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La criminologie de l’information : état des lieux et perspectives[Notice]

  • Francis Fortin et
  • Olivier Delémont

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Pour beaucoup, l’entrée dans le troisième millénaire marque l’avènement d’un tournant majeur dans l’histoire de l’humanité. Après les développements de l’agriculture et de l’élevage, qui ont favorisé la sédentarisation des populations, l’invention de l’imprimerie, qui a permis la diffusion des connaissances et catalysé les développements scientifiques, et la révolution industrielle, caractérisée par ses transformations économiques, sociales et politiques, la révolution numérique amorcée dès les années 1950 et dont nous sommes tous les témoins privilégiés est en train de bouleverser de manière profonde et certainement durable l’organisation et les échanges entre les sociétés. L’ère numérique redéfinit le partage des connaissances et les communications entre les individus. Au-delà des évolutions technologiques, elle induit d’importantes transformations sociétales qui redéfinissent les mécanismes et échanges entre les acteurs des sociétés contemporaines. Certaines pratiques changent, évoluent, voire disparaissent, alors que de nouvelles formes d’interactions, d’espaces ou de temporalités apparaissent. Cette mutation n’épargne bien évidemment pas les sciences concernées par l’étude du crime, la criminologie en tête. L’ère numérique s’accompagne non seulement d’une redéfinition des contours de l’objet de la criminologie, mais aussi d’une évolution dans sa manière de l’exercer, que ce soit sur le plan des questions qu’elle étudie ou des méthodes sur lesquelles elle peut s’appuyer. Alors que nous expérimentons au quotidien les effets de ce tournant numérique de l’humanité, il nous est apparu important de consacrer la thématique d’un numéro spécial de la revue Criminologie aux enjeux et perspectives qui accompagnent les technologies de l’information et du numérique. Depuis plusieurs décennies, la criminologie étudie l’impact de l’informatisation sur la société, explorant en particulier les conséquences de l’arrivée d’Internet et de la mise en réseau des ordinateurs sur le crime et le criminel. Mais dans le cadre de ce numéro thématique, nous avons tenté d’étendre le champ d’études, en considérant plusieurs dimensions complémentaires. Il nous importe bien entendu de refléter les transformations que la numérisation impose sur l’objet d’étude, que ce soit par la modification de certains comportements (articles de Bergeron, Delle Donne et Fortin, et de Guillot et Décary-Hétu) ou l’apparition de nouveaux comportements (article de Estano). Nous voulons aussi souligner les évolutions induites en termes d’outils de recherche, en mettant en exergue la consolidation de nouveaux moyens de mesure fondés sur l’exploitation des données disponibles dans les sources ouvertes (articles de Caneppele et collègues et de Da Silva, Boivin et Fortin), ou le rôle du traitement informatisé des données pour la compréhension de certaines formes de criminalité (article de Chopin et Aebi). La démarche de collecte et d’organisation systématique de données numériques est souvent mise en balance avec un impératif de maintien de la confidentialité et de protection de la sphère privée des individus ; c’est pourquoi il nous paraît utile d’aborder cette question sous l’angle d’un exemple pratique relatif au délai de conservation de profils génétiques de personnes dans une banque de données (article de Cinaglia et collègues). Et enfin, il nous semble pertinent d’étudier comment la compréhension du rôle des intervenants de terrain, en l’occurrence en matière d’investigation de scène d’infraction, est perçue en cette ère de transformation numérique (article de Mousseau). Ainsi, l’objectif de ce numéro est de mettre en lumière ces nouveaux enjeux dans un contexte d’utilisation problématique, de non-conformité ou d’actes criminels. Puisque ces enjeux touchent les individus, les gouvernements et les entreprises à différents degrés, ce numéro suscitera un vif intérêt tant dans les communautés de pratiques que pour les chercheurs en criminologie et la population en général. Une des façons de présenter comment les « nouveaux » environnements virtuels peuvent stimuler de nouvelles formes d’activités criminelles consiste à voir comment le crime interagit avec la machine …

Parties annexes