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Comptes rendus

The European Union and Interregionalism, Mathew Doidge, 2011, Farnham, uk, Ashgate, 217 p.

  • René Schwok

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  • René Schwok
    Département de science politique et Institut européen de l’Université de Genève

Corps de l’article

The European Union and Interregionalism est l’étude de l’interrégionalisme la plus complète à ce jour. Cet ouvrage de Doidge fournit en effet une analyse approfondie du rôle et des fonctions de l’interrégionalisme dans l’architecture de la gouvernance mondiale, ainsi que de la place des différences qualitatives entre les acteurs régionaux dans le façonnement des relations interrégionales.

Pour mémoire, l’interrégionalisme décrit les relations institutionnalisées entre deux ou plusieurs régions du monde. Ce phénomène qui s’est accentué au cours de ces dernières années concerne principalement les trois grandes zones économiques que sont l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie, à travers l’intensification de leurs relations qui se reflète dans la création de nouvelles organisations interrégionales.

Bien que les premiers exemples de coopération interrégionale remontent déjà aux années 1960, le phénomène a gagné en importance au cours des années 1990 dans le sillage de la deuxième vague de régionalisation. Avec cette prolifération d’accords régionaux de coopération, des organisations régionales telles que, principalement, l’Union européenne et l’asean ont commencé à développer leurs propres relations avec l’étranger et à se présenter comme des acteurs de la politique mondiale.

Concrètement, avant les années 1990, l’ue n’avait des relations qu’avec une petite dizaine d’autres organisations régionales. Aujourd’hui, on en compte une vingtaine. De plus, d’autres organisations régionales comme l’asean ont noué des relations avec d’autres organisations régionales. Par exemple, cette dernière en a établi plus d’une dizaine sur tous les continents.

Dans les années 1980, le dynamisme économique de l’Asie de l’Est attira l’attention des dirigeants européens. La publication en 1994, par la Commission européenne, de sa communication intitulée « Vers une nouvelle stratégie asiatique », puis la première réunion de l’asem (Asia-Europe Meeting) à Bangkok en septembre 1996 enclenchèrent une dynamique paneuropéenne de l’ue en vue d’entamer un dialogue avec la région panasiatique, considérablement moins structurée en termes d’institutions.

Cependant, durant ces dix années de pratique, l’asem ne s’est pas montré à la hauteur des attentes initiales sur l’interrégionalisme, considéré pourtant comme un élément dans la gouvernance mondiale et multilatérale à plusieurs niveaux.

Du côté européen, cela vient des tensions persistantes entre l’intergouvernementalisme et le supranationalisme en tant que modus operandi de l’Union européenne. Du côté asiatique, cela démontre l’absence d’une région asiatique cohérente avec laquelle l’ue pourrait dialoguer.

Mathew Doidge prévoit que l’interregionalisme devrait se maintenir. D’abord, parce que le réseau de relations interrégionales s’est étendu de manière significative durant ces quatre dernières décennies, ensuite, et surtout, parce que cela apparaît comme un mécanisme porteur d’avenir. L’attente que les dialogues amènent une coopération fonctionnelle, particulièrement destinée à des forums globaux, suggère que de tels cadres vont rester prééminents dans les relations extérieures de l’Union.

L’auteur reconnaît cependant qu’il y a pour l’instant un fossé entre les attentes et les capacités (Capability-expectations gap). En effet, le succès des dialogues interrégionaux dépend des groupements engagés. Les dialogues interrégionaux bilatéraux, dont on attend le plus, sont tributaires de la qualité des acteurs des organisations régionales impliquées. Doidge se demande aussi si trop leur demander ne comporte pas le risque de dévaluer le processus aux yeux de leurs participants, avec le risque de miner l’avenir de telles relations.

Dernier point, Mathew Doidge suggère que l’Union européenne et les autres organisations régionales devraient utiliser les forums de manière plus appropriée. La place du transrégionalisme comme espace idéal devrait être renforcée. C’est en effet le cadre dans lequel les idées et les issues peuvent être mises en avant et débattues.

En conclusion, le livre de Mathew Doidge présente un état de la question qui tient compte des relations inter- et transrégionales, un phénomène relativement nouveau dans les Relations internationales.

En mettant l’accent sur la centralité de l’ue dans ces réseaux sans négliger les relations plus périphériques impliquant des régions non occidentales, l’étude ouvre la voie à des études comparatives de l’interrégionalisme. Guidé par des considérations théoriques, tout en étant riche de faits empiriques, l’ouvrage de Mathew Doidge innove en explorant la contribution des relations interrégionales pour les modèles naissants d’imbrication mondiale institutionnelle et de nouveaux forums internationaux comme le G20 et les sommets du bric. Il explore l’interrégionalisme au-delà des principaux partenariats entre l’Europe et l’Asie, y compris le réseau de relations axé sur l’asean.

Ce livre devrait être lu par tous ceux qui participent à l’examen des structures interrégionales afin de comprendre comment les modèles de l’Union européenne centrée sur l’engagement interrégional, au lieu d’être sui generis, sont de plus en plus répandus dans le vaste réseau de relations interrégionales.

L’auteur nous semble néanmoins faire montre de trop d’optimisme. En effet, ces dernières années, le phénomène de l’interrégionalisme semble demeurer comme une simple option de rechange pour les dirigeants politiques d’Europe comme d’Asie. Ainsi, sans soutien plus solide, l’avenir de l’interrégionalisme demeure incertain.