Vous êtes sur la nouvelle plateforme d’Érudit. Bonne visite! Retour à l’ancien site

Introduction

  • Ludger Müller-Wille et
  • Linna Weber Müller-Wille

…plus d’informations

  • Ludger Müller-Wille
    Department of Geography,
    McGill University,
    Burnside Hall 705,
    805, rue Sherbrooke Ouest,
    Montréal,
    Québec H3A 2K6,
    Canada.
    ludger.muller-wille@mcgill.ca

  • Linna Weber Müller-Wille
    Indigenous Names Survey / Relevés de noms indigènes,
    215, avenue Stanley,
    St-Lambert,
    Québec J4R 2R7,
    Canada.
    linnamw@canada.com

Logo de Études/Inuit/Studies

Corps de l’article

Humankind identifies itself through language, gestures, behaviour, and other defining characteristics. Among these, the specific linguistic body of proper names exists as an essential tool of the human mind's capability to sort, organize and assess the mental, social and physical environments. Like names for people and animals, names for geographical places and spaces are a crucial means to situate oneself and others as is discussed in this issue on "Spaces–Places–Names." Geographical names are specific cultural and linguistic expressions of the intricate relationship between humans and the environment. Geographical names represent a complex corpus of refined knowledge accumulated over long periods of time by peoples living in different ecosystems.

These place names, originally solely contained in oral traditions, are mental records or maps of spatial organization that provide a structure for maintaining and developing the information essential to know the physical surroundings as well as the human dimensions. Furthermore, place names, as a crucial component of any language, contain a territorial dimension indicating the range and limits of diverse cultures and languages.

On one hand, place names as proper names grow out of the intensive links between people and their environment; thus they are part and parcel of the human heritage and oral tradition—the cultural indicator. On the other hand, strongly supported by written traditions and visual maps, place names are also a very effective political indicator of territoriality and sovereignty for both Aboriginal peoples and for expansionist and conquering interests. Place names have also served as political symbols for national movements of independence and self-government for Aboriginal peoples in centralized states.

The processes above mentioned have taken on different forms in various cultural and political settings and have represented different premises and goals. However, a common element seems to be the expected recognition of one's cultural and political rights to self-determination in order to create equality among peoples, cultures and languages that would level the disadvantages given by imbalances in numbers, territory and power. The challenge for any society is to attain equal rights to heritage, culture, language and—an important part—their place names. How can this goal be achieved in modern times with all the knowledge and technological means available?

As in other cultures and languages, Inuit place names have been passed on from generation to generation by oral tradition since time immemorial. This temporal process has changed and adapted through its own dynamics that are bound to the interchange between peoples and their environments. In their varying characteristics and content, place names represent the intimate expression of the close relationship between Inuit and the Arctic landscape on a very locally defined level. Thus, these evolved place names are part of the cultural heritage carried on by communities. These place names systems are interconnected and can be identified as a larger functional system supporting the cultural and linguistics expectations of the Inuit communities as a whole throughout Canada and the circumpolar North.

The contributions to this issue represent a range of topics related to place names. Each in their own way Claudio Aporta, Darren Keith, and H.G. Jones discuss the dimensions of geographic knowledge and perception in relation to the spatial organization of human activities. Ludger Müller-Wille looks at the socio-linguistic, political, and legal aspects of Inuit and Sámi toponymy. Béatrice Collignon relates her experiences of conducting toponymic surveys with Inuit and the issues around transferring oral traditions into written ones. Bernard Saladin d'Anglure explores the spiritual dimension of place names as a symbolic appropriation of space and Françoise Morin extends this discussion to the protection of sacred sites and their names in the international arena. These contributions can only present a glimpse of the complex field of toponymy and its various interpretation of human-environmental interrelations. They highlight the diversity in the study of place names and the challenges of sustaining the cultural and linguistic continuation of place name systems within the context of multicultural settings and the increasing effects of globalization.

This issue is dedicated to the Inuit and their geographic knowledge expressed through place names, and to the efforts of individuals and institutions to maintain and develop the cultural and linguistic integrity of the relations between Inuit and the arctic environment. We would also like to thank Murielle Nagy for her patience and good humour to see the contributions to this issue through the review and correction process and to final publication—her effort is very much appreciated.

***

L'humanité s'identifie à travers la langue, les gestes, le comportement, et d'autres caractéristiques de la sorte. Parmi eux, l'entité linguistique des noms propres existe comme outil essentiel permettant à l'esprit humain de classifier et d'évaluer les environnements sociaux et physiques. Tout comme les noms des gens et des animaux, ceux des lieux et espaces géographiques sont des moyens cruciaux pour situer soi-même et les autres comme on en discute dans ce numéro intitulé «Espaces-lieux-noms». Les noms géographiques sont des expressions culturelles et linguistiques concernant les étroites relations entre les humains et l'environnement. Ils présentent un corpus complexe de savoir accumulé durant de longues périodes de temps par des gens vivant dans différents écosystèmes.

Ces noms de lieux, originellement contenus seulement dans les traditions orales, sont des enregistrements ou cartes mentales de l'organisation spatiale qui fournissent une structure maintenant l'information essentielle pour connaître les caractères physiques de l'environnement ainsi que leurs dimensions humaines. De plus, en tant que composantes importantes de toute langue, les toponymes contiennent une dimension territoriale indiquant la portée et les limites des diverses cultures et langues.

D'une part, les noms de lieux proviennent des liens intenses entre les gens et leur environnement; ils sont donc des éléments du patrimoine humain et de la tradition orale — des indicateurs culturels. D'autre part, maintenus efficacement par les traditions écrites et les cartes visuelles, les toponymes sont d'importants indicateurs politiques de la territorialité et de la souveraineté pour les peuples autochtones et pour les intérêts expansionnistes et de conquête. Dans les états centralisés, les noms de lieux servent aussi de symboles politiques aux mouvements nationaux d'indépendance et de gouvernement autonome des peuples autochtones.

Les processus susmentionnés ont pris diverses formes selon leurs cadres culturels et politiques tout en représentant différents prémisses et buts. Néanmoins, un élément commun semble être la reconnaissance des droits culturels et politiques à l'autodétermination afin de créer une égalité entre les peuples, cultures et langues pouvant équilibrer les iniquités liées aux déséquilibres de la démographie, du territoire et du pouvoir. Le défi de toute société est d'obtenir des droits égaux concernant son patrimoine, sa culture, sa langue et — élément important — ses noms de lieux. Comment ce but peut-il être atteint dans le monde moderne avec tout le savoir et les moyens technologiques disponibles?

Comme dans d'autres cultures et langues, les noms de lieux inuit ont été transmis d'une génération à l'autre par la tradition orale depuis des temps immémoriaux. Ce processus temporel a changé et s'est adapté à ses propres dynamiques liées aux relations entre les gens et leurs environnements. À travers leurs caractéristiques variées et leur contenu, les noms de lieux représentent l'expression intime des étroites relations entre les Inuit et le paysage arctique à un niveau local. Les toponymes font partie du patrimoine culturel des communautés. Les systèmes toponymiques sont interconnectés et font partie d'un système plus large soutenant les attentes culturelles et linguistiques de l'ensemble des communautés inuit du Canada et du Nord circumpolaire.

Les articles de ce numéro représentent une variété de sujets concernant les noms de lieux. Chacun à leur façon, Claudio Aporta, Darren Keith, et H.G. Jones discutent des dimensions du savoir géographique et des perceptions concernant l'organisation spatiale des activités humaines. Ludger Müller-Wille s'attarde aux aspects socio-linguistiques, politiques et légaux de la toponymie des Inuit et des Sámi. Béatrice Collignon parle de ses expériences lors de reconnaissances toponymiques avec des Inuit et des questions liées au transfert de l'oral à l'écrit. Bernard Saladin d'Anglure explore la dimension spirituelle des toponymes comme appropriation symbolique de l'espace et Françoise Morin étend cette discussion à la protection des sites sacrés et à leurs noms dans l'arène internationale. Ces textes ne représentent qu'une parcelle du complexe champ d'étude qu'est la toponymie et de ses interprétations variées des relations entre les humains et leur environnement. Ils soulignent la diversité des études toponymiques et les défis pour garder la continuité culturelle et linguistique des systèmes toponymiques dans un contexte multiculturel et de globalisation.

Ce numéro est dédié aux Inuit et à leur savoir géographique tel qu'exprimé dans les noms de lieux, et aux efforts d'individus et d'institutions pour maintenir et développer l'intégrité culturelle et linguistique des relations entre les Inuit et l'environnement arctique. Nous aimerions aussi remercier Murielle Nagy pour sa patience et sa bonne humeur lors du processus d'évaluation des articles, de leur correction et de leur publication finale — son travail fut très apprécié.