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Comptes rendus

Politique étrangère comparée Canada – États-Unis, Jean-Michel Lacroix et Gordon Mace (dir.), 2012, Bruxelles, P.I.E. Peter Lang, 274 p.

  • Yempabou Roland Gbangou

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  • Yempabou Roland Gbangou
    Université Laval, Québec

Corps de l’article

L’ouvrage collectif dirigé par MM. Lacroix et Mace compare le Canada et les États-Unis au regard de leur politique étrangère. Il traite à la fois des divergences et des convergences entre ces deux pays en matière de questions internationales. Historiquement, leur rapprochement a été favorisé non seulement par le désastre économique causé par la Seconde Guerre mondiale, mais aussi par leur proximité géographique. Ce rapprochement visait à dynamiser leurs économies respectives. L’objectif de cet ouvrage est de montrer qu’en dépit de l’interdépendance des deux pays et de l’alignement du Canada sur les positions des États-Unis leurs politiques étrangères divergent à certains égards. La volonté des auteurs de se pencher sur les subtilités dans la conduite des deux politiques étrangères confère à l’ouvrage toute sa pertinence.

Les différences entre ces deux politiques ont été observées à la faveur de la nouvelle dynamique internationale. Celle-ci se traduit par des velléités de repositionnement stratégique de la Russie sur l’échiquier international. Cette dynamique a engendré une redéfinition des rapports avec la Russie, notamment dans le cas du nucléaire iranien et de celui de l’Arctique. La différence des approches s’est aussi manifestée dans la résolution du conflit afghan.

C’est à travers ces principaux aspects que les contributeurs de l’ouvrage, notamment Jonathan Paquin, David Haglund, Frank Harvey et John Mitton, ont comparé les politiques étrangères des deux pays.

En ce qui concerne l’analyse comparative de la politique étrangère du Canada et des États-Unis en Afghanistan, Jonathan Paquin a indiqué que les deux pays souhaitent la défaite des insurgés islamistes ainsi que le rétablissement de la stabilité en Afghanistan. Il montre aussi que les deux pays sont favorables aux opérations militaires, en dépit des contestations populaires. Il souligne par ailleurs que le conflit en Afghanistan n’a jamais été un enjeu électoral pour aucun des deux pays. S’il faut en croire les propos de Paquin, la victoire n’est pas acquise, malgré d’importantes ressources financières investies dans le conflit afghan. Ces ressources financières ont été qualifiées de coûts irrécupérables par l’auteur. Ainsi, devant l’incertitude de la victoire, les deux pays doivent prendre des décisions rationnelles pour éviter l’enlisement. Dans le cadre du conflit afghan, les États-Unis s’inscrivent dans une logique de victoire militaire sur les talibans, tandis que le Canada vise deux objectifs : gagner en influence auprès de ses alliés dans l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (otan) et accroître sa crédibilité vis-à-vis des États-Unis.

À la suite de Jonathan Paquin, David Haglund fait aussi quelques comparaisons. Dans son texte On the Road to Lisbon. Canada, the U.S., and the Transatlantic Alliance, l’auteur avance que les deux pays témoignent d’une lassitude à l’égard de l’Union européenne après-Lisbonne. Il qualifie cette lassitude d’« eurofatigue ». Il indique que le Canada et les États-Unis souhaitent voir une Europe active sur les questions de sécurité globale. Une Europe qui travaillera à contrer le programme nucléaire iranien et qui favorisera la démocratisation du Pakistan. Au-delà de ces points de convergence, les États-Unis s’interrogent sur la capacité de l’Europe à agir comme un allié fiable dans le maintien de la stabilité mondiale.

Pour leur part, Frank Harvey et John Mitton se sont plutôt intéressés aux implications du positionnement stratégique de la Russie sur la scène internationale. Dans Autocratic Revival ? Optimism, Pessimism and the Future of Russia’s International Relationships, ils estiment que le Canada et les États-Unis font le voeu d’un accroissement de la sphère d’influence de l’otan aux portes de la Russie. De plus, les deux pays nourrissent une crainte relative soutien russe à l’Iran. À ces convergences de vues, il faut toutefois opposer certaines divergences. En effet, les États-Unis considèrent la Russie comme un ennemi défait avec lequel ils doivent coopérer sur la réduction des armes conventionnelles et nucléaires. Le Canada, de son côté, se prépare à une guerre éventuelle contre la Russie pour le contrôle des ressources naturelles. Pour Frank Harvey et John Mitton, cette raison explique le réarmement du Canada.

En somme, la prise en compte de la dynamique internationale actuelle confère à Politique étrangère comparée un intérêt réel. De ce fait, l’ouvrage possède une utilité certaine pour les chercheurs et les étudiants qu’intéressent les relations canado-américaines. Cependant, nous nous interrogeons sur la pertinence de la relation directe établie entre le refus du Canada de participer au conflit en Irak et son engagement en Afghanistan. Même si le Canada n’a pas officiellement participé à la coalition contre l’Irak, les officiers canadiens en échange aux États-Unis ont servi en Irak. La littérature sur le sujet révèle que le soutien canadien aux États-Unis dans le conflit en Irak est plus élevé que celui des pays qui ont participé à la coalition.

Par ailleurs, il aurait été intéressant que l’ouvrage se penche davantage sur les raisons pour lesquelles l’engagement du Canada et des États-Unis pour des conflits qui ont duré une décennie ne constitue pas un enjeu électoral dans ces deux pays. Pourquoi ces conflits qui ont beaucoup coûté sur le plan financier et humain sont-ils absents de tout enjeu électoral ? Quel message véhicule-t-on en ne prenant pas en compte l’opinion publique dans les situations de conflit ?