Témoignages d’écrivains[Notice]

  • Alfred Desrochers,
  • Jacques Godbout,
  • Gilbert Langevin,
  • Claude Péloquin,
  • André Major et
  • Jacques Renaud

TÉMOIGNAGES D'ÉCRIVAINS

Les pages qui suivent veulent simplement rassembler les témoignages de quelques lecteurs privilégiés de l'oeuvre de Nelligan : les écrivains.

ALFRED DESROCHERS, né en 1901, dont l'oeuvre poé- tique a été recueillie sous le titre de À Vombre de l'Orford:

Ce que je dois littérairement à Nelligan, c'est à peu près tout, et je crois bien qu'à l'exception de Paul Morin et de Robert Choquette, en pourraient dire autant tous les poètes canadiens dont les débuts s'éche- lonnent sur le premier tiers du siècle. Je ne crois pas qu'aucun autre poète de notre temps - si l'on ramenait les régions à une même échelle - n 'a exercé une influence aussi instantanée et aussi géné- rale que n'a fait Nelligan au Canada français. Quelle sera la durée de cette influence ? Les jeunes d'aujourd'hui avec qui j'ai pu parler lui vouent un respect qu'ils refusent à tout autre. Le premier demi- siècle est le plus difficile, a-t-on dit. Il est écoulé pour Nelligan et celui-ci demeure le mieux lu de nous tous. Son Jardin de Venfance attire toujours les ado- lescents.

Put-il jamais destin plus rêvé d'un poète ? Pour lui comme pour Apollinaire, faut-il réviser la Chanson du Mal-Aimé: "Malheur, dieu qu'il ne faut pas croire ! ".

Je crois que dans cinquante ans d'ici, on pourra renouveler votre enquête... En tout cas, c 'est le souhait le plus sincère que je puisse exprimer.

JACQUES GODBOUT, né en 1933, auteur de deux ro- mans: VAquarium et le Couteau sur la table, fort peu nelliganniens :

J'ai fait mes études, nous a-t-il dit, à une époque où " l'achat chez nous " subissait une éclipse. Nous étions très tournés vers les U.S.A. La culture, pour moi, c'était Frank Sinatra, Fred Astaire, Nelson Eddy,

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Charlie McCarthy, les comic strips, Hollywood, le Reader's Digest, etc. Les valeurs de culture, en tout cas, ne résidaient pas ici. Plus tard j'aurais pu lire Nelligan; j'entendis en effet parler d'un poète qué- bécois, auteur d'un sonnet, le " Bateau ivre " ; mais je découvrais le vrai Kimbaud, puis Nerval, Breton, Eluard. Il y a maintenant, et surtout en littérature, depuis 1963, une nouvelle crise de " l'achat chez nous ", et, par voie de conséquences, surenchère des valeurs et des choses dites " d'ici ". De là peut-être l'impor- tance que l'on attribue actuellement à Nelligan. Quant à moi, je n'ai vraiment pas l'intention de commencer aujourd'hui à lire son oeuvre ...

GILBERT LANGEVIN, poète (2 la gueule du jour, Symp- tômes), né en 1938:

Parce qu'elle est intimement liée à l'invisible et qu'elle recèle une certaine part de magie, l'oeuvre de Nelligan triomphe; elle attire, elle fascine. Non pas que cette poésie soit mystique en tous points.

Je devais avoir environ seize ans lorsque j'ai découvert les poèmes de Nelligan. Ils ouvrirent en moi des che- mins favorables vers une terre de prédilection. C'est dire combien j'aimais, et j'aime encore, cet art imbu de nostalgie et sans structure de pensée rigide.

J'ose espérer cependant que l'oeuvre de Nelligan ne deviendra pas un monument national. Elle mérite beaucoup plus.

CLAUDE PÉLOQUIN, auteur des Essais rouges, des Mondes assujettis et d'un récent Manifeste infra, né en 1942:

Nelligan - Un poète ? INDÉNIABLEMENT . ..

Un grand ?... Qui peut juger de la grandeur d'ex- pression d'un homme qui est mort en plein centre de la poésie ?... Et qui peut s'aventurer dans ...