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L’aide fatale. Les ravages d’une aide inutile et de nouvelles solutions pour l’Afrique, Dambisa Moyo (2009), Paris, JC Lattès, 250 p.[Notice]

  • Yeo Yohoua

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  • Yeo Yohoua
    Doctorant en sciences sociales appliquées, Université du Québec en Outaouais
    yeoy01@uqo.ca

Cet ouvrage de 250 pages est un plaidoyer que l’auteure, une jeune économiste zambienne, fait à charge des politiques d’aide au développement. Si le titre – L’aide fatale – est frontalement provocateur, la phrase qui clôt le livre ne laisse pas indifférent : « En tout cas, il y a une certitude : l’aide n’a pas marché. Que le cycle s’arrête. » Cette sanction résume le ton général de l’argument qui, d’un bout à l’autre du livre, sous-tend la réflexion d’ensemble de l’ouvrage. Dès les premières pages, Dambisa Moyo campe clairement l’objectif de son livre : « proposer un nouveau modèle de financement à l’usage des pays pauvres, un modèle assurant la croissance économique et promettant une réduction significative de la pauvreté des pays africains » (p. 25-26). La question centrale du livre est celle-ci : Les milliards déversés en Afrique au cours des cinquante dernières années ont-ils amélioré le sort et la vie des Africains ? La réponse est, selon l’auteure, négative. « L’aide a rendu plus pauvres les pauvres et a ralenti la croissance » (p. 24) avec toutes les tares que l’on peut observer sur les plans des marchés, des investissements, de la vie sociale, de l’éducation, du fonctionnement des régimes, etc. Une brève histoire de l’aide et des intentions des donateurs, disséqués tout au long du deuxième chapitre, introduit un troisième chapitre qui analyse les raisons de l’échec de l’aide en Afrique. Après avoir présenté les clichés et les stéréotypes que l’on colle à l’Afrique pour expliquer sa stagnation, l’auteure s’attarde à la question de la démocratie dont on croit qu’elle est « un facteur déterminant de la croissance économique » (p. 82). Elle y oppose le contre-exemple des économies asiatiques (Chine, Indonésie, Corée, Malaisie, Singapour, Taiwan et Thaïlande), mais aussi ceux du Chili de Pinochet et du Pérou de Fujimori. L’argument est qu’il s’agit ici de régimes et de dictateurs qui ont su mettre en marche des institutions et des politiques ayant favorisé la croissance et un climat encourageant les investissements. À la base de cette idée se trouve un constat simple : tous les pays qui ont connu un développement important, que ce soit en Europe, en Amérique ou en Asie, doivent leurs performances non pas à l’aide extérieure, mais à leur capacité de créer des richesses. « Il y a trente ans, rappelle Dambisa Moyo, le Malawi, le Burundi et le Burkina Faso disposaient d’un revenu par habitant supérieur à celui de la Chine. » Depuis des années, la Chine connaît une croissance soutenue, parce qu’elle a réussi à gagner en compétitivité et à attirer à elle des investissements étrangers. Ce n’est pas encore le cas de nombreux pays africains, où « l’aide assignée officiellement à des secteurs sociaux et économiques vitaux est utilisée directement ou indirectement pour financer des dépenses improductives » autant qu’elle « nourrit la corruption » (p. 98-99), sans compter les conséquences néfastes en termes de réduction de l’épargne, d’étouffement du secteur des exportations, de dépendance, etc. Une lecture attentive laisse saisir les pistes de solutions que l’auteure propose pour développer l’Afrique. Sans vouloir dresser une liste exhaustive de ces solutions, retenons-en ici quelques-unes qui, sans doute, peuvent être prolongées par d’autres angles de lecture. La première solution est de s’ouvrir au commerce international. « Affirmer que les pays du continent ne peuvent pas utiliser les marchés internationaux est tout à fait faux » (p. 153). Cette insertion dans le marché mondial est possible avec la proximité de l’Europe par exemple, mais elle ne peut se faire que dans un contexte politique et juridique stable. La deuxième piste est …