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Comptes rendus : Régionalisme et régions – Asie

The Asia-Pacific Security Lexicon.Capie, David et Paul Evans. Singapore, Institute of Southeast Asian Studies, 2002, 224 p.

  • Lawrence T. Woods

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  • Lawrence T. Woods
    American University of Sharjah
    United Arab Emirates

Corps de l’article

Cet ouvrage arrive à un moment encore plus opportun que lors de sa première parution sous une autre forme en 1998. Il se révélera très précieux pour les étudiants et les professeurs, surtout ceux et celles qui s’intéressent à la diplomatie et au régionalisme.

Comme c’est le cas pour tout ouvrage de référence, on peut toujours ergoter sur les inclusions et exclusions, mais je crois que ses auteurs ont fait un bon travail de ratissage. La présentation est celle d’un dictionnaire, avec des articles de deux à quatorze pages, et on retrouve en préface une liste utile d’abréviations. Chaque chapitre suivant – de « ad-hoc multilateralism » à « trust-building measures » – est documenté d’excellentes références pour ceux et celles qui souhaitent pousser leurs recherches.

Même si l’intention initiale était d’en faire un guide pour les praticiens, la nature, la structure et l’accessibilité générales du volume en feront un élément indispensable des listes de lecture des cours portant sur les enjeux de la région Asie-Pacifique. L’émergence d’un vocabulaire diplomatique riche et varié démontre l’effort considérable qui a été fait pour atténuer les différences politiques et culturelles de la région pan-Pacifique. Le livre constitue lui-même un élément de la tentative explicite visant à combler le fossé entre les idées et les idéaux asiatiques et non asiatiques ; les auteurs soulignent à juste titre que les conflits portant sur la signification des termes dans le cadre des pourparlers sur la sécurité sont souvent générés par les différences linguistiques, les débats politiques, les traditions diplomatiques (réelles ou perçues), et les soupçons qu’entretient l’Asie sur l’impérialisme culturel occidental. Les auteurs observent également avec justesse que les débats auxquels ils ont eux-mêmes participé sont moins axés sur la culture ou l’État, et beaucoup plus influencés par les notions humaines de sécurité dans les capitales asiatiques et non asiatiques. Ces débats sont aussi réorientés par la reconnaissance des enjeux intra-étatiques et le besoin d’une représentation de la société civile à la table de négociation. En retour, l’intérêt de l’État envers le multilatéralisme s’est accru.

Pour certains analystes, ce développement reflète une tendance positive, mais aussi une tendance qui rend les discussions plus difficiles, surtout en considérant que, dans la même mesure, le régionalisme de l’Asie-Pacifique a atteint un plateau vers la fin du 20e siècle. Les auteurs espèrent que leur lexique puisse servir de donnée historique et qu’il contribuera à donner un élan pour faire passer le processus à un autre niveau.

Il faut espérer en retour que cet ouvrage sera présent sur les listes de lecture des étudiants pour encore plusieurs années en plusieurs éditions revues et augmentées, au fil de l’évolution de la diplomatie. Sa valeur pour les étudiants tient au fait qu’il ne camoufle pas les enjeux, ne sème pas la confusion, ne démontre pas un manque de précision ou de commun accord, ou ne fait pas que fournir plus de « viande » pour les définitions des questions d’examens ; il donne aux étudiants une idée du vrai monde de la diplomatie, en fournissant des exemples concrets qui démontrent comment les mêmes mots peuvent signifier différentes choses pour différentes personnes (et comment ces différences peuvent être résolues) et en faisant la preuve que si les débats diplomatiques vont rarement droit au but, ils peuvent faire avancer les choses. Si la guerre peut avoir des conséquences destructrices, les mots qui font partie des efforts de prévention des conflits peuvent être constructifs.