Agir collectif et pratiques de résistanceDémocratiser l’action publique

  • Isabelle Ruelland et
  • Simon Viviers

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Couverture de Agir collectif et pratiques de résistance. Démocratiser l’action publique, Numéro 68, hiver 2020, p. 7-229, Cahiers de recherche sociologique

La dimension démocratique de l’action publique est fragile et sujette à diverses contraintes qui la mettent en péril (Caillou, 2019 ; David, 2019 ; Le Devoir, 2018 ; Goudreau et Stake-Doucet, 2020 ; Lévesque, 2018 ; Rousseau, 2018). La déshumanisation des pratiques et « l’autoritarisme » de l’organisation des services et du travail devenue trop centralisée sous l’effet de réformes souvent associées aux préceptes de la Nouvelle Gestion publique et aux approches de type Lean sont particulièrement pointés du doigt (Grenier et Bourque, 2016 ; Maranda et al., 2014 ; Parazelli et Ruelland, 2017). Avec ces réformes, ce sont les modèles organisationnels de l’entreprise qui s’exportent vers les institutions publiques, ce qui met en danger les logiques et les pratiques de démocratisation et de solidarité (Eynaud et França Filho, 2019 ; Fortier, 2012). Cette réalité vécue dans les divers réseaux d’action publique peut générer des sentiments d’impuissance et de cynisme voire de la souffrance (Buscatto etal., 2008 ; Dejours, 2005 ; de Gaulejac, 2010 ; Viviers et al., 2019). Paradoxalement, les politiques en matière d’organisation de l’action publique reconnaissent l’importance de l’autonomie professionnelle, de la collaboration et de la participation des personnes concernées surtout lorsqu’il s’agit d’intervenir sur des situations complexes auprès de personnes vulnérables. Vue comme une possibilité de mieux coordonner l’action publique et de mettre à profit la complémentarité des expertises, la collaboration devient même un impératif organisationnel, professionnel et légal pour les professionnel.le.s, les gestionnaires, de même que pour les personnes concernées et leurs proches. Elle se veut une alternative au mode de coordination hiérarchisé que l’on retrouve traditionnellement dans l’organisation des services publics. Néanmoins, l’action publique – aussi collaborative soit-elle – est le théâtre de relations stratégiques entre des acteurs disposant de ressources asymétriques. Elle distribue des positions, assigne des places aux individus et, du même coup, peut renforcer les inégalités (Dubet et Caillet, 2006). Elle suppose la nécessité de contrôler l’action et un ensemble de ressources disponibles et elle se constitue aussi en enjeu de pouvoir et de conflits. Devant ce paradoxe, il est pertinent de réfléchir aux rapports sociaux de pouvoir qui se dessinent dans les espaces institués de collaboration prescrite (Lapassade et Lourau, 1971 ; Scott, 2004). Comment rendre visibles les inégalités sociales de pouvoir reproduites par l’organisation de l’action publique ? Comment les acteurs impliqués dans l’action publique luttent-ils contre ces inégalités ? Quelles pratiques, quels espaces collectifs de prise de parole et quelle solidarité se déploient aujourd’hui pour agir sur ces inégalités ? Ce questionnement implique de se tourner vers une conception de l’action publique non pas en termes de production étatique de politiques publiques, mais plutôt en termes de construction collective (Hassenteufel, 2014). Il s’agit de miser sur l’analyse contextualisée d’interactions entre des actrices et des acteurs à l’échelle microsociale ainsi que sur la compréhension des multiples façons de construire l’action publique, ou d’y résister, que ce soit par des pratiques de négociations routinières, ou par des actes spontanés. Même si les pratiques composant l’action publique demeurent structurées selon des normes institutionnelles et organisationnelles et par des rapports sociaux de pouvoir, une approche constructiviste à l’échelle microsociale permet de reconnaître le pouvoir d’agir collectif des actrices et des acteurs ainsi que leur agentivité transformatrice ; c’est-à-dire leur capacité à agir de façon relativement autonome et effective (Engeström et Sannino, 2013). Comme dans les recherches sur les oppositions et les résistances en milieu organisé (Bélanger et Thuderoz, 2010 ; Courpasson et al., 2012, 2016 ; Rantakari et Vaara, 2016), c’est en décrivant minutieusement ce que les actrices et les acteurs font au quotidien pour résister …

Parties annexes