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André Petitat (dir.). Être en société. Le lien social à l’épreuve des cultures. (Québec, Les Presses de l’Université Laval, 2010. Pp. 289. Coll. « Sociologie contemporaine » ISBN : 978-2-7637-9064-0).[Notice]

  • Marie Pier Corneau

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  • Marie Pier Corneau
    Université Laval

Publié par les Presses de l’Université Laval en 2010, l’ouvrage Être en société. Le lien social à l’épreuve des cultures est le fruit du 18e congrès de l’Association internationale des sociologues de langue française (AISLF), qui s’est déroulé à Istanbul en 2008. Dirigé par André Petitat, professeur à l’Université de Lausanne et président de l’AISLF, il regroupe 15 conférenciers, pour la majorité des sociologues qui se questionnent et se positionnent sur des thèmes importants reliés au lien social en explorant différents domaines d’implication de l’individu aux plans personnel et sociétal. Tous les chercheurs regroupés dans cet ouvrage ont comme point de départ cette question : « Vivons-nous une période de transition vers des sociétés qui puisent l’essentiel de leur sens et de leurs tensions dans les différences et les conflits culturels plutôt que dans les inégalités sociales et économiques ? » Alors que certains parlent de « clash des civilisations » ou encore de « nouveau paradigme culturel », d’autres insistent sur la diversification du lien social pour expliquer nombre de transformations qui s’animent à l’échelle mondiale. Orientés vers trois volets (la fragmentation de nos modes d’existence, les nouveaux rapports du culturel et du social, l’émergence de nouvelles régulations), les chercheurs présentent différentes formes du lien social à travers des problématiques diverses qui englobent plusieurs aspects : économie, politique, culture, valeurs, etc. À partir de cette interrogation principale et de ces trois volets, les chercheurs s’interrogent sur les conséquences d’un monde opaque, pluriculturel et en constant changement dans la mesure où ces transformations influencent la définition même de certains des concepts les plus solidement ancrés, comme le lien social. La première partie, Fin du social, crise du politique, aborde notamment les effets de la mondialisation et de l’exposition des cultures à l’échelle mondiale. Alors qu’Alain Touraine prétend que la diffusion culturelle supplante les liens économiques, Eugène Enriquez et Vincent de Gaulejac repèrent de profondes dichotomies entre des phénomènes modernes tels que la mondialisation et l’effet sur l’individu. Par exemple, le repli identitaire et la compétition sont valorisés au détriment des valeurs communes. L’individu hypermoderne (de Gaulejac) devient un paradoxe dans un univers où il doit être conforme et, inversement, singulier et compétitif. Saskia Sassen clôt cette partie en abordant de nouveaux types de territorialité qui déstabilisent la notion même de territoire. Par-delà l’aspect géographique, les frontières sont maintenant établies en fonction des marchés et de l’économie et cela complique grandement les implications sociales et légales des sujets qui y participent. La deuxième partie, Enchevêtrement du social et du politique, explore différentes manifestations qui peuvent être qualifiées de « sociales », mais qui possèdent tout de même des caractéristiques politiques. Cette partie est la plus chargée du recueil et elle aborde plusieurs thèmes qui semblent diamétralement opposés, mais qui se regroupent autour des actions et perceptions de différents groupes. Michel Wierviorka a réfléchi dans sa contribution à la notion de diversité, notion qu’il qualifie de « paradoxale » considérant l’usage que chacun en fait. Tantôt utilisé pour la reconnaissance consensuelle, tantôt perçu comme une stratégie politique, le terme est souvent galvaudé selon les intentions de ceux qui l’utilisent. Abdellah Hammoudi apporte, quant à lui, une réflexion intéressante sur les thèmes de la culture et de la violence. Le suicide, condamné dans la religion islamique, prend une signification différente lorsqu’il s’agit du jihad. L’ultime sacrifice ou le don, perçu comme une forme de violence archaïque lorsque le chercheur compare le christianisme et l’islam, s’explique et se valide dans la motivation culturelle. Cette motivation réside dans la perception et la place du sacrifice dans les croyances islamiques, par exemple …