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Comptes rendus

Syrie. Anatomie d’une guerre civile, Adam Baczko, Gilles Dorronsoro et Arthur Quesnay, 2016, Paris, cnrs Éditions, 412 p.[Notice]

  • Christian Jaouich

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  • Christian Jaouich
    Département des sciences historiques, Université Laval, Canada

Focalisant son analyse sur la Syrie et les pays limitrophes, le livre Syrie. Anatomie d’une guerre civile, publié aux éditions du Centre national de recherche scientifique (cnrs), vient apporter un nouvel éclairage sur le conflit syrien. Situé dans le champ de l’analyse régionale, cet ouvrage aborde également d’autres disciplines des études internationales, soit le droit et l’économie internationale, l’histoire et la diplomatie, et enfin l’analyse de politiques étrangères. On y trouve de même des réflexions propres à la sociologie, à l’anthropologie et, dans une certaine mesure, à l’ethnologie. L’étroite collaboration de l’ensemble de ces disciplines était nécessaire en raison des assises méthodologiques de l’ouvrage. Basées sur des enquêtes orales, les analyses présentées sont construites sur une articulation étroite entre l’utilisation de concepts propres aux études internationales et l’étude approfondie des témoignages de 250 Syriens et Syriennes, ce qui permet de renouveler en profondeur notre vision du conflit. L’ouvrage propose d’étudier le conflit le long de quatre grands axes : la genèse de la révolution ; une étude des institutions révolutionnaires ; l’analyse de la fragmentation de l’insurrection et enfin une analyse de l’impact de la guerre civile sur la société syrienne. Ces quatre thématiques permettent au lecteur non seulement de bien comprendre les causes du conflit, mais également de saisir la complexité des relations existantes entre les différents acteurs de cette révolution qui, il faut le souligner, est la seule qui a perduré à la suite du printemps arabe de 2011. L’identification de l’ensemble des acteurs au sein de cette révolution et la compréhension des relations sociales, politiques, économiques ou religieuses entretenues entre ces différents groupes est l’une des clés pour expliquer la dégénérescence du conflit syrien à la suite des manifestations pacifiques de 2011. Afin de bien situer le conflit dans son contexte, les auteurs ont pris soin d’expliquer comment le régime de Bachar al-Assad fut au coeur des contestations populaires syriennes. Les Syriens critiquaient en effet le régime de répression, la libéralisation de l’économie au profit des proches du régime et le manque de services sociaux. Dès lors, les Syriens ont vu, dans les manifestations du printemps arabe, l’espoir de renverser le régime. Grâce aux médias sociaux, ils ont pu, à la suite de la révolte de 2011, mettre en place un réseau de groupes militants armés, acquérir les armes nécessaires et tisser des liens avec les Syriens exilés pour les convaincre d’envoyer de l’argent en soutien à l’insurrection. La quête de financement est si répandue parmi les différents groupes armés que les auteurs de l’ouvrage en viennent à parler de « capital militaire » et de « capital social » pour définir les méthodes de financement employées. Plus précisément, les auteurs mettent en lumière les stratégies communicationnelles mises en place par les groupes rebelles pour montrer à leurs sympathisants et aux donateurs internationaux leurs prouesses militaires et leur dévotion à la révolution syrienne. Les groupes rebelles consacrent donc beaucoup de temps et de ressources à la préparation de ces vidéos de propagande qui ont pour objectif d’augmenter, d’une part, leur capital militaire du fait qu’ils ont la capacité de réaliser des faits d’armes et de les montrer publiquement, et d’autre part, d’augmenter leur capital social puisque ces vidéos leur donnent un moyen de montrer leurs efforts et leur dévotion dans la lutte contre le régime de Bachar al-Assad. Dès lors, et les auteurs l’ont bien montré, les groupes qui sont capables de jongler avec les concepts de capital social et militaire ont la capacité d’amasser le plus d’argent. Bien entendu, cette quête de reconnaissance a entraîné une forte rivalité entre les groupes pour déterminer …