Vous êtes sur la nouvelle plateforme d’Érudit. Bonne visite! Retour à l’ancien site

Comptes rendus

Understanding Global Security, Peter Hough, 2013, 3e éd., Londres et New York, Routledge, 306 p.

  • Stanislav Kirschbaum

…plus d’informations

  • Stanislav Kirschbaum
    Université York, Collège Glendon, Toronto

Corps de l’article

C’est plus le titre de l’ouvrage qui attire l’attention que le fait qu’une troisième édition, « entièrement revue », vienne de paraître. Ce titre, Understanding Global Security, nous pousse à nous interroger, tant dans la définition que dans la mise en oeuvre, sur ce que l’auteur entend par sécurité mondiale. Comprendre (et expliquer) le concept de sécurité est déjà tout un pari ; lui donner une dimension mondiale relève d’un exercice intellectuel intéressant. Le défi vient du fait que l’objet de référence principal de la sécurité est normalement l’individu. Or, le concept de sécurité a connu et connaît toujours son développement théorique dans le domaine des Relations internationales, sous-discipline de la science politique dont les contours conceptuels actuels sont fluctuants et toujours en constante évolution. Il s’agit ici de la sécurité de l’État, et seulement indirectement de celle de l’individu. Ce que Peter Hough nous propose dans cette troisième édition, ce sont de nouveaux éléments qui nous encouragent à détacher la notion de sécurité de tout carcan conceptuel étroit et à situer non seulement sa définition mais aussi sa mise en oeuvre dans la réalité politique contemporaine.

Notons d’abord que cet ouvrage est un manuel destiné aux étudiants en sciences sociales, notamment en relations internationales et en études internationales. Dans sa structure, il est divisé en onze chapitres qui examinent non seulement la définition du concept ainsi que les différents niveaux où il se manifeste – la société internationale, l’État et l’individu –, mais surtout les menaces qui donnent les éléments justificatifs de la mondialité que l’auteur attribue au concept. Chaque chapitre contient un ou plusieurs tableaux sur ces menaces et, en fin de texte, un résumé des points principaux. Une excellente bibliographie sur la sécurité donne aussi les liens Internet pertinents. Toutefois, ce n’est pas seulement son utilité comme manuel qui rend cet ouvrage intéressant, c’est surtout l’approche de Hough pour expliquer pourquoi le concept de sécurité doit avoir dorénavant une dimension mondiale axée principalement sur l’individu. En d’autres mots, il en va de la sécurité humaine.

Hough commence son ouvrage par un bref examen du concept et des écoles qui se disputent les honneurs quant à sa définition. Il est important de noter que dans beaucoup de chapitres l’auteur explique la solution proposée à la menace examinée par plusieurs de ces écoles. Sans se prononcer en faveur d’une école particulière, il est clair que Hough favorise l’élargissement du concept au-delà de la sécurité militaire, paradigme principal de l’école réaliste, mais aussi la politique de la plupart des États contemporains. Il explique toutefois dans le deuxième chapitre que la menace nucléaire rend aujourd’hui la guerre entre les États développés peu probable, sans évacuer pour autant l’utilisation de cette menace à cause du nouvel équilibre de la puissance qui existe dans le monde depuis la fin de la guerre froide. D’autres menaces plus importantes que celles-ci, à son avis, le poussent à donner à la sécurité une définition qui va au-delà de la simple sécurité militaire. Il y a une exception : Hough situe dans le giron de la sécurité militaire les menaces d’acteurs non étatiques, c’est-à-dire les terroristes qui, par leurs actions, provoquent des réponses militaires, comme en Afghanistan après les attaques du 11 septembre 2001. Il reconnaît, toutefois, que les actions militaires ne sont pas nécessairement les meilleures options et que le recours à des solutions négociées serait souvent préférable.

Les menaces qui justifient l’élargissement du concept font l’objet des sept chapitres qui suivent, notamment les menaces économiques, les menaces liées à l’identité et la société, les menaces environnementales, les menaces à la santé, les menaces naturelles, les menaces causées par les accidents et, enfin, les menaces criminelles. Il est intéressant de noter que dans plusieurs chapitres la distinction entre le niveau international et le niveau national est brouillée. C’est la nature de la menace qui explique cet entrecoupement et qui fait conclure à l’auteur qu’ultimement c’est au niveau mondial que l’effort de sécurité doit être fait, puisqu’il s’agit de la sécurité humaine. Notons quelques exemples : la faim et la pauvreté pourraient être sérieusement diminuées s’il y avait un effort mondial de trouver une solution ; les problèmes environnementaux dus à l’effet de serre et aux changements climatiques, les désastres naturels ainsi que les pandémies et les maladies infectieuses ne peuvent trouver de solutions efficaces qu’au niveau mondial ; les accidents de travail ainsi que la criminalité, s’ils sont principalement du ressort de l’État, nécessitent aujourd’hui un haut niveau de coopération internationale pour que les gouvernements puissent les enrayer avec plus de succès. Certains lecteurs ne seront sans doute pas d’accord avec cette liste…

Dans le dernier chapitre, l’auteur pose la question qui se dégage de son approche : allons-nous vers un régime de sécurité mondiale ? Hough répond en examinant d’abord plusieurs théories de l’intégration et semble favoriser le consociationalisme de l’Union européenne. Cependant, il met l’accent sur le rôle des institutions internationales et en particulier sur la mondialisation dont le côté économique ainsi que le système étatique de gouvernance centré sur la sécurité de l’État freinent pour l’instant l’émergence d’une politique mondiale de la sécurité humaine. Son message est que celle-ci n’est pas hors de portée. C’est une perspective qui mérite d’être prise au sérieux, tout comme cet ouvrage.