Présentation[Notice]

  • Christie McDonald

PRESENTATION

Christie McDonald

Qu'est-ce qui constitue l'invention dans la pensée? Comment des idées neuves émergent-elles et s'intègrent-elles dans les savoirs hérités du passé? Comment penser l'invention qui peut être conçue comme procédés inconnus, expériences nouvelles ou résultats jusque-là ignorés? Quelles sont les conditions individuelles ou collectives qui favorisent (ou freinent) le développement de l'invention? Telles sont quelques-unes des questions qui sont abordées dans ce numéro d'Études françaises.

Ce dossier a trouvé son point de départ dans un événement: un colloque intitulé l'Invention dans les arts, les sciences, les affaires et ailleurs... qui s'est tenu le 18 novembre 1987 à l'Université de Montréal autour du thème de l'invention. Pour ce dossier, nous avons convoqué des collaborateurs oeuvrant dans plusieurs domaines; certains ont participé au colloque, d'autres ont écrit pour ce numéro. Judith Schlanger, dont le livre l'Invention intellectuelle fut à l'origine du projet, prononça la conférence inaugurale. Elle y souleva la question des conditions nécessaires à l'émergence de la nouveauté. L'un des aspects qui l'intrigue le plus, c'est le transfert entre des domaines très divers qui permet l'innovation et par là montre la dimension plurielle de la connaissance.

La transposition d'un domaine à un autre est le sujet même du texte de Jean-Jacques Nattiez à qui en effet on pourrait décerner, ainsi qu'à quelques autres, un brevet d'invention honorifique pour la

Études françaises, 26, 3, 1990

Présentation 7

sémiologie musicalel. Il décrit des modèles multiples pour ce domaine récent qui met en oeuvre l'interdisciplinarité d'une façon percutante. Si l'on sent intuitivement qu'il y a toujours des risques à s'aventurer dans l'innovation, sait-on que ces risques font en même temps partie intégrante de la résistance qu'ils provoquent? Reuven Brenner nous propose un aspect de sa théorie de la création2 qui, tout en traitant d'économie, pourrait également s'étendre au domaine plus général de la créativité dans les affaires, les sciences et même la littérature. Jean Le Tourneux, en tant que physicien, fait pour sa part le récit de la découverte de la relativité générale par Einstein mais, chemin faisant, il pose aussi des questions qui débordent la seule histoire des sciences : quel rapport une théorie révolutionnaire entretient-elle avec la tradition? Faut-il une crise pour inventer?

Jacinthe Martel décrit un réseau sémantique (invention, découverte, imagination et création) qui se manifeste à partir du XVIe siècle, dans une importance nouvelle accordée à la rhétorique {inventio, dis-positio, elocutio) et à la notion d'imitation. Mary Ann Caws3 s'intéresse à un moment particulièrement innovateur de l'histoire de l'art, puisqu'il s'agit de l'invention comme passion du surréalisme. Entourer de silence l'objet trouvé, dans sa particularité, tel est le défi du peintre Joseph Cornell dont on trouvera ici deux illustrations. Pour ma part, j'aborde le sujet en considérant le caractère particulier de chaque invention, mais en prenant également la mesure de leur inscription dans une institution (en l'occurrence, l'université) : une invention ne marque pas son époque à moins qu'elle ne soit reçue; cette réception me paraît, dans la situation actuelle, impliquer une responsabilité, tant envers la société qu'envers la tradition.

Enfin, on trouvera dans ce dossier un document sur le transport au sens propre du terme: il s'agit de l'obélisque du Vatican qui, en 1586, fut déplacé place Saint-Pierre. Nous sommes sensibles au fait qu'il fut transporté d'Egypte à Rome, et que les valeurs symboliques qui y étaient attachées ont, elles aussi, subi ...