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Comptes rendusReviews

La reconstruction de l’histoire des Amériques. Par Mathieu D’Avignon et Rodolfo Stavenhagen. (Québec, Presses de l’Université Laval, 2010. 124 pages. ISBN : 978-2-7637-9050-3).

  • Catherine Vézina

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  • Catherine Vézina
    Université Laval

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Cet entretien entre Mathieu D’Avignon, directeur de la collection « Entretiens » aux Presses de l’Université Laval, et Rodolfo Stavenhagen, éminent sociologue mexicain spécialisé sur les questions ethniques, dirige le lecteur vers une réflexion sur la vision ethnocentrique de l’histoire ; pas seulement celle des Amériques, mais celle du globe. Mathieu D’Avignon, qui guide cette discussion vers la question des minorités autochtones, amène Stavenhagen à lui faire part de quelques-uns des constats auxquels il est parvenu alors qu’il occupait le poste de rapporteur spécial pour l’ONU sur la situation des droits de l’homme et des libertés fondamentales des populations autochtones. De fait, cet ouvrage constitue bien moins une réflexion sur la construction de l’histoire des Amériques, comme le titre le laisse croire, qu’un appel à la prise de conscience de la situation de marginalité dans laquelle se voient confinés certains peuples autochtones.

Cette distinction n’est pas sans affecter l’appréciation de l’entretien. Le titre ne colle pas à la direction donnée à l’entretien par Mathieu D’Avignon. Dans un premier temps, ce dernier concentre ses questions et ses remarques sur l’histoire mexicaine telle que vécue par Don Rodolfo Stavenhagen et sur la situation des « Amérindiens » du Mexique [1]. Dans un deuxième temps, l’auteur dirige l’entretien vers la situation des Amérindiens au Québec et au Canada, puis vers celle des minorités autochtones à l’échelle internationale.

Les constats vers lesquels est orientée l’entrevue demeurent généraux et les conclusions mises en avant par l’auteur tendent à masquer les nuances que Don Rodolfo Stavenhagen s’efforce de souligner à travers des exemples mexicains. D’Avignon s’efforce dans cet entretien de dénoncer la marginalisation des peuples autochtones, exclus de la construction des histoires nationales, puis le développement dit « modernisateur » du dernier siècle. Malgré l’intérêt de certaines avenues suggérées par Rodolfo Stavenhagen, l’intervieweur préfère poursuivre avec des comparaisons entre la question autochtone au Mexique et au Canada en se basant sur un entretien qu’il a effectué précédemment auprès de Marcel Trudel et qu’il a aussi publié dans sa collection. Plutôt que d’inviter Stavenhagen à poursuivre sur sa lancée au sujet des questions complexes du métissage, du discours indigéniste, de la revalorisation du passé des grandes civilisations à des fins nationalistes (et même touristiques, souligne-t-il), l’auteur fait bifurquer la discussion vers la problématique de la discrimination des peuples autochtones au Canada.

Mathieu D’Avignon oriente effectivement l’entrevue de manière à toucher à plusieurs aspects de la question autochtone. Alors que le premier tiers de l’entrevue présente un caractère « autobiographique » qui aide le lecteur à comprendre l’évolution de la discipline historique et anthropologique dans le Mexique des années 1940 jusqu’à aujourd’hui, le second tiers sombre dans les clichés sur le métissage (l’image de La Malinche) et la conquête ; cette partie s’avère certainement la moins pertinente et, en regard des questions avancées par D’Avignon, la moins bien documentée de l’ouvrage [2]. Il mène cependant Rodolfo Stavenhagen à se plier à une courte actualisation de ses Sept thèses erronées sur l’Amérique latine ou comment décoloniser les sciences humaines ; selon l’éminent sociologue, il reste encore à déconstruire la vision racialisée et dédaigneuse de « l’Indien », mais également une vision « folklorisante » plus récente qui s’associe souvent à l’écotourisme [3]. La discussion est ensuite dirigée vers le travail de Don Savenhagen au sein de l’ONU. L’auteur invite l’ex-rapporteur spécial à partager ses impressions sur des sujets aussi variés que la condition des femmes autochtones, les droits humains au Tibet et aux Philippines et sur la signature de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones de 2007. La façon de traiter de la question autochtone dans plusieurs pays est alors expliquée par le sociologue. Ce dernier souligne les nuances et les différences fondamentales qui existent dans la gestion des affaires autochtones dans les pays riches et de droit commun comme le Canada et les pays où le métissage a modifié le tissu social.

Le caractère éclaté de cet entretien, qui résulte des questions choisies par l’auteur et de sa volonté de profiter de l’expertise de son interlocuteur sur un sujet aussi complexe que celui de la question autochtone, nuit à la profondeur de la réflexion. Toutefois, le lecteur se trouvera assurément stimulé par les nombreuses pistes de réponses et d’analyses proposées par Rodolfo Stavenhagen sur le métissage, le discours intégrateur, la revalorisation folklorisante de « l’Indien » et la gestion des revendications autochtones au XXIe siècle.

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