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Comptes rendus

Traité de relations internationales, Thierry Balzacq et Frédéric Ramel (dir.), 2013, Paris, Presses de Sciences Po, 1228 p.

  • Guillermo R. Aureano

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  • Guillermo R. Aureano
    Centre d’études et de recherches internationales, Université de Montréal

Corps de l’article

Une soixantaine de collaborateurs – professeurs, chercheurs et doctorants – abordent dans ce traité différents aspects des relations internationales, avec un intérêt particulier pour le développement de la discipline dans les pays francophones.

L’ouvrage est divisé en quatre grandes sections : l’histoire des relations internationales en tant que discipline universitaire, l’interaction avec des disciplines connexes, les axes de recherche privilégiés aujourd’hui et, enfin, la circulation des connaissances dans des domaines aussi divers que la blogosphère et les revues savantes.

L’étendue des sujets correspond à celle du public visé : étudiants et enseignants, bien évidemment, mais aussi une large gamme de praticiens – politiciens, diplomates, experts.

Dans la première partie, il faut tout particulièrement saluer l’importance accordée à la contribution des pays africains francophones au développement des relations internationales. Certes, les auteurs ne négligent pas les origines anglo-saxonnes de la discipline ni l’apport universitaire et organisationnel des pays développés. Mais à cette histoire plus traditionnelle des relations internationales, que le lecteur peut trouver ailleurs sans grande difficulté, s’ajoutent de précieux chapitres sur l’essor et l’institutionnalisation des relations internationales en Afrique centrale – Congo, Gabon, République centrafricaine et Tchad –, en Afrique de l’Ouest – Burkina Faso, Côte d’Ivoire et Sénégal –, au Cameroun et en République démocratique du Congo. La production savante et l’enseignement universitaire des relations internationales au Liban sont également étudiés.

L’objectif de la deuxième partie est d’expliquer le rapport que les relations internationales entretiennent avec un grand nombre de disciplines : le droit, l’économie, la géographie, l’histoire, les mathématiques, la philosophie, l’analyse des politiques publiques, la psychologie et la sociologie. Le caractère interdisciplinaire des relations internationales est ainsi confirmé. Dans cette section, les auteurs examinent en détail des questions particulièrement pointues, en lien avec l’autonomie relative des savoirs, leur légitimité scientifique et même leur nomenclature. Ils semblent s’adresser aux lecteurs qui s’intéressent d’emblée à l’épistémologie et à la méthodologie.

Dans la troisième partie, les directeurs de la rédaction proposent une série d’articles sur les grands axes de l’enseignement et de la recherche en Relations internationales. Les thèmes classiques y sont réunis : la résolution des conflits, le droit international, l’économie politique internationale, la sécurité, la stratégie, la géopolitique, l’histoire des relations internationales, les organisations internationales, la politique étrangère et les théories des relations internationales. Ils ont également choisi d’inclure un sujet considéré comme prometteur, la diplomatie publique, ainsi que l’environnement dans les Relations internationales, pour son positionnement au carrefour de nombreux regards spécialisés. Cette section, qui fait également un retour sur l’épistémologie des Relations internationales, comprend des chapitres spéciaux sur la psychologie politique internationale et sur l’éthique des relations internationales. La présentation des articles, quelque peu désordonnée, peut surprendre le lecteur. Aussi, quelques auteurs traitent leur sujet en fonction d’un seul grand enjeu. Le chapitre sur le droit international, par exemple, porte de façon prioritaire sur l’éclatement de la fonction normative au niveau mondial.

La quatrième et dernière section réunit une série d’articles sur la circulation et l’usage des connaissances scientifiques en Relations internationales. Il y est question de la transmission pédagogique, des débats au sein de la communauté savante, de l’expertise scientifique fournie aux décideurs et, enfin, de la participation aux débats publics, par le truchement des médias traditionnels, mais aussi, et notamment, des blogues alimentés par des professeurs et des chercheurs. Si certaines redondances avec les sections précédentes sont à noter, il faut souligner la pertinence de l’article qui explique la présence renouvelée des Relations internationales dans l’espace public grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication.

La somme de travail que représente la préparation de pareil ouvrage ne saurait être minimisée. Les directeurs ont dû certainement faire des arbitrages difficiles. On peut toutefois regretter l’absence d’articles de synthèse, qui offriraient une véritable comparaison de la production scientifique des Relations internationales, par exemple, ou de leur enseignement, dans les différents pays étudiés. Ainsi, la spécificité des Relations internationales dans le monde francophone n’est pas soulignée, ni, a fortiori, la très forte influence de l’école anglo-saxonne. Comment ce lourd héritage britannique et américain a-t-il été incorporé au fil du temps ? Les conditions de réception sont-elles similaires partout dans la francophonie ? Considérant le caractère ambitieux de l’ouvrage, un bilan de ce chassé-croisé d’influences et d’adaptations, avec ses disputes et ses résignations, semble d’autant plus nécessaire. Son absence peut même être vue comme un défaut.

Le caractère interdisciplinaire des synthèses et des analyses proposées laisse aussi à désirer. Certes, la deuxième section aborde de manière détaillée l’apport spécifique de plusieurs disciplines à l’étude et à l’enseignement des relations internationales. Toutefois, il est difficile de saisir quelles sont leurs interactions et leur influence réciproque. Par exemple, la contribution du droit ainsi que celle de la géographie et de l’histoire sont étudiées séparément : il aurait été prudent, et fructueux, d’expliquer au lecteur les tentatives de dépasser ces cloisonnements disciplinaires, leurs avancées et leurs limites. La portée épistémologique de l’ouvrage, qui semble être un souci important pour les directeurs, serait d’autant plus claire et marquante. Nous aurions également un meilleur aperçu du profil et du parcours universitaire des internationalistes, qui n’a souvent rien de typique.

Enfin, le manque d’uniformité dans l’approche des articles colligés peut dérouter le lecteur nord-américain, habitué aux manuels anglophones, qui réussissent à harmoniser des contributions a priori disparates. Ce n’est pas le cas de ce traité. Si l’on y perçoit très bien le choix stylistique de chaque auteur et le langage propre à sa discipline, les termes techniques y demeurent faiblement expliqués.

La publication de ce Traité des relations internationales demeure opportune. Le lecteur qui cherche une synthèse de sa discipline y trouvera son compte. Le travail sera plus ardu pour celui qui souhaite s’informer sur des champs connexes.