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The New Russian Diplomacy. Ivanov, Igor S. Washington, dc, Brookings Institution Press, 2002, 192 p.

  • Jean Lévesque

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  • Jean Lévesque
    Texas Tech University

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La carrière d’Igor Ivanov dans la diplomatie russe et soviétique est particulièrement typique des apparatchiks qui ont bien survécu à la transition post-communiste. Né en 1945, diplômé de l’Université d’État de Moscou des langues étrangères, l’auteur a débuté sa carrière à l’Institut de l’Économie mondiale et des Relations internationales et est entré dans le corps diplomatique soviétique en 1973. Au moment de l’effondrement du régime soviétique, il était ambassadeur soviétique en Espagne, poste qu’il a continué d’occuper pour le régime russe jusqu’en 1994. Nommé sous-ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie puis ministre en 1998, il occupe depuis ce poste.

Il est quelque peu surprenant qu’un diplomate en poste se livre à l’analyse de la politique, plutôt qu’à l’écriture de ses mémoires. En préface, les directeurs des Instituts Brookings et Richard Nixon à Washington mentionnent que l’ouvrage, publié d’abord en russe a reçu des critiques favorables, alors qu’Henry Kissinger, qui signe l’avant-propos, remarque qu’il est « inhabituellement franc pour un ouvrage écrit par un diplomate toujours en poste ». Ivanov signe un ouvrage qui a pour objectif de dresser le bilan et les leçons de la première décennie de la politique étrangère de la Russie indépendante, et soutient la thèse que la Russie post- soviétique a bel et bien complété sa phase de transition en matière de politique étrangère et qu’elle a développé une politique à la fois compréhensive, en ce qu’elle synthétise éléments prérévolutionnaires, soviétiques et post- soviétiques, et originale par rapport à d’autres ex-républiques soviétiques et ex-démocraties populaires. Pour ce faire, Ivanov dresse un court bilan des étapes marquantes de l’évolution de la politique étrangère russe et du contexte dans les chapitres 1 et 2, analyse par la suite les différentes approches régionales développées par les Affaires étrangères russes depuis une dizaine d’années, et finalement, les nouveaux « horizons » ou plutôt défis, de la nouvelle politique étrangère russe. En annexe, les éditeurs ont cru bon d’inclure le texte du « Concept de politique étrangère de la Fédération de Russie », soumis et entériné par le président Poutine en 2000, ce qui est fort utile car souvent le texte d’Ivanov ressemble à un commentaire de texte (du concept de politique étrangère). Le lecteur avisé devrait même débuter par cette annexe afin de mieux saisir les nuances entre le commentaire de texte et l’analyse politique proprement dite.

D’entrée de jeu, disons qu’Ivanov dit bien peu de choses dans son ouvrage. Il martèle le lecteur à coup de souhaits que l’intégration de la Russie aux organisations internationales saura l’aider à défendre ses intérêts et à se maintenir dans un monde multipolaire. Il souhaite plus de coopération avec l’Europe, mais sans aller jusqu’à souhaiter ouvertement l’entrée de son pays dans l’Union européenne, un renforcement du pouvoir exécutif de l’osce (Organisation pour la sécurité et coopération en Europe), une intégration plus musclée de la part des pays membres de la Communauté des États indépendants (cei) dont il attribue les échecs aux forces centrifuges représentées par certains États, comme l’Ukraine qu’il n’ose pas nommer. À demi- mot, Ivanov exprime le souhait que le Conseil de sécurité de l’onu continue de contenir les visées américaines de faire cavalier seul dans des opérations de police internationale et blâme les États-Unis pour l’échec des pourparlers, à l’origine fort encourageants, sur la réduction des armements stratégiques. Ivanov ne cache pas son désaccord avec les premiers ministres des Affaires étrangères sous le président Eltsine comme Andreï Kozyrev, mieux connu sous le surnom de « Mister Da », qui se sont laissés aller à accepter sans sourciller la plupart des demandes américaines. Le troisième chapitre sur les approches régionales de la politique étrangère russe, le chapitre le plus prometteur de tout l’ouvrage, s’avère en fin de compte le plus décevant alors qu’Ivanov ne fait qu’exprimer des généralités mêlées de voeux pieux quant aux perspectives de rapprochement et d’intégration de la plupart des continents de la planète. L’analyse fait aussi défaut quand Ivanov résume la tradition diplomatique de son pays par le professionnalisme, la modération et le pragmatisme de son corps diplomatique, vertus que la plupart des diplomates se plaisent à vouloir exhiber et qui n’ont rien de spécifiquement russes. Cet exemple révèle à la fois le ton et la profondeur de l’ouvrage. Par contre, le concept de politique étrangère de la Fédération de Russie en annexe sera fort utile en classe pour susciter les pronostics étudiants sur la direction que prendra la diplomatie du géant russe.