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Les organismes communautaires et la transformation de l’État-providence. Trois décennies de coconstruction des politiques publiques dans le domaine de la santé et des services sociaux, Christian Jetté (2008), Québec, Presses de l’Université du Québec, 422 p.[Notice]

  • David Letellier

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Le livre de Christian Jetté a été publié à la suite de l’important travail de synthèse réalisé dans le cadre de la thèse de doctorat en sociologie de l’auteur à l’Université du Québec à Montréal entre 2000 et 2005, intitulée Le Programme de soutien aux organismes communautaires du ministère de la santé et des services sociaux : une forme institutionnelle structurante du modèle québécois de développement social (1971-2001). Récipiendaire du prix Donald-Smiley pour le livre francophone en 2009 et du prix de la meilleure thèse de doctorat (UQAM, 2005) décerné par l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) en 2006, Christian Jetté présente les transformations de l’État social québécois au cours de trois décennies sous l’angle d’un programme de soutien aux organismes communautaires (PSOC) qui serait l’un des responsables du renouvellement du modèle québécois de développement social. En tant que forme institutionnelle et organisationnelle structurante, le financement octroyé par le PSOC a permis d’accroître la place et l’espace du tiers secteur dans le système sociosanitaire québécois. Contestations, incertitudes et critiques se juxtaposent à la consolidation, aux innovations et aux compromis et contribuent aux reconfigurations institutionnelles, organisationnelles et financières du PSOC. Suivant la trame historique des réformes et des commissions d’enquête en matière de santé et de services sociaux, la coconstruction des politiques publiques en matière de santé et de services sociaux s’effectue dans un esprit parfois partisan et militant. Selon Jetté, celle-ci illustre un compromis original entre les « principes » du néolibéralisme et du providentialisme afin d’offrir au Québec un système de la santé et des services sociaux hybride entre privatisation et étatisation, qui se caractérise par une alliance de « non-lucrativité » entre des logiques d’action soutenant, d’une part, le principe de réciprocité et du don, et, d’autre part, les principes d’autonomie et de performances dans la prestation des services sociosanitaires à la population. La question centrale de l’ouvrage porte sur l’institutionnalisation des pratiques communautaires et des groupes populations qui provoque la mise à l’écart progressive de la logique d’innovation et de don issue de ces pratiques par une nouvelle gestion publique orientée par des objectifs de rationalisation de l’appareil étatique québécois. Le livre s’articule autour de trois périodes historiques : les années de contestation et d’incertitudes (1971-1979), les années de fragmentation et de remises en question (1980-1990) et les années de régionalisation et de réformes budgétaires (1991-2001). Chaque partie, divisée en trois chapitres, présente d’abord la dimension sociopolitique (chap. 2, 5 et 8) pour introduire le contexte historique, la position des acteurs et les liens qu’ils entretiennent entre eux, ensuite la dimension institutionnelle (chap. 3, 6 et 9) pour identifier les réformes, les commissions d’enquête, les projets de loi et les personnages politiques importants qui ont façonné le visage du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), enfin la dimension organisationnelle et financière (chap. 4, 7 et 10) pour retracer les configurations du PSOC et l’évolution du financement accordé aux organismes du tiers secteur en fonction des secteurs d’activité. Jetté présente dans le chapitre premier son cadre théorique qui s’appuie sur trois grands corpus académiques, soit l’approche des mouvements sociaux et des sociologies de l’action avec des auteurs comme Alain Touraine, la théorie de la régulation élaborée par Michel Aglietta et Robert Boyer, qui offre une articulation avec le contexte fordiste et providentialiste des trente glorieuses, ainsi que celle de l’économie des grandeurs proposée par Luc Boltanski, Ève Chiapello et Laurent Thévenot, distinguant la critique sociale de la critique artiste qui renvoient respectivement à un projet révolutionnaire ou à une réforme du système capitaliste et à une logique d’émancipation issue du mouvement contre-culturel (ch. …