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Comptes rendus

Vaincre Al-Qaïda. Le défi d’Obama, Gilles Vandal et Sami Aoun, 2014, Outremont, Athéna, 363 p.

  • Raúl Bernal-Meza

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  • Raúl Bernal-Meza
    Universidad Nacional del Centro de la Provincia de Buenos Aires, Argentine

Couverture de                Volume 46, numéro 1, mars 2015, p. 5-128, Études internationales

Corps de l’article

Le livre de Vandal et Aoun a pour objectif d’analyser l’évolution d’Al-Qaïda et du réseau terroriste établi par ce groupe extrémiste né de la branche sunnite de l’islam. Les auteurs remettent également en question les stratégies et les tactiques appliquées par le gouvernement américain pour combattre ce réseau. En particulier, il s’agit pour eux d’examiner la politique et les décisions de l’administration Obama pour faire face à ce qu’on peut appeler le plus grand danger du monde d’aujourd’hui.

Rédigé en dix chapitres, une introduction et des conclusions, l’ouvrage offre une vue très claire et un état de situation complet sur ce type de terrorisme. Chaque chapitre porte sur une des branches de ce réseau presque mondial, puisqu’il est présent en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique. Désormais, il menace aussi la Méditerranée, les pays d’Europe occidentale, les États-Unis et le Canada.

La politique d’Obama est analysée dans l’introduction, où sont soulignées à la fois les sources idéologiques et politiques de la pensée de l’actuel président sur la politique étrangère et la façon dont celle-ci se distingue de la pensée du précédent chef de la Maison-Blanche.

Trois facteurs expliquent la nouvelle politique d’Obama : le réalisme chrétien, d’après Reinhold Niebuhr, la notion de « guerre juste » et le remplacement de la guerre contre le terrorisme menée par son prédécesseur. Parmi les moyens mis en oeuvre, notons la prédominance de l’emploi de drones. De nombreux juristes s’interrogent sur la légalité de l’utilisation de ces instruments de guerre qui touchent non seulement les terroristes, mais aussi des civils innocents. D’autant plus qu’à partir de 2009 Obama a décidé la mise à mort même des citoyens américains prétendument impliqués dans des actes terroristes ou soupçonnés d’appartenir aux branches du mouvement terroriste.

Le point de départ du terrorisme d’Al-Qaïda fut la guerre de l’Afghanistan contre l’invasion soviétique. Cette lutte, financièrement et matériellement soutenue par les États-Unis, notamment par la création d’une armée à composante musulmane multinationale, était principalement sunnite. Cette « création » a conduit progressivement à la naissance d’un réseau de groupes nationaux d’extrémistes islamiques. Lorsque ces combattants sont retournés dans leurs pays d’origine – la Somalie, le Pakistan, le Yémen, l’Arabie saoudite, la Libye, l’Irak, la Syrie, l’Algérie, le Maroc, le Qatar, la Tunisie, le Mali, le Kenya, l’Afghanistan, etc. –, leur objectif a été de créer, dans chacun de leurs pays, un État islamique sunnite fondé sur l’application de la charia.

Par la suite, ces combattants se sont directement engagés dans une guerre visant à transformer leur cause en un différend de dimensions internationales, dont l’instrument militaire principal est le terrorisme.

Depuis plus de vingt ans, les groupes extrémistes islamistes ont su adapter leur discours pour lui donner une résonance locale afin de pouvoir convaincre des sympathisants dans la population d’adhérer à leur cause, ce qu’ils ont réussi.

En lisant les divers chapitres du livre on peut voir les trois erreurs majeures de la politique étrangère américaine à l’égard d’Al-Qaïda et même par rapport à la pensée traditionnelle des autres pays musulmans. La première est la guerre en Afghanistan, qui a attisé l’antagonisme d’une grande partie du monde contre les États-Unis et, en particulier, chez les peuples sunnites. Cette guerre a permis la formation de milliers de combattants maintenant dotés d’une grande expérience militaire. La deuxième erreur est l’invasion de l’Irak, parce qu’elle a affaibli la lutte contre l’extrémisme musulman en Afghanistan et parce qu’Al-Qaïda n’a alors plus été une priorité pour l’administration Bush. La troisième erreur, ce sont les actions envers la Somalie : le soutien à l’invasion éthiopienne a été un facteur très important dans la radicalisation du groupe d’Al-Shabaab, une organisation locale qui s’est transformée en une armée internationale au centre de laquelle se retrouvent les combattants d’Al-Qaïda.

En s’alignant sur Al-Qaïda à partir de 2008, Al-Shabaab a poursuivi un nouvel objectif : passer d’une lutte régionale à une guerre globale contre l’Occident. D’autant plus qu’aujourd’hui le Sahel est décrit comme le prochain Afghanistan, s’ajoutant aux deux autres théâtres régionaux du conflit : l’Afghanistan et l’Irak-Syrie.

Le livre est bien plus que son titre : il nous semble une excellente recherche sur l’extrémisme musulman, dont une des faces est Al-Qaïda. Les analyses qu’il contient montrent les nouveaux défis mondiaux nés des stratégies d’Al-Qaïda ainsi que des erreurs des États-Unis et de leurs alliés. L’ouvrage de Vandal et Aoun décrit ainsi ce qui est maintenant l’une des plus terribles tragédies de l’humanité. Et aucune perspective de solution à l’extrémisme musulman d’origine sunnite ne s’annonce, puisque l’Occident ainsi que les chiites (et même d’autres gouvernements sunnites) sont considérés comme des hérétiques par ces groupes extrémistes.

Cependant, ainsi que le signalent Vandal et Aoun, l’opposition idéologique et théologico-politique entre chiites et sunnites ne représente pas un obstacle insurmontable, comme le montre la coopération périodique entre la République islamiste d’Iran et Al-Qaïda.

En somme, voici un livre fondamental pour bien connaître le monde d’aujourd’hui et celui à venir.