Vous êtes sur la nouvelle plateforme d’Érudit. Bonne visite! Retour à l’ancien site

Comptes rendus

Globalization and Governance, Jon Pierre, 2013, coll. Social and Political Subject, Cheltenham, R.-U., Edward Elgar, 181 p.

  • Joseph Pestieau

…plus d’informations

  • Joseph Pestieau
    Professeur retraité, Cégep de Saint-Laurent

Corps de l’article

Ce petit livre délimite nettement son sujet, s’en tient à celui-ci et suit un plan clair. Il étudie l’effet de la mondialisation aux États-Unis, au Japon et en Suède dans trois domaines : la gouvernance économique ; les relations entre gouvernement central, régions et villes ; les réformes administratives. Il soutient quelques idées simples, mais qui méritent d’être rappelées. Premièrement, la mondialisation ne s’institue que parce que les États s’y adaptent tout en y résistant éventuellement. Elle progresse donc en passant par les États. Deuxièmement, elle ne s’institue qu’en composant avec les institutions et la culture économiques et politiques de diverses sociétés. Elle n’a donc pas les mêmes effets partout et ses effets sont toujours mitigés. Troisièmement, elle est essentiellement le résultat de l’imposition du néolibéralisme anglo-saxon au reste du monde. Quatrièmement, en renforçant la compétition internationale, elle peut mettre en péril la domination américaine dont elle est un résultat. Enfin, elle a entraîné une transformation partout dans le monde, mais beaucoup moins aux États-Unis qu’ailleurs. Non seulement ceux-ci demeurent convaincus de leur supériorité et provinciaux, mais leur modèle, après s’être imposé, est discrédité par la dernière crise financière.

Il ne faudrait pas ne retenir que ces conclusions. Elles sont beaucoup trop générales, alors que l’argument que mène l’auteur est sobre, précis et fondé empiriquement. Il veut d’abord établir dans quelle mesure les normes et les programmes imposés ou préconisés par des instances telles que le Fonds monétaire international (fmi), la Banque mondiale, l’Organisation mondiale du commerce (omc) ou l’Organisation de coopération et de développement économiques (ocde), normes et programmes qui visent à promouvoir dérégulation et libéralisation dans le sens de la mondialisation et des vues américaines, sont adoptés par les politiques nationales. Celles-ci sont-elles soumises à ces pressions ou évoluent-elles indépendamment de ces pressions même quand elles adoptent des positions néolibérales ? C’est pour répondre à cette question que l’auteur distingue nettement le cas des trois pays envisagés à trois points de vue. Il s’en tient strictement à ces pays et aux champs étudiés dans ces pays particuliers. Ils sont très différents, mais sont tous très développés et démocratiques. En gros, l’auteur considère qu’ils se sont conformés ou ont résisté aux normes et réformes « globales » en fonction de leurs propres institutions et en fonction de leur propre volonté. Elles ne leur ont pas été imposées, sauf brièvement dans des moments de crise financière pour la Suède et le Japon.

Ce dernier pays a longtemps poursuivi une expansion de ses exportations tout en protégeant son propre marché. Il a pu préserver son insularité en dépit des pressions des États-Unis et de sa dépendance vis-à-vis de ceux-ci jusqu’à ce qu’il connaisse de graves problèmes financiers à la fin du 20e siècle. À ce moment-là, il a dû accepter les conditions du fmi et céder aux pressions de son grand allié, ces conditions et ces pressions se confondant plus ou moins avec son point de vue. Il s’ensuivit une ouverture du marché du Japon, la dérégulation de son économie, la réduction du rôle des Keiretsu et du ministère du Commerce international. Mais le Japon n’a jamais perdu la maîtrise de ces évolutions.

À la suite d’une crise de ses finances au début des années 1990, la Suède a dû réduire la portée de l’État-providence, équilibrer son budget, réformer sa fiscalité, donner plus de pouvoirs à ses régions, mais cela se faisait moins en réaction à des pressions extérieures qu’en réponse à des changements de gouvernement et de politique ou, pour ce qui en est de la régionalisation, en réponse à des suggestions de l’Union européenne qu’elle avait rejointe. Il demeure que les gouvernements de droite qui réformèrent l’État-providence étaient influencés et confortés par le néolibéralisme qui avait cours internationalement. L’auteur n’en parle pas, et cela demeure en dehors de son propos.

Quant aux États-Unis, leur cas est très différent de celui des deux autres pays. Leur marché intérieur est immense, leur économie est beaucoup moins dépendante du commerce extérieur, le néolibéralisme ne leur est certainement pas imposé de l’extérieur, la gouvernance économique a toujours été l’affaire des entreprises privées et non de l’État, les normes internationales de la mondialisation ont leur origine chez eux, la mondialisation semble avoir servi leur économie, du moins selon leurs capitalistes et financiers, bien plus qu’elle ne l’a bouleversée.

Ce livre est bien construit, clair et concis. Ses objectifs sont délimités et atteints. Il semble minimiser le rôle ou l’importance de la mondialisation. Mais il ne dit pas combien celle-ci est aussi un phénomène idéologique dont l’influence peut être à la fois soft et déterminante. Elle n’a pas besoin d’être imposée pour s’imposer et triompher.