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Comptes rendus

Humaniser le travail. Régimes économiques, régimes politiques et Organisation internationale du travail (1929-1969), Ayla Aglan, Olivier Feiertag et Dzovinar Kévonian (dir.), 2011, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 266 p.

  • Aurélia Gambaraza

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  • Aurélia Gambaraza
    Directrice, episms du Bas-Chablais, France

Corps de l’article

Ce seizième ouvrage de la collection « Enjeux internationaux » est avant tout un livre d’histoire. Selon les contributions, on navigue entre l’histoire sociale (histoire du travail, des négociations sociales, du droit du travail), l’histoire des relations internationales (avec des références aux principales théories des relations internationales) et l’histoire politique.

L’objectif de cet ouvrage collectif, qui rassemble douze textes, est de retracer l’histoire de l’Organisation internationale du travail (oit) et du Bureau international du travail (bit) entre 1929 et 1969. Le livre est issu d’un colloque, qui lui-même s’inscrit dans la perspective d’une réflexion entreprise collectivement en 2007.

L’oit se prête particulièrement à une analyse sur la période étudiée : créée en 1919, elle est l’une des seules institutions à survivre à la Seconde Guerre mondiale et à la disparition de la Société des Nations. Après la guerre, elle réussit à se faire une place au sein du système des Nations Unies.

Les auteurs analysent la période 1929-1969 comme une époque entre deux mondialisations, qui s’ouvre avec la crise de 1929. Ils découpent la période étudiée en trois ensembles. Tout d’abord 1929-1940, où l’oit, face à la crise, propose son expertise, agit comme laboratoire d’idées et exerce sa mission de normalisation. Ensuite 1940-1948 : le temps de la guerre, de la lutte pour la survie de l’organisation et de l’importance croissante du politique. Enfin 1948-1969, avec la question de la régionalisation et la gestion de la politique des migrations qui cristallise les jeux de pouvoir autour et dans l’organisation.

La contribution d’Alice Campetti offre un éclairage particulier sur la première époque étudiée. Elle illustre le rôle majeur de l’oit pour la circulation des idées et des analyses. Sur la question de la réduction du temps de travail, l’institution s’est saisie de cette proposition avant les organisations syndicales nationales. Les débats au sein de l’oit sont nombreux et la diminution du temps de travail apparaît aux yeux de nombreuses délégations comme une solution possible au problème majeur du chômage. La mise en place de la semaine des quarante heures, en 1936 en France, est étudiée de près par l’organisation. Le bit analyse le cas français et met en avant les obstacles rencontrés dans la mise en oeuvre. Petit à petit, la position de l’oit sur la réduction du temps de travail évolue vers la prudence, en même temps que cette mesure devient plus une mesure de progrès social qu’un moyen de lutte contre le chômage, et que les désaccords entre les membres et au sein des délégations s’accentuent.

Alya Aglan analyse le positionnement de l’organisation pendant la Seconde Guerre mondiale. Dès l’arrivée au pouvoir d’Hitler, la fermeture du bureau de Berlin en 1934 et la tentative allemande de remplacer le bit, l’oit perçoit l’importance de se positionner et prévoit la réunion d’un comité d’urgence et un ensemble de mesures à prendre en cas de circonstances exceptionnelles. L’organisation déménage à Montréal en 1940, marquant ainsi un choix en quittant la Suisse, pays neutre, pour un pays engagé dans la guerre. D’ailleurs, l’oit va consacrer la plupart de ses activités à partir de cette période à préparer l’après-guerre. Cela, en dressant des lignes directrices pour un monde de paix et de justice sociale basé sur les droits de l’homme, mais aussi en affirmant son rôle dans la coopération internationale à venir et en luttant pour se maintenir dans le système des Nations Unies. La conférence de Philadelphie en avril et mai 1944 marque en ce sens un tournant majeur dans l’histoire de l’oit.

Pour la période qui débute en 1948, Chloé Maurel explique le positionnement de l’oit vis-à-vis des pays en voie de développement. Le contexte est alors marqué par la décolonisation, la guerre froide et l’importance du rôle du directeur de l’oit, David Morse. L’organisation réoriente son action, en diminuant la part de ses activités normatives et en développant ses programmes d’actions opérationnelles et d’assistance. Pour permettre à l’ensemble des États de se développer et de s’industrialiser, puis les aider à résoudre la question du chômage, l’oit met en place un réseau de bureaux régionaux et divers autres outils. Ce temps marque aussi la diversification des partenaires et des sources de financement, ainsi que les discussions de plus en plus nombreuses sur la pertinence de la théorie de la modernisation qui préside aux décisions de l’organisation.

Au final, cet ouvrage collectif offre une diversité d’analyses et d’angles de vue intéressante. La multiplicité des grilles d’analyse rend parfois difficile une lecture intégrale, mais il faut chercher la ou les contributions qui correspondent aux besoins ou aux centres d’intérêt du lecteur.