Présentation[Notice]

  • Lise Gauvin et
  • Andrea Oberhuber

Pratique littéraire adoptée depuis le Moyen Âge et choyée particulièrement par les érudites et les lettrées de la Renaissance, la réécriture, procédé similaire à celui de la contrafacture en musique, loin cependant de celui des copistes en peinture, est une manière de faire la révérence aux prédécesseurs dans le but de s’inscrire dans une tradition littéraire. La référence à un texte modèle peut être plus ou moins explicitement énoncée dans l’oeuvre ou plus ou moins laissée en suspens, abandonnée au décodage de la lectrice/du lecteur. De toutes les manières, la réécriture passe par l’emprunt en créant ainsi l’inter-texte avant de prendre forme dans l’hypertexte. Or, si s’interroger sur la question de la réécriture signifie s’intéresser à la fois à celle de l’écriture, de la lecture et de l’écriture de la lecture, la réécriture se donne d’abord à voir comme un effet de lecture ; lecture qui s’avère chez certaines auteures une relecture au deuxième ou troisième degré des grands textes fondateurs. Ainsi la double démarche de relecture-réécriture met-elle en place une riche circulation entre les textes tout en installant une frontière fluide entre le modèle générateur et le nouveau texte ; elle suppose la connaissance intime d’un important corpus littéraire et incite à la réflexion sur la réception et la perception d’une oeuvre. Nous proposons, pour ce numéro thématique consacré à la réécriture au féminin, la définition suivante : phénomène littéraire tant historique que contemporain, qui englobe une grande richesse de pratiques, de fonctions et de motivations différentes, la réécriture est la reprise, en tout ou en partie, d’un texte antérieur, donné comme « original », en vue de sa transformation mineure ou majeure. Par conséquent, la réécriture entend être, au sens genettien, l’interprétation d’un texte modèle qui implique non seulement la prise de distance, mais aussi la revendication d’une certaine liberté par rapport à l’oeuvre servant de point de départ au palimpseste : il faut s’en éloigner pour réécrire le modèle autrement, pour le « traduire » en un nouveau texte. S’installe alors dans le processus qui sépare l’étape de la lecture de celle de l’interprétation un espace flou ; c’est précisément dans cet espace insaisissable que peut se déployer l’activité ludique de la réécriture. Réécrire au féminin signifie repenser la matière littéraire canonique. En ce sens, il importe de distinguer le recours à une oeuvre d’auteur masculin de la reprise d’une oeuvre de femme ; les motivations pour reprendre tel ou tel autre hypotexte seront évidemment différentes, les modalités de réécriture en porteront des traces. Autrement dit, le choix d’un texte modèle « féminin » plutôt que « masculin » ou « universel » influe sur la stratégie et l’objectif de sa réécriture. Chez bon nombre de romancières du xxe siècle, le recours aux mythes fondateurs se trouve au coeur de la réécriture. On peut analyser la reprise des mythes fondateurs comme un désir de déconstruire une vision de l’histoire dans le but d’en adopter une autre, de proposer à travers l’objet détourné un changement de perspective, voire d’esquisser une utopie au féminin. Ainsi l’héritage culturel, largement dominé par des voix « masculines », est-il à la fois accepté et remis en question par ces auteures qui réécrivent en contrepoint ; autrement dit, « la voie choisie est celle de la rupture dans la continuité au lieu de l’alternative rupture ou continuité  ». Plusieurs exemples témoignent de cette rupture dans la continuité qui consiste à puiser dans un imaginaire collectif pour donner naissance à une oeuvre singulière et à restituer autrement la matière première — mythique ou littéraire. Ce qui nous intéressait dans le phénomène « …

Parties annexes