Comptes rendus : Organisations internationales

Thakur, Ramesh, The United Nations, Peace and Security. From Collective Security to the Responsibility to Protect, Cambridge, Cambridge University Press, 2006, 388 p.[Notice]

  • Jean-François Thibault

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  • Jean-François Thibault
    Département de science politique
    Université de Moncton

Ancien vice-recteur principal de l’United Nations University et secrétaire général adjoint des Nations Unies, Ramesh Thakur propose dans cet ouvrage un panorama tout à la fois analytique et enrichi par son expérience personnelle des efforts variés déployés par les Nations Unies et la communauté internationale pour faire face aux défis qui entourent l’usage légitime de la force dans une perspective de plus en plus axée sur la sécurité humaine. Ce regard rétrospectif serait justifié, selon l’auteur, du fait de la crise ouverte à l’occasion de l’intervention unilatérale des États-Unis, de la Grande Bretagne et de l’Australie en Irak qui, au-delà des circonstances elles-mêmes et du contexte post-11 septembre 2001 dans lesquelles celles-ci s’inscrivent, aura eu comme importante conséquence de jeter une lumière crue sur les tensions et contradictions qui traversent cette organisation consacrée à la paix et la sécurité internationales. Pour Thakur, les Nations Unies exprimeraient sur un plan institutionnel la quintessence d’une communauté dont les membres seraient liés les uns aux autres par diverses valeurs, bénéfices et responsabilités partagés collectivement ainsi que par des règles et des procédures communément acceptées. Parmi ces dernières, deux seraient essentielles : renoncer à user unilatéralement de la force à des fins nationales et être disposé à user de la force à des fins collectives. Le problème surgit de ce que ni l’une ni l’autre ne semblent plus recueillir l’assentiment des États membres – notamment des membres permanents du Conseil de sécurité et, au premier chef, des États-Unis, un État auquel l’auteur accorde une attention tout à fait particulière – ce qui a pour conséquence d’éroder l’idée de communauté et d’accentuer la tension existant entre l’exercice légitime de l’autorité par les Nations Unies et l’exercice unilatéral de la puissance par certains États qui possèdent des moyens que cette organisation ne possède pas ; une tension que cette dernière devait justement chercher à combler. Or, avance Thakur dans la première partie de l’ouvrage consacrée à l’évolution de l’organisation, la crise contemporaine des Nations Unies consacrerait en fait l’échec du système de sécurité collective et illustrerait les limites des alternatives utilisées depuis pour tenter de maintenir la paix et de résoudre pacifiquement les différends. L’attitude des États-Unis depuis le début des années 1990 serait à cet égard symptomatique d’un glissement dans la nature même de l’engagement multilatéral de cet État qui, en matière de résolution des conflits, aurait délaissé les Nations Unies et le maintien de la paix traditionnel pour se tourner vers l’otan ou diverses coalitions de volontaires, plus susceptibles de satisfaire les réquisits de missions de paix plus robustes mais, du même souffle, vraisemblablement préjudiciables pour la légitimité de l’organisation. Dans la deuxième partie, l’auteur s’attache à brosser un portrait de l’évolution récente des problématiques associées au concept de sécurité humaine. De la diffusion des normes et conventions relatives aux droits de l’homme, à la criminalisation de la violence excessive par des groupes armés ou des dirigeants, en passant par la création de la Cour pénale internationale (cpi) et par l’utilisation de sanctions internationales, Thakur met en évidence le fait qu’au-delà des bonnes intentions, la mise en oeuvre sous forme opérationnelle des principes de sécurité humaine se heurte fréquemment à des obstacles ou à des limites qui révèlent d’importantes tensions entre les fins humanitaires visées et les moyens politiques utilisés. Non seulement la communauté internationale apparaît-elle foncièrement divisée sur certaines questions, comme celle de la cpi par exemple, mais encore les moyens utilisés conduisent ...