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Retour sur les banques coopératives, grâce à Charles Milhaud[Notice]

  • Michel Abhervé et
  • Pierre Dubois

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  • Michel Abhervé
    Professeur associé, Université de Paris-Est Marne-la-Vallée
    mabherve@neuf.fr

  • Pierre Dubois
    Professeur de sociologie, UFR Sciences humaines et sociales, Université de Marne-la-Vallée
    dubois@univ-mlv.fr

Il y a un an, en plein coeur de la crise financière, nous avions publié un article intitulé « Les banques coopératives. Du pire au meilleur pour le développement de l’économie sociale ». Cet article, qui a suscité un réel intérêt et permis d’intéressants débats, se fondait sur une double thèse, résumée succinctement ainsi : si les banques coopératives, pourtant très puissantes en France où elles représentent presque la moitié du secteur, n’ont que très imparfaitement assumé un modèle différent de celui des banques capitalistes, c’est parce que leurs dirigeants étaient pour une large part plus porteurs du modèle des banques capitalistes que d’un modèle propre aux banques coopératives, mais aussi parce que les propriétaires théoriques de ces banques, les sociétaires, avaient, de fait, cédé leur pouvoir aux dirigeants. Nous revenons sur cette analyse, éclairés par l’actualité de l’année 2009 et par la lecture du livre de Charles Milhaud Qui veut la peau de l’Écureuil ?, paru en octobre 2009. Charles Milhaud est l’ancien président national des Caisses d’Épargne. Ayant effectué toute sa carrière au sein de celles-ci, depuis son entrée à la base dans la caisse locale de Sète, au bord de la Méditerranée, en 1964, là où son père était caissier général, il revient dans cet ouvrage rapidement sur son ascension et longuement sur les conditions de son éviction de cette présidence, qualifiée par lui d’« incroyable perfidie doublée d’une manipulation », tout en donnant, en filigrane, sa conception de la banque qu’il a dirigée. Notre propos ne sera pas d’analyser l’ensemble de l’ouvrage, encore moins de soutenir l’idée défendue par Charles Milhaud selon laquelle il aurait été victime d’un complot (car il se trouvait en situation de responsabilité au moment où la banque perdait 732 millions d’euros à la suite des manoeuvres incontrôlées d’un opérateur de marché, Jérôme Kerviel). Il ne sera pas non plus de commenter ses affirmations sur la médiocrité et « l’absence d’engagement, de volonté, de courage des hommes qui n’ont jamais conçu de projets », propos aimables à l’encontre de ceux qui ont réussi à l’évincer (et qui avaient été nommés par lui-même à des fonctions de responsabilité !), mais de revenir sur la conception qu’un responsable d’une banque coopérative exprime clairement dans cet ouvrage à propos de la banque qu’il a dirigée, au regard des débats que nous avions ouverts l’an dernier. Car cette conception est très révélatrice et confirme, sous la plume même du plus éminent dirigeant historique du très important groupe coopératif français que sont les Caisses d’Épargne, les thèses que nous avions émises dans notre article. Le premier point est la reconnaissance par Charles Milhaud du véritable avantage stratégique du groupe coopératif : avoir un statut coopératif conduit à être à l’abri des convoitises, à ne pas être « opéable » et à ne pas à avoir de comptes à rendre à des actionnaires, soucieux de la forte rentabilité à court terme de leurs capitaux. Cela est expliqué, sans détour, à propos des conditions du rachat du CIC par le Crédit Mutuel, et du Crédit Lyonnais par le Crédit Agricole, deux fleurons des banques coopératives, rachat effectué au nez et à la barbe des grandes banques capitalistes, la Société Générale et BNP Paribas, qui ont pu mesurer dans ces situations, à leurs dépens, l’impact de la différence de statut ! Mais il est tout à fait révélateur que Charles Milhaud revendique les avantages des banques coopératives sans pour autant accepter la logique qui doit en être la contrepartie, la responsabilité des sociétaires. Il ignore très régulièrement même le terme, et ne connaît que des « clients », montrant, …

Parties annexes