ; McCormack, Clifford et Conroy, 2011 ; Müller-busch, Oduncu, Woskanjan et Klaschik, 2005 ; Subba et al., 2016 ; Zenz, Tryba et Zenz, 2015). Des constatations semblables ont été rapportées chez les infirmières où plus de la moitié étaient contre l’euthanasie ou le suicide assisté et non disposées à effectuer l’un des deux actes (Asai et al., 2001 ; Bendiane et al., 2009 ; Kranidiotis et al., 2015 ; Naseh, Raflei et Heidari, 2015 ; Poreddi, Nagarajaiah, Kondouru et Math, 2013 ; Zenz et al., 2015), et où moins de 15 % soutenaient la légalisation de l’euthanasie (Asai et al., 2001 ; Tanida et al., 2002). Bien que les attitudes de la population générale soient systématiquement plus favorables à ces pratiques que les médecins et les infirmières, on observe également cette différence de soutien dans les pays où ces pratiques sont légalisées (Emanuel, Onwuteaka-Philipsen, Urwin et Cohen, 2016 ; Rae, Johnson et Malpas, 2015 ; Tomlinson et Stott, 2015).

Les attitudes à l’égard de l’euthanasie et du suicide assisté varieraient également selon certaines caractéristiques des individus sondés. Tout d’abord, les professionnels de la santé qui s’identifient à une religion ou qui pratiquent une religion y sont moins favorables (Bülow et al., 2012 ; Inghelbrecht et al., 2009 ; McCormack et al., 2011 ; Tepehan et al., 2009 ; Tomlinson et Stott, 2015) et sont moins susceptibles d’effectuer ces actes (Bachman et al., 1996 ; Naseh et al., 2015). Concernant l’âge, plusieurs études ont démontré que les jeunes professionnels de la santé ont tendance à avoir des opinions plus permissives envers l’euthanasie que les professionnels plus âgés (Miccinesi et al., 2005 ; Ryynänen, Myllykangas, Viren et Heiro, 2002 ; Verpoort, Gastmans et Dierckx de Casterlé, 2004a). En ce qui a trait au genre, quelques études ont montré que les femmes auraient des opinions plus conservatrices concernant l’euthanasie (Di Mola et al., 1996 ; Levy, Azar, Huberfeld, Siegel et Strous, 2013), bien que le lien entre ces attitudes et le genre ne soit pas toujours constant (Gielen, van Den Branden et Broeckaert, 2008).

En plus des caractéristiques personnelles des professionnels de la santé ainsi que du statut légal de l’euthanasie ou du suicide assisté du pays dans lequel ils résident, des expériences professionnelles ou personnelles pourraient également influencer de telles attitudes. Les médecins qui soignent généralement des patients en phase terminale, tels que ceux qui travaillent dans le domaine de l’oncologie, de la gériatrie et des soins palliatifs, auraient des attitudes plus négatives à l’égard de l’euthanasie et du suicide assisté (Gielen et al., 2008). De même, les infirmières qui travaillent en soins palliatifs auraient tendance à avoir des attitudes moins favorables à l’euthanasie (Farsides, 1998 ; Kitchener, 1998). Il se peut que les infirmières soient plus attirées par le travail dans une organisation dont la vision personnelle correspond à la leur (Verpoort et al., 2004a) puisque l’euthanasie va à l’encontre de la mission des soins palliatifs qui ne visent ni à retarder la mort ni à la devancer. D’un autre côté, les personnes qui travaillent fréquemment avec des personnes en fin de vie pourraient avoir une vision plus mitigée de l’euthanasie comme solution pour mettre fin à la souffrance d’une personne. En ce qui concerne les expériences personnelles, deux études se sont intéressées au lien entre l’expérience des professionnels de la santé avec un membre de la famille en phase terminale et leurs attitudes envers l’euthanasie et le suicide assisté (Grassi, Magnani et Ercolani, 1999 ; Silvoniemi Vansankari, Vahlberg, Clemens et Salminen, 2010), mais leurs résultats n’étaient pas concluants. Or, une revue systématique des études réalisées auprès de patients, de soignants et de la population générale a révélé une corrélation positive entre les expériences avec un membre de la famille mourant et les attitudes envers l’euthanasie et le suicide assisté (Hendry et al., 2013). Bref, les études portant sur les expériences personnelles des professionnels de la santé et les attitudes demeurent limitées.

Bien qu’il existe des recensions exhaustives des études sur les attitudes des médecins et des infirmières envers l’euthanasie et le suicide assisté (Evans, 2015 ; Gielen et al., 2008 ; McCormack et al., 2011 ; Tomlinson et Stott, 2015 ; Verpoort, Gastmans, De Bal et De Casterlé, 2004b), des synthèses portant spécifiquement sur les intervenants en santé mentale n’ont pas encore été menées. En raison de la nature de leur travail, ces intervenants risquent d’être interpellés par des personnes qui vivent des moments difficiles et qui ont besoin de soutien ou d’aide, dont des personnes qui pensent à mourir par euthanasie et suicide assisté. Une meilleure connaissance de leurs attitudes ainsi qu’une meilleure compréhension des facteurs qui influencent ces attitudes pourraient aider à clarifier leur réflexion sur le sujet.

Objectif

L’objectif général de cette synthèse des connaissances est de donner un aperçu des études scientifiques publiées sur les attitudes des intervenants en santé mentale envers l’euthanasie et le suicide assisté. Le but est aussi de mettre en lumière les liens entre les attitudes des intervenants, des caractéristiques sociodémographiques les concernant ainsi que leurs expériences personnelles et professionnelles. Nous tenterons donc de répondre aux questions suivantes : (1) Quelles sont les attitudes envers l’euthanasie ou le suicide assisté des intervenants en santé mentale ? (2) Les caractéristiques sociodémographiques, les expériences personnelles ou professionnelles jouent-elles un rôle dans la teneur des attitudes des intervenants en santé mentale ?

Méthode

Selon la nomenclature proposée par Grant et Booth (2009), nous présentons dans cet article une synthèse des connaissances scientifiques sous forme narrative, celle-ci portant sur les attitudes des intervenants en santé mentale envers l’euthanasie et le suicide assisté. Une recherche de la littérature scientifique a été menée en octobre 2016 dans les bases de données Medline, PsycInfo et Embase ; la stratégie de recherche exacte par base de données peut être obtenue sur demande à l’auteure principale. Aux fins de la présente synthèse, les personnes qui ont été formées spécifiquement dans le domaine de la santé mentale (par ex. : psychologues, travailleurs sociaux, intervenants en prévention du suicide, etc.) sont considérées comme des intervenants en santé mentale. Aucun critère d’exclusion n’a été appliqué concernant la clientèle auprès de qui ils interviennent. Les études réalisées auprès de médecins et d’infirmières, dont certains pourraient aussi être amenés à travailler auprès d’une clientèle en santé mentale, sont toutefois exclues de cette synthèse puisqu’il existe déjà des synthèses et même des revues systématiques sur ces populations (Berghs, Dierckx de Casterlé et Gastmans, 2005 ; McCormack et al., 2011 ; Tomlinson et Stott, 2015 ; Verpoort et al., 2004b). Les études portant uniquement sur les attitudes envers le suicide, sans référence à l’euthanasie ou au suicide assisté, n’ont pas été retenues. Seuls les articles de sources primaires, évalués par les pairs, portant sur les attitudes des intervenants en santé mentale envers l’euthanasie ou le suicide assisté ont été retenus, et ce, qu’il s’agisse d’études qualitatives, quantitatives ou de méthodes mixtes. Finalement, la recherche était limitée aux articles publiés en français et en anglais, tandis qu’aucune exclusion n’a été appliquée quant au lieu de l’étude et à la date de publication. Les références des articles sélectionnés ont également été examinées pour sélectionner des articles supplémentaires pertinents.

Résultats

Onze articles pertinents ont été repérés : les caractéristiques des études et la méthodologie utilisée sont résumées dans le Tableau 1. Huit études ont été réalisées auprès de travailleurs sociaux, deux auprès de psychologues et une auprès d’étudiants en counseling. Nous n’avons trouvé aucune étude menée auprès d’intervenants en prévention du suicide. La majorité des études ont été effectuées aux États-Unis (n = 10) et une seule au Canada. La taille de l’échantillon variait entre 66 à 862 et les taux de réponse entre 36,7 et 78 %. La plupart des études ont été menées à la fin des années 1990 et au début des années 2000. L’objectif principal de toutes les études incluses était d’examiner les points de vue ou les attitudes de ces intervenants sur l’euthanasie ou le suicide assisté. Toutes les études utilisaient un devis transversal et la méthode de collecte de données était principalement réalisée par la poste (n = 9), tandis que pour deux études, on a fait passer le questionnaire en personne.

Six études portaient exclusivement sur les attitudes envers le suicide assisté, une étude sur l’euthanasie, alors que les quatre autres études portaient sur l’euthanasie et le suicide assisté. Parmi les études incluses, sept ont également porté sur leur légalisation. La plupart des études se sont abstenues d’utiliser le terme « euthanasie » ou « suicide assisté » et les définitions ou une brève description de l’acte ont été fournies dans leurs questionnaires. Les sujets couverts et la définition des termes utilisés dans chaque étude sont présentés dans le Tableau 2.

Les principaux résultats des études sont résumés dans le Tableau 3. Des thèmes communs ont émergé des études et ont été classés en sept catégories : les attitudes envers l’euthanasie, les attitudes envers le suicide assisté, les attitudes envers la légalisation, les différences d’attitude envers l’euthanasie et le suicide assisté, les caractéristiques sociodémographiques, les expériences professionnelles et les expériences personnelles.

Attitudes générales

Attitudes envers l’euthanasie

Plusieurs études ont montré que les intervenants en santé mentale ont généralement des attitudes positives à l’égard de l’euthanasie. Par exemple, Csikai (1999a) a constaté que l’euthanasie était considérée comme éthique par 55 % des répondants, à savoir des travailleurs sociaux oeuvrant en milieu hospitalier. Bien que l’euthanasie ait reçu un appui majoritaire, ces derniers n’étaient pas nécessairement disposés à participer à l’acte, seulement 28 % d’entre eux étant disposés à le faire. Dans l’étude d’Ogden et Young (1998), réalisée parmi les membres de l’Association des travailleurs sociaux de la Colombie-Britannique, l’euthanasie n’était pas considérée comme moralement répréhensible pour 72 % des répondants. Des résultats similaires ont été observés dans une autre étude réalisée auprès de travailleurs sociaux dans l’État de Washington, où 68 % ont déclaré que l’euthanasie n’était pas considérée comme immorale (Ogden et Young, 2003). Portenoy et al. (1997) ont quant à eux mené une étude auprès de différentes populations, dont des travailleurs sociaux oeuvrant dans différents types d’hôpitaux, et 70 % des répondants ont indiqué qu’il pouvait être moralement acceptable et juste de pratiquer l’euthanasie. Toutefois, il faut mentionner que la question posée dans cette dernière étude faisait référence à un contexte autre que celui de la maladie incurable et de la fin de vie. De fait, il s’agissait d’un soldat demandant à son compagnon d’armes de mettre fin à sa vie pour éviter d’être pris par l’ennemi ; situation rapportée dans cette étude comme étant une demande d’euthanasie.

TABLEAU 1

Caractéristiques et méthodes des études

Caractéristiques et méthodes des étudesCaractéristiques et méthodes des études

NM : Non mentionné ; * Échantillon final retenu.

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TABLEAU 2

Sujets étudiés et définitions

Sujets étudiés et définitionsSujets étudiés et définitions

* Traduction libre des auteures. NM : Non mentionné.

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TABLEAU 3

Résultats principaux et facteurs d’influence

Résultats principaux et facteurs d’influenceRésultats principaux et facteurs d’influenceRésultats principaux et facteurs d’influence
  1. Ce résultat inclut les psychiatres.

  2. Lorsque le niveau de religiosité est contrôlé, une religion particulière n’était pas significative.

  3. Les attitudes des protestants concernant le suicide assisté n’étaient pas statistiquement significatives.

  4. Ce résultat inclut les médecins, les infirmiers et les travailleurs sociaux.

  5. Idem.

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Attitudes envers le suicide assisté

Dans plusieurs études, les intervenants en santé mentale semblent avoir une opinion favorable envers le suicide assisté. Fenn et Ganzini (1999) ont constaté que le suicide assisté était jugé acceptable dans certaines situations par une majorité (85 %) des psychologues interrogés. Par ailleurs, Ogden et Young ont rapporté que le suicide assisté n’était pas considéré comme moralement inacceptable par plus de 70 % des travailleurs sociaux interrogés dans leur étude canadienne (1998) ou américaine (2003). De même, dans l’étude d’Erlbraum-Zur (2005), 71 % des travailleurs sociaux oeuvrant en soins de longue durée étaient en désaccord avec l’affirmation selon laquelle le suicide assisté n’est jamais éthique. Par contre, dans le cadre d’une étude réalisée auprès de travailleurs sociaux assistant à un atelier sur le suicide, Manetta et Wells (2001) ont observé qu’il y avait autant d’attitudes favorables que défavorables envers le suicide assisté avant l’atelier.

Attitudes envers la légalisation

Sept études ont examiné les attitudes à l’égard de la légalisation de l’euthanasie ou du suicide assisté (Tableau 2). Le pourcentage des intervenants en santé mentale qui étaient favorables à la légalisation de ces pratiques varie de 47 % (Csikai, 1999a) à 78 % (Ogden et Young, 2003). En ce qui concerne la légalisation de l’euthanasie, les études ont montré que les intervenants en santé mentale qui soutenaient l’euthanasie étaient également plus favorables à la légalisation de cette pratique (Csikai, 1999a ; Ogden et Young, 1998, 2003). À l’instar de l’euthanasie, les opinions sur la légalisation du suicide assisté étaient associées à une vision positive de l’acte en général (Csikai, 1999a ; Fenn et Ganzini, 1999 ; Ogden et Young, 1998, 2003). Ainsi, la majorité des intervenants en santé mentale étaient favorables à la légalisation de ces actes.

Différences dans les attitudes envers l’euthanasie et le suicide assisté

Dans les études qui mesuraient les attitudes à l’égard de l’euthanasie et du suicide assisté, aucune différence significative n’a été observée concernant l’acceptation générale du suicide assisté et de l’euthanasie. Cependant, dans la majorité des études, les intervenants en santé mentale étaient légèrement plus favorables au suicide assisté (DiPasquale et Gluck, 2001 ; Fenn et Ganzini, 1999 ; Ogden et Young, 1998, 2003) et également plus favorables à la légalisation du suicide assisté que de l’euthanasie (DiPasquale et Gluck, 2001 ; Fenn et Ganzini, 1999 ; Ogden et Young, 1998, 2003). Une seule étude de Csikai (1999a) a révélé le contraire : les travailleurs sociaux étaient plus susceptibles de favoriser la légalisation de l’euthanasie (57 %) que le suicide assisté (47 %). Enfin, les différences d’attitudes ne semblaient pas varier entre les types d’intervenants en santé mentale.

Facteurs liés à l’individu

Caractéristiques sociodémographiques

Peu de caractéristiques sociodémographiques des intervenants en santé mentale semblent liées à leurs attitudes. Tout d’abord, de nombreuses études ont souligné que la caractéristique la plus influente liée aux attitudes est la religion. Quelques études ont mesuré l’appartenance à la religion en demandant aux répondants à quelle religion ils s’identifiaient. Les travailleurs sociaux qui n’ont déclaré aucune religion avaient des attitudes plus positives à l’égard du suicide assisté que ceux qui s’identifiaient à une religion (Miller et al., 2004). De plus, parmi ceux qui s’identifiaient à une religion, les participants catholiques étaient généralement les moins favorables à l’euthanasie et au suicide assisté (Erlbaum-Zur, 2005 ; Ogden et Young, 2003 ; Portenoy et al., 1997). Au-delà de l’appartenance religieuse, de nombreuses études ont également souligné que l’importance de la religion est une variable déterminante pour l’étude des attitudes envers l’euthanasie ou le suicide assisté : on observe systématiquement une corrélation négative entre les deux (Bevacqua et Kurpius, 2013 ; Csikai, 1999b ; Dipasquale et Gluck, 2001 ; Erlbaum-Zur, 2005 ; Miller et al., 2004 ; Ogden et Young, 2003 ; Portenoy et al., 1997).

Une seule étude a évalué la relation entre le niveau d’éducation et les attitudes et une relation significative a été démontrée entre les deux. Selon Csikai (1999b), les travailleurs sociaux ayant un niveau de scolarité supérieur, par exemple une maîtrise, étaient plus favorables à la légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté. La comparaison n’a toutefois été faite qu’entre ceux qui détenaient un baccalauréat en service social et ceux qui avaient obtenu leur maîtrise, car seulement 1 % des répondants détenaient un doctorat.

Seules 2 des 11 études retenues ont mesuré le lien entre les attitudes et l’âge ou le sexe (Fenn et Ganzini, 1999 ; Portenoy et al., 1997). Seule celle de Fenn et Ganzini (1999) a révélé une corrélation négative entre l’âge et les attitudes envers le suicide assisté, et aucune différence entre le genre et les attitudes n’a été décelée.

Expériences professionnelles

Peu d’études ont examiné le lien entre les attitudes et les expériences professionnelles (n = 3), mais toutes ont démontré un tel lien. Dans l’étude de Portenoy et al. (1997), les travailleurs sociaux qui oeuvraient auprès de patients en phase terminale étaient moins favorables au suicide assisté que ceux qui avaient été moins exposés à ce type de patients dans le cadre de leur travail. En outre, le temps passé à gérer la douleur et d’autres symptômes de patients atteints de cancer était négativement corrélé avec l’acceptabilité du suicide assisté. Une autre étude réalisée par Erlbaum-Zur (2005) a révélé que le troisième prédicteur le plus important des attitudes envers le suicide assisté était la durée d’emploi : les travailleurs sociaux qui avaient plus longtemps travaillé en soins de longue durée ou auprès de patients en fin de vie étaient moins susceptibles d’avoir des attitudes positives envers le suicide assisté. Enfin, ceux qui connaissaient mieux la gestion de la douleur se disaient moins favorables au suicide assisté que ceux qui avaient moins de connaissances dans ce domaine. D’autre part, Csikai (1999b) a observé que des travailleurs sociaux qui avaient plus d’expérience dans le milieu médical étaient plus disposés à participer à l’euthanasie et au suicide assisté. Par conséquent, le fait d’avoir plus d’expérience avec des patients en phase terminale semble négativement associé aux attitudes envers l’euthanasie ou le suicide assisté, tandis que le fait d’avoir de l’expérience dans le domaine de la santé semble, en revanche, associé positivement à la volonté de participer dans ces actes.

Expériences personnelles

Quelques études se sont intéressées aux expériences personnelles des intervenants en santé mentale avec un membre de la famille en phase terminale. Dans l’étude de Csikai (1999b), 64 % des travailleurs sociaux ont eu une telle expérience et 5 % d’entre eux ont indiqué qu’il y a eu euthanasie ou suicide assisté, mais aucun lien n’a été décelé avec leurs attitudes. Selon l’étude de Fenn et Ganzini (1999), les expériences personnelles des psychologues avec un membre de la famille en phase terminale ne semblent pas non plus liées à leurs opinions sur le suicide assisté. Cependant, les psychologues qui avaient de telles expériences étaient plus susceptibles que ceux sans expérience de refuser d’effectuer une évaluation, en vertu de la loi sur la mort avec dignité de l’Oregon (Oregon Death with Dignity Act) qui concerne le suicide assisté (Fenn et Ganzini, 1999). D’autre part, 18 % et 13 % des travailleurs sociaux des études d’Ogden et Young (1998, 2003) ont déclaré avoir eu des expériences personnelles avec l’euthanasie et le suicide assisté, et plus de la moitié ont déclaré qu’ils envisageraient une telle option pour eux-mêmes ou pour un membre de la famille en cas de maladie terminale. Dans cette même lignée, Erlbaum-Zur (2005) a constaté que 60 % des travailleurs sociaux souhaitaient avoir la possibilité de recourir au suicide assisté pour eux-mêmes ou un membre de leur famille en cas de maladie incurable.

Discussion

L’objectif de cette synthèse des connaissances visait à faire état des résultats d’études sur les attitudes des intervenants en santé mentale envers l’euthanasie et le suicide assisté et des facteurs qui influencent ces attitudes. La recherche scientifique dans ce domaine est à ce jour limitée ; seuls 11 articles ont été inclus dans cette synthèse. En général, leurs résultats montrent que les intervenants en santé mentale ont des attitudes majoritairement favorables envers l’euthanasie et le suicide assisté. Ce constat corrobore les résultats d’études réalisées auprès d’autres populations, dont les médecins (Gielen et al., 2008 ; Kouwenhoven et al., 2013, 2014 ; Smets et al., 2011 ; Willems et al., 2000) et les infirmiers (Inghelbrecht et al., 2009 ; Kranidiotis et al., 2015).

Au-delà de cet appui plutôt majoritairement favorable, les résultats des études recensées semblent également montrer un appui légèrement supérieur pour le suicide assisté que pour l’euthanasie. De tels résultats sont comparables à des synthèses des connaissances sur les attitudes des médecins (Emanuel et al., 2016 ; Tomlinson et Stott, 2015) où l’on observe que ceux-ci sont plus favorables au suicide assisté qu’à l’euthanasie. L’interprétation proposée est que, dans le cas du suicide assisté, le patient met fin à sa vie à l’aide d’un médicament létal prescrit par un médecin alors que dans le cas de l’euthanasie, le médecin injecte lui-même la substance mortelle et est donc directement responsable de l’acte qui cause la mort ; les médecins préfèreraient donc jouer un rôle plus passif. En ce qui concerne les intervenants en santé mentale, on pourrait donc penser qu’un tel résultat est contre-intuitif, car ils pourraient être directement impliqués dans un suicide assisté en fournissant, par exemple, de l’information sur la façon de le faire, tandis qu’il est peu probable qu’ils soient directement impliqués dans une pratique euthanasique qui relève généralement du milieu médical. On pourrait toutefois supposer que les intervenants en santé mentale démontrent des attitudes plus favorables à la légalisation du suicide assisté parce que l’autodétermination des patients est en quelque sorte mieux protégée.

Malgré ces tendances générales de résultats entre les études recensées, cette synthèse met également en évidence la difficile comparaison entre elles. Tout d’abord, bien que les études recensées utilisent des méthodes de collecte de données similaires (c.-à-d. enquête par la poste ou questionnaire administré en personne), nous avons pu observer que les questions posées n’étaient pas toujours comparables. De fait, comme montré au Tableau 2, il n’y avait pas vraiment de définitions communes de l’euthanasie et du suicide assisté parmi les études qui ont fourni une définition aux répondants. De plus, certaines études n’ont pas mentionné comment l’euthanasie ou le suicide assisté ont été définis dans leur enquête et ont simplement utilisé le terme tel quel dans la question. De telles façons de faire sont critiquées puisque la terminologie utilisée, ainsi que la façon dont les questions sont posées, peuvent avoir un impact important sur les résultats obtenus (Hagelin, Nilstun, Hau et Carlsson, 2004 ; Ho, 1998 ; Magelssen et al., 2016 ; Marcoux, Mishara et Durand, 2007 ; Nilstun, Melltorp et Hermerean, 2000 ; Snelling, 2004). Par exemple, dans l’étude de Marcoux et al. (2007), il a été démontré que ceux qui croyaient que l’arrêt des traitements de maintien en vie était de l’euthanasie étaient plus favorables à l’euthanasie lorsqu’on ne leur fournissait pas de définition du terme. Puisqu’une telle confusion a un impact sur la façon de répondre aux questions d’attitudes, il est recommandé de fournir une description de l’action au lieu d’utiliser le terme « euthanasie », et ce, pour éviter que la question ne soit interprétée différemment par les répondants (Marcoux, 2011 ; Marcoux et al., 2007). Il est donc possible que les intervenants en santé mentale aient mal interprété la question ou aient pris le terme pour une autre pratique de fin de vie. Toutefois, la plupart des questions relevées dans cette synthèse portaient sur le suicide assisté (n = 9) contre cinq sur l’euthanasie, il convient donc de se demander si cette confusion était aussi importante dans les études sélectionnées.

Un autre élément de réflexion quant à la comparabilité des résultats combine des aspects culturels et temporels. Nous avons pu observer que les études relevées ont été menées dans deux pays, à savoir les États-Unis et le Canada. De plus, ces études ont été publiées sur une période allant de 1997 à 2013, et donc où les débats publics sur ces questions n’ont pas nécessairement suivi les mêmes trajectoires. La comparaison des résultats de différents pays est une tâche difficile en raison des différences culturelles, mais aussi en raison du statut juridique possiblement différent de l’euthanasie et du suicide assisté (notamment dans différents États américains). L’euthanasie ou le suicide assisté étaient illégaux au moment où ces études ont été menées, à l’exception d’une étude réalisée en Oregon par Miller et al. (2004). À cet effet, il est étonnant de constater que cette dernière est celle qui a obtenu le soutien le plus faible envers le suicide assisté comparativement aux autres études incluses dans cette synthèse puisque la tendance est généralement inverse dans les études réalisées auprès d’autres populations. De fait, les études réalisées auprès de médecins révèlent qu’ils sont généralement plus favorables à l’euthanasie ou au suicide assisté s’ils résident dans un pays où ces pratiques sont légales (Bolt et al., 2015 ; Miccinesi et al., 2005 ; Smets et al., 2011 ; Willems et al., 2000).

En ce qui concerne les facteurs d’influence des attitudes envers l’euthanasie ou le suicide assisté, cette synthèse confirme qu’il existe des différences d’attitudes selon certaines caractéristiques des intervenants en santé mentale. À l’instar des médecins et des infirmières, de nombreuses études ont montré que la religion est le facteur d’influence le plus important. De fait, la plupart des religions partagent la croyance commune selon laquelle seul Dieu, ou le divin Créateur, peut interférer avec la vie et la mort des individus, ce qui explique pourquoi elles interdisent généralement la pratique de l’euthanasie ou du suicide assisté. Toutefois, comme soulevé par les études incluses dans cette synthèse, la religion est une variable complexe et elle est généralement mesurée de différentes façons. Tout d’abord, certains auteurs ont évalué la relation entre la religion et les attitudes à partir de l’appartenance religieuse et, tout comme les synthèses d’études réalisées auprès d’autres populations (Berghs et al., 2005 ; Gielen et al., 2008 ; Verpoort et al., 2004b), nous avons constaté que les intervenants en santé mentale de confession catholique étaient généralement les moins favorables à l’euthanasie ou à l’aide au suicide. D’autres études se sont quant à elles intéressées à l’importance de la religion, mesurée à partir de plusieurs questions telles que la pratique actuelle, la pratique pendant l’enfance, le degré d’engagement religieux, la participation à l’église et l’importance de la religion dans la vie de la personne. Toutes ont observé une corrélation négative entre celle-ci et les attitudes. En tenant compte de l’utilisation de ces deux façons de mesurer la religion (appartenance et importance de la religion), Erlbaum-Zur (2005) a constaté que lorsque le lien entre les attitudes et la religion était contrôlé par le niveau de religiosité, l’appartenance religieuse n’était plus significative. Ainsi, même si les individus s’identifient à une religion particulière, cela n’implique pas nécessairement qu’ils pratiquent leur religion ni qu’ils adhèrent à ses valeurs. Malgré ce constat, la mesure de l’appartenance religieuse demeure tout de même importante, car complémentaire, en permettant de décrire et de comparer les participants.

Dans cette synthèse, une seule étude a étudié l’influence de la scolarité sur les attitudes, et celle-ci a montré que les travailleurs sociaux ayant un niveau de scolarité plus élevé étaient plus favorables à l’euthanasie et au suicide assisté que ceux avec un niveau inférieur. Cette constatation va dans le sens d’une recension d’études effectuées auprès d’infirmières (Evans, 2015) et d’une enquête européenne auprès de la population générale (Cohen et al., 2006). Selon plusieurs auteurs (Bobo et Licari, 1985 ; Caddell et Newton, 1996 ; Weakliem, 2002), de tels résultats s’expliqueraient par le fait que les individus ayant un niveau de scolarité plus élevé auraient plus tendance à valoriser la liberté personnelle, l’individualisme et l’autonomie que ceux qui ont un niveau de scolarité plus faible. Cependant, une revue systématique réalisée par Tomlinson et Stott (2015) a révélé des résultats contradictoires entre le niveau de scolarité et les attitudes de différentes populations d’intérêt. Nous avançons également que le lien entre l’attitude envers ces pratiques et le niveau de scolarité puisse être médiatisé par l’expérience professionnelle puisque ceux qui ont un niveau plus élevé de scolarité ont généralement plus d’expérience professionnelle. D’autres recherches supplémentaires seraient nécessaires pour confirmer ou infirmer cette hypothèse, notamment auprès des intervenants en santé mentale.

Les études incluses dans cette synthèse ont révélé un lien ténu entre le genre ou l’âge et les attitudes envers l’euthanasie ou le suicide assisté. Une seule étude a observé que les femmes étaient moins disposées à effectuer une évaluation en vertu de la loi sur la mort avec dignité de l’Oregon (suicide assisté). Cette constatation irait donc dans le même sens que les résultats d’autres enquêtes réalisées auprès de médecins ou d’infirmières (Di Mola et al., 1996 ; Levy et al., 2013 ; Miccinesi et al., 2005 ; Ryynänen et al., 2002) qui ont montré que les femmes seraient moins susceptibles d’être favorables à ces pratiques. En ce qui concerne l’âge, nous avons observé dans cette synthèse que les plus jeunes psychologues étaient moins favorables au suicide assisté. Cette constatation va toutefois dans le sens inverse des résultats d’autres recherches réalisées auprès de médecins et d’infirmières (Kitchener, 1998 ; Miccinesi et al., 2005 ; Ryynänen et al., 2002 ; Verpoort et al., 2004a). De plus, l’âge étant habituellement associé aux années d’expérience, les intervenants en santé mentale expérimentés pourraient donc avoir été exposés à plus de patients en phase terminale que les plus jeunes, ce qui pourrait influencer leurs attitudes vers une position plus restrictive. Ces résultats contradictoires peuvent alimenter la réflexion pour les études futures qui veulent mieux comprendre les différences d’opinions selon notamment l’âge et une attention particulière devrait être portée à la façon dont cette variable est mesurée, à savoir selon des catégories prédéterminées ou comme variable continue.

Comme précédemment mentionné, cette synthèse a également permis d’observer que leur expérience professionnelle serait associée aux attitudes des intervenants en santé mentale. Un contact régulier avec des patients atteints d’une maladie terminale serait lié à des attitudes moins favorables envers l’euthanasie ou le suicide assisté. Ce constat est comparable à celui de Novielli, Hojat, Nasca, Erdmann et Veloski (2000), où les médecins qui avaient été exposés plus régulièrement à des patients en phase terminale étaient moins favorables à la légalisation du suicide assisté. D’autres études menées auprès de médecins (Dickinson, Lancaster, Clark, Ahmedzai et Noble, 2002) et d’infirmières (Fekete, Osvath et Jegesy, 2002) ont montré des résultats similaires. Ces résultats pourraient s’expliquer par le fait que ceux qui ont plus d’expérience en fin de vie connaissent mieux les enjeux associés à cette période et les diverses options qui s’offrent aux patients, telles que les soins palliatifs. D’un autre côté, les travailleurs sociaux qui étaient plus expérimentés étaient plus disposés à participer à l’euthanasie ou au suicide assisté, ce qui pourrait laisser entendre que les attitudes ne sont pas nécessairement prédictives d’une intention sur le plan du comportement.

Enfin, trois études incluses dans cette synthèse ont soulevé la question de l’expérience personnelle sans toutefois l’avoir mesurée. Seules deux des études recensées se sont intéressées au lien entre l’expérience personnelle et les attitudes envers le suicide assisté et aucune d’entre elles n’a décelé de relation entre les deux. Ce résultat corrobore les résultats de deux autres études réalisées auprès de professionnels de la santé (Grassi et al., 1999 ; Silvoniemi et al., 2010), mais va toutefois à l’encontre des conclusions d’une revue systématique qui révèle que les individus qui ont vécu la mort d’un proche en souffrance à la fin de sa vie étaient plutôt favorables au suicide assisté (Hendry et al., 2013). À la lumière de ces résultats, on peut se demander si la proximité avec le proche en fin de vie, en jouant le rôle de soignant par exemple, ou la nature même de la relation avec cette personne, ne pourraient pas permettre de mieux cerner le rôle de l’expérience personnelle en lien avec les attitudes sur l’euthanasie ou le suicide assisté.

Au-delà des défis sur le plan méthodologique déjà discutés, les résultats des études incluses dans cette synthèse peuvent avoir fait l’objet d’un biais de non-réponse ou d’un biais de désirabilité sociale en raison de la nature délicate du sujet. De fait, les répondants ont pu prodiguer des réponses qui sont jugées socialement plus acceptables ou plus conformes aux valeurs véhiculées dans leur milieu de travail. Il faut également mentionner que cette synthèse s’intéressait aux intervenants formés dans un domaine lié à la santé mentale, et ce, peu importe la clientèle auprès de qui ils interviennent. Dans les études recensées, il n’était pas fait mention s’ils avaient ou non une expérience professionnelle spécifique auprès d’une clientèle ayant des problèmes de santé mentale, bien que notre prémisse de départ soit que les intervenants formés dans ce domaine risquaient d’être interpellés par des personnes qui vivent des moments difficiles et qui ont besoin de soutien ou d’aide, dont des personnes qui pensent à mourir par euthanasie ou suicide assisté. Étant donné l’importance de l’aptitude à consentir aux soins dans une demande d’aide médicale à mourir, et du fait que la loi fédérale est en ce moment à l’étude pour un potentiel élargissement des critères d’admissibilité pour permettre aux personnes souffrant de santé mentale d’obtenir une telle aide (Gouvernement du Canada, 2018), il serait important de tenir compte de leurs connaissances et de leur expérience en la matière afin de mieux comprendre si et comment cela influence leurs attitudes.

Conclusion

À notre connaissance, il s’agit de la première synthèse portant sur les attitudes des intervenants en santé mentale envers l’euthanasie et le suicide assisté. Les intervenants en santé mentale démontrent généralement des attitudes positives à l’égard de ces deux pratiques, mais ils seraient un peu plus favorables au suicide assisté qu’à l’euthanasie. Des facteurs tels que la religion et l’expérience professionnelle semblent influencer leurs attitudes. Compte tenu des résultats inconstants sur l’influence de facteurs tels que l’âge, le genre et le niveau d’éducation, des recherches futures quant à leur influence sur les attitudes des intervenants en santé mentale sont nécessaires. Des enjeux particuliers sur le plan de la méthodologie doivent être considérés dans l’interprétation des résultats, surtout pour l’euthanasie, dont les différences dans les définitions, la terminologie utilisée et la formulation des questions. Puisque l’euthanasie et le suicide assisté sont de plus en plus débattus dans le monde entier et légalisés à certains endroits, dont le Canada, les attitudes des intervenants en santé mentale nécessitent une attention plus accrue, car cette population a été peu étudiée. Il est notamment important pour ces intervenants de comprendre leurs positions concernant ces questions puisqu’ils pourraient être amenés à apporter du soutien à ceux qui auront besoin de leur aide pendant leurs moments difficiles. De plus, une meilleure connaissance et compréhension de leurs attitudes pourrait aider à améliorer les interventions futures et à mieux informer les pratiques et les politiques. La compréhension de la relation entre l’expérience personnelle et les attitudes envers l’euthanasie ou le suicide assisté peut être une direction intéressante à explorer pour les recherches futures.