Comptes rendusÉtudes stratégiques et sécurité

Neojihadism : Towards a New Understanding of Terrorism and Extremism ?, Pete Lentini, 2013, Northampton, ma, Edward Elgar, 238 p.[Notice]

  • Sam Razavi

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  • Sam Razavi
    Secrétariat de l’évaluation Bureau du Conseil privé, Gouvernement du Canada, Ottawa

À noter – Ces lignes expriment mon analyse personnelle et non pas celle de mon employeur.

Depuis les attentats terroristes du 11 septembre 2001, nous avons eu droit à une croissance impressionnante du nombre d’analyses, plus ou moins sophistiquées, sur les mouvements islamiques. L’émergence du groupe État islamique (ei) dans la région syro-irakienne et les récents événements en Australie, en France et au Canada vont probablement entraîner une nouvelle vague de publications. Pete Lentini, un universitaire américano-australien spécialiste de l’Union soviétique et des enjeux stratégiques dans le Pacifique, se penche ici sur le sujet du terrorisme islamique. Le livre se divise en trois parties mal ficelées. Dans les quatre premiers chapitres, Lentini fait un tour d’horizon de l’histoire des groupes islamiques violents en présentant l’idéologie de quatre intellectuels-activistes. Dans le cinquième chapitre, il emprunte une autre tangente : en se basant sur des documents policiers et judiciaires australiens déclassifiés, Lentini nous explique le quotidien d’une cellule terroriste démantelée à Sydney en 2005. Finalement, l’auteur pondère dans les trois derniers chapitres sur la nature des groupes islamiques violents. Dans une tentative maladroite de simplification, Lentini nous avise dès les premières pages qu’il utilisera le terme « Le Mouvement » pour décrire tous les mouvements islamiques violents. Selon lui, les extrémistes partagent une idéologie panislamique commune, et ce, même s’ils combattent pour une cause ethno-nationaliste telle que les Tchétchènes dans le Caucase ou les talibans en Afghanistan. Pour l’auteur, le déplacement de combattants sur plusieurs fronts autour du monde justifie l’utilisation du terme. Il ajoute que les islamistes sont unis dans leur utilisation de la violence (y compris par les attentats suicides), leurs réactions comparables visant à prendre les armes contre les régimes arabes et par leur emploi de moyens technologiques tels que l’Internet pour faire avancer leurs idéaux. Lentini débute en synthétisant les écrits de trois penseurs islamistes influents lors de la seconde moitié du 20e siècle : Sayyid Qutb (1906-1966), Muhammad Abdal-Salam Faraj (1954-1982) et Abdullah Azzam (1941-1989). Ces trois intellectuels prônaient le renversement par les armes des dictatures arabes séculaires vues comme inféodées à l’Occident. Ils acceptaient ainsi l’utilisation de la violence contre les forces de l’ordre, même si elles comptaient des musulmans en leur sein. Cependant, aucun des trois ne soutenait la violence contre des civils. Selon Lentini, ces auteurs ont néanmoins pavé la route vers une idéologie plus radicale, celle d’Oussama ben Laden (1957-2011), qui perçoit les civils – même musulmans – comme des cibles légitimes. Une autre différence entre les trois penseurs et Ben Laden est le désir de ce dernier à pousser la guerre sainte (jihad) au-delà des régimes moyen-orientaux et à amener le combat sur le territoire occidental (« l’ennemi lointain »). Principalement en raison de ces deux différences, Lentini juge que Ben Laden et son idéologie « néo-djihadiste » représentent une rupture face aux djihadistes traditionnels comme Qutb, Faraj et Azzam. Lentini nous entraîne ensuite dans le monde du leader d’une cellule terroriste australienne. Ce guide autoproclamé n’était pas un religieux de formation, mais bien un mécanicien aéronautique dans son pays d’origine, l’Algérie. Il donnait néanmoins des conseils à ses disciples sur une multitude de sujets, allant des bénédictions à murmurer avant d’aller à la salle de bain à la légitimité d’organiser des attentats terroristes sur le territoire australien. Sur ce dernier point, il estimait justifiable de tuer des Australiens – y compris des civils –, puisque le gouvernement australien de l’époque avait envoyé des troupes en Afghanistan et en Irak. Étant donné que ce chef acceptait le meurtre de civils en territoire occidental, Lentini conclut qu’il est dans le sillon « néo-djihadiste » d’Oussama ben Laden. Dans le dernier tiers du livre, Lentini …