Résumés
Résumé
Depuis plus de soixante ans, l’Antigone d’Anouilh est l’un des plus grands succès du théâtre français. Créée à la fin de l’Occupation, elle a été reprise dès le lendemain de la Libération. Sa représentation a fait à l’époque l’objet de lectures politiques contradictoires. Pour les uns, l’héroïne de Sophocle est une résistante à la tyrannie, pour d’autres, l’auteur a saccagé une icône morale et civique et humanisé Créon le tyran. Les critiques n’avaient pas vraiment fait attention à un texte qui est habile et entretient toutes les ambiguïtés possibles.
Abstract
Anouilh’s Antigone has been one of the most popular plays staged in France for over sixty years. Premiered at the end of the Occupation, it was again staged right after the Liberation, drawing conflicting political readings at the time. For some, Sophocles’ heroine resisted tyranny, while others believed the author had destroyed her civic and moral persona and humanised the tyrant, Créon. Obviously, critics had not paid enough attention to a text both skilfully wrought and suitably ambiguous.
Corps de l’article
Il y a plus de soixante ans qu’Antigone fait l’objet de controverses. Anouilh s’est souvent vu reprocher d’avoir saccagé une icône de l’humanisme européen. Pour apprécier le traitement politique du mythe dans cette pièce, il est utile de la confronter d’une part avec sa source grecque, l’Antigone de Sophocle, de l’autre avec l’Électre de Giraudoux, en amont, et avec L’alouette en aval. Une idée simple commandera l’analyse. Une oeuvre peut être à la fois datée et intemporelle, avoir une dimension politique et rester ouverte. Ce sont là même, au théâtre, des clés d’un succès durable. Giraudoux et Anouilh, auteurs du Cartel, en sont bien persuadés.
Deux ans après La guerre de Troie, Giraudoux donne sa version d’Électre. Les scénarios étaient fixés par la légende, en l’occurrence par les hypotextes de Sophocle et d’Euripide. L’auteur a promu, valorisé 1 voire, selon certains critiques, héroïsé Égisthe, personnage traditionnellement discrédité ou marginalisé, et, en sens inverse, il a dégradé Électre. Pour les tragiques grecs, le premier est l’usurpateur honni, un tyran veule et sans principes. Il en fait le régent légitime et avisé d’une cité prospère qui, après vingt ans de paix civile, a oublié Agamemnon. Les scrupules moraux certes ne l’étouffent pas, il estime que tout s’arrange avec le temps et que les peuples inclinent au compromis et à l’oubli 2. Agamemnon, après tout, avait sacrifié Iphigénie sans états d’âme. Au deuxième acte, le personnage s’est « déclaré », comme l’avait annoncé le mendiant ; il est métamorphosé en un homme d’État qui fait prévaloir le principe de responsabilité. Il comprend certes les raisons d’Électre, mais il lui demande un délai afin que soit évitée la catastrophe. « La ville est en péril ». Car non seulement l’émeute gronde, mais surtout les Corinthiens ont attaqué Argos. La garde veut un roi. S’il épousait Clytemnestre, le régent deviendrait ce roi.
« On n’a le droit de sauver une patrie qu’avec des mains pures 3 ». Électre est une névrosée 4 dont la haine de Clytemnestre est pathologique, un monstre d’orgueil. Sa droiture, son intransigeance, son sens de l’absolu la rendent dangereuse :
Égisthe — La ville va périr.
Électre — Qu’elle périsse 5.
La pasionaria argienne est d’abord une « Cendrillon révoltée 6 ». Elle voulait connaître la vérité sur la mort de son père. Elle ignore que la vérité a un « prix courant », qu’elle est un « venin 7 ». Elle en est non l’héroïne, mais la « ménagère 8 ». Elle est de ces « femmes à histoires 9 », pour citer le Président Théocatoclès, qui font, volontairement ou involontairement, l’histoire. La « justice intégrale 10 » dont elle réclame l’instauration est l’habillage, l’alibi de la haine. Or la haine est dangereuse : Giraudoux le pense avant Anouilh et Camus. L’inflexible vierge justicière, par le double assassinat dont elle est l’instigatrice, prive Argos de son protecteur et facilite l’assaut victorieux des Corinthiens — événement qui, faut-il le dire, ne figure dans aucun hypotexte antique. L’aurore se lève sur une cité détruite. Électre est « satisfaite 11 ». Égisthe lui avait dit : « Il est des vérités qui peuvent tuer un peuple 12 ». L’on pourrait en dire autant de la justice et des idéaux. Pour citer Michel Raimond, l’ordre de l’exigence a prévalu sur l’ordre de l’urgence 13.
Les anachronismes appellent une lecture politique que les arabesques des dialogues rendent malaisée. Giraudoux, à sa façon, ne conclut pas. L’enfant chéri de la République expose ses incertitudes. Les faits semblent avoir donné raison à Égisthe. Mais ses arguments sont-ils audibles ? À l’époque, le personnage laissa les critiques perplexes. Citons seulement deux interprétations opposées. Pour Robert Brasillach, c’était tout bonnement « le héros fasciste 14 ». Benjamin Crémieux, à l’autre extrémité du spectre politique, en fit un « opportuniste conservateur 15 ».
Giraudoux avouait volontiers préférer Nausicaa à Antigone 16. Il se détourne de la mythologie grecque après 1937. Plusieurs de ses cadets s’inscrivent dans son sillage. Avec Les mouches, Jean-Paul Sartre écrit à son tour sa version d’Électre. Il y revient à la conception traditionnelle d’un Égisthe cynique. En 1942, Jean Anouilh commence à écrire un Oreste où il prend le parti d’Égisthe. Il laisse la pièce inachevée. Il en recyclera des passages dans une pièce tardive, Tu étais si gentil quand tu étais petit 17. Il est possible que, dès cette époque, il ait une Antigone en réserve. Il y a, en effet, incertitude sur le moment exact de son écriture. Les deux pièces sont construites sur le même patron : comme Égisthe, Clytemnestre, Oreste et Électre, Antigone, Créon, Hémon et Ismène vont jouer leur histoire. La création de la deuxième a lieu le 4 février 1944 au Théâtre de l’Atelier, le visa de la censure s’étant fait attendre pendant plus d’un an. À cette date, les armées du Reich reculent sur tous les fronts. Le débarquement est imminent. L’issue de la guerre est certaine. Plus d’un collaborateur se désengage et essaie de faire oublier ses écrits de 1940-1941. Seuls les fanatiques affichent encore leurs sympathies nazies.
La transposition homodiégétique et moderniste d’Antigone par Anouilh cultive toutes les ambiguïtés possibles. Elle induit une transformation thématique. L’auteur reste apparemment fidèle au code du mythe, à la lettre de la fable sophocléenne 18 ; il en change radicalement l’esprit qui était religieux et civique. L’héroïne de Sophocle accomplissait un acte rituel exigé par Hadès. Elle ne défiait pas l’ordre établi, elle contestait une décision sacrilège. Elle affirmait la prééminence de l’ordre éthico-religieux sur l’ordre de la cité. Si la nourrice remplace Tirésias, l’interprète des signes divins, c’est que, comme chez Giraudoux et Sartre, les Immortels, Zeus, Hadès et Diké ne sont plus acteurs de l’événement. Plus de dieu caché : la transcendance s’est éclipsée, entraînant l’hybris et la prédestination héréditaire avec elle. Il n’est plus question de représenter le conflit tragique de deux vérités également légitimes ni les antinomies fondamentales de l’existence 19. D’où la réduction brutale des commentaires choraux et l’élimination du premier stasimon, l’admirable hymne à l’homme. La démythification se double ainsi d’une démystification. Étéocle et Polynice étaient deux petites crapules dorées et les prêtres sont des fonctionnaires du sacré. Le long agôn de Créon et d’Antigone se joue sur des enjeux diminués qui excluent toute exaltation héroïsante. Ce n’est plus l’affrontement de la conscience et de la raison d’État. Il n’est plus question des lois non écrites. Un « politicien cynique », écrit Gérard Genette, s’oppose à une « nihiliste infantile 20 ».
Antigone est d’abord la soeur de Thérèse Tarde « la sauvage » et d’Eurydice. Elle est non pas une sainte païenne, une figure proto chrétienne voire christique, mais une adolescente incomprise, immature et passablement suicidaire. Elle a perdu la « supériorité éthique » de l’héroïne sophocléenne. Elle n’invoque aucun principe supérieur, théologico-civique ; elle est d’abord celle qui dit « non 21 » à tout et à tous, à Créon comme à un Hémon lui aussi immature, au bonheur et à la vie même. On a depuis longtemps noté son utilisation récurrente des tournures négatives. Mais le refus entêté ou hystérique d’un monde laid ne fait pas une révolte. Créon lui oppose des faits brutaux : Polynice était un petit voyou qui, comme son frère, avait bafoué Oedipe. Dès lors, son geste n’a plus de motivation légitime. Il est « absurde 22 » et elle en convient :
Créon — Ni pour les autres ni pour ton frère ? Pour qui alors ?
Antigone — Pour personne. Pour moi 23.
Elle assume néanmoins la responsabilité de cet acte et meurt « pour rien ». Créon, en lui faisant miroiter son « petit bonheur 24 » futur de jeune épouse, annihile d’un coup tous ses arguments d’adulte rassis. Il s’attire ces répliques : « Quelles pauvretés faudra-t-il qu’elle fasse elle aussi, jour par jour, pour arracher avec ses dents son petit lambeau de bonheur ? […] Vous me dégoûtez tous avec votre bonheur 25 ! » Le Président Théocatoclès le disait dans Électre : « Le bonheur n’a jamais été le lot de ceux qui s’acharnent 26 ». C’est en vain que les Euménides avaient chanté la mélodie du bonheur à la fille d’Agamemnon 27. Que son oncle ait fait la part des choses est insupportable à la « petite Antigone ». Elle préfère mourir que sacrifier son exigence infantile d’absolu. Puisque la perfection n’est pas de ce monde, elle préfère le quitter, ce monde. Le pire, pour elle, c’est de voir tout durer donc se dégrader encore. Antigone est sans espoir 28, donc interdite de révolte. L’on pense à ce mot de Léon Trotsky à propos de Voyage au bout de la nuit : « Une révolte active est liée à l’espoir. Dans le livre de Céline, il n’y a pas d’espoir 29 ».
Robert Brasillach avait vu Égisthe comme un « Créon sans démesure 30 ». Le personnage d’Anouilh ressemble à l’Atride de Giraudoux. Le tyran de Thèbes est par transvalorisation devenu un raisonneur compassé, un pragmatique, résigné à vivre dans le monde tel qu’il est. « Tu dois penser que je suis décidément bien prosaïque 31 », lance-t-il à sa nièce. Quelque chose est en train de changer dans le personnel dramatique d’Anouilh. Les figures parentales ne sont plus obligatoirement sordides ou grotesques. Créon appartient à la même série que le père de Thérèse Tarde. Il a seulement plus de tenue. Antigone ne se joue pas dans un décor néo naturaliste.
Le fils de Ménécée, chez Sophocle, se présentait en champion de la polis. Le mot apparaissait dès sa première phrase. S’il appliquait le principe deux poids deux mesures, c’est qu’il pensait en termes d’amis et d’ennemis 32. Il opposait les « malfaiteurs » et les « bons citoyens », ce qui lui valait l’approbation du coryphée 33. Son édit avait beau être appuyé sur des grands principes, il n’en était pas moins arbitraire donc illégitime dans la mesure où il n’avait fait l’objet d’aucune délibération. Le basileus était un tyrannos. Créon n’a ni l’allure ni le langage d’un despote moderne. Il a les « cheveux blancs », des « rides ». Le Prologue dit de lui qu’il est « fatigué » et « vieux 34 ». Le même Prologue et Ismène le désignent comme « le roi ». Son portrait ne comporte pas de déterminants dépréciatifs. Du souverain, il n’a assurément ni la dignité ni la majesté. Mais ce n’est pas comme un homme las qu’on se représente un dictateur. Lui-même voudrait être « un prince sans histoire 35 ». Les gardes, eux, l’appellent « chef ». Quand, chez Sophocle, Antigone le nommait stratégos 36, elle disait autre chose. Ces « auxiliaires de la justice de Créon 37 » lui sont dévoués et obéissants. Ils sont sous son commandement direct, comme on le constate à la fin. Quand la foule se fait menaçante, il fait appel aux gardes 38, pas à l’armée. Les bavardages des trois gardes ne sont pas inutiles à cet égard. Thèbes n’aurait-elle pas sa Milice ? Créon détient le monopole de la force légitime.
C’est que le régime est issu d’une guerre civile. Créon parle même d’une « révolution ratée 39 ». La formule, dans son anachronisme, ne peut laisser indifférent le spectateur de 1944. Reste à savoir à quelle révolution il pense, à celle de 1936 que saluait Jean Guéhenno 40, à celle de 1940 que d’aucuns avaient appelée nationale. Polynice avait fomenté des « attentats » et stipendié des « tueurs ». Les deux fils d’Oedipe sont présentés comme des chefs de faction. Il existe une « opposition » qu’excitent « les chefs de la plèbe 41 ». Ce fait se trouvait déjà dans la tragédie civique de Sophocle 42. Anouilh se garde d’écrire le mot « résistants ». Leurs actions appellent une répression que l’on devine dure. L’affiche placardée dans toute la ville que mentionne Créon 43 produit un effet de sens. La torture est pratiquée ici et là 44. Le « bourreau 45» ne chôme pas, qu’évoque le Choeur. Un spectateur politisé de 1944 peut songer au discours officiel, aux harangues de Pétain relayées par la propagande du régime, qui ne cesse de fustiger les partis fauteurs de discordes, les hommes politiques de la défunte république et les « terroristes ».
André Barsacq a beau avoir revêtu les gardes d’une gabardine noire qui peut faire penser aux hommes de la Gestapo, ce ne sont pas des brutes mais de pauvres types vulgaires et bavards qu’on dirait sortis de chez Courteline 46. Le dernier interlocuteur d’Antigone, au lieu de s’apitoyer sur son sort, lui expose ses mesquines préoccupations corporatistes. Qu’un Créon désacralisé et humanisé parle la même langue qu’eux 47 achève de brouiller l’effet de sens. Au final, les gardes reprennent leur partie de cartes. La boucle est bouclée. La vie continue.
Créon bénéficie de soutiens dans la population. Ismène le dit : « Ils pensent tous comme lui dans la ville. Ils sont des milliers et des milliers 48 ». Quarante millions de pétainistes ? Un spectateur de 1944 peut trouver certains traits du Maréchal à Créon. Sur certains points, il est pourtant très différent de Pétain. La façon dont il parle du clergé — « Tu les a déjà entendus la réciter, aux prêtres de Thèbes, la formule 49 ? » — l’apparenterait plutôt à quelque dignitaire radical-socialiste ou le rapprocherait de l’Oreste sartrien. Le personnage de Sophocle n’était absolument pas irréligieux. Il ne prenait pas Tirésias pour un imposteur. Il est vrai qu’on était clérical à Vichy et anticlérical à Paris et que c’est à Paris que se faisait jouer Anouilh. Autre différence capitale, Thèbes n’est pas une cité occupée. En aucun temps, il n’est enfin question de privations.
Créon est aussi machiavélique qu’Égisthe. Quand il a besoin d’un cadavre de héros pour une cérémonie à grand spectacle, peu importe au fond son identité. Il est également prêt à faire disparaître les témoins gênants que sont les gardes 50 pour « sauver » Antigone et la tirer, ainsi que lui-même, d’une affaire embarrassante. Dans un premier temps, il a cru à une action de « l’opposition 51 ». Quand il comprend que ce n’est pas un geste politique, il incline à l’indulgence. Mais il lui faut tenir compte non pas du peuple, mais de cette « foule », de ces « brutes » qu’il méprise et dont il se méfie 52. Antigone, en voulant que son acte devienne public, on dirait aujourd’hui médiatisé, se condamne. L’opinion publique existe, il faut en tenir compte. S’il se résout à appliquer la loi, c’est qu’il est prisonnier de sa fonction et Antigone le lui dit. Il se veut, pour sa part, un homme de bonne volonté 53. Ce n’est ni l’homme providentiel ni le chef de guerre qu’il est dans d’autres versions, et d’abord chez Sophocle 54. Anouilh a significativement supprimé la longue tirade des vers 162-210 où Créon harangue le choeur des notables et inscrit sa décision dans un programme de salut public 55. De même, a disparu l’agôn entre Créon et son fils qui se trouve être son contradicteur le plus politique 56. Dans une longue tirade, Hémon lui expose d’abord que l’opinion publique — il parle de « rumeur » — accepte mal son édit et que l’heure est venue de « l’apaisement 57 ». C’est détruire la polis que la défendre par de tels moyens. Les deux hommes s’affrontent ensuite en une stichomythie qui est un dialogue de sourds. Chez Anouilh, il en reste seulement deux répliques :
Hémon — Père, la foule n’est rien. Tu es le maître.
Créon — Je suis le maître avant la loi. Plus après 58.
Dans la pièce moderne, le roi ne parle plus qu’en privé.
Créon, filant la métaphore, se voit comme le capitaine d’un bateau qui affronte une tempête. Sa « tâche » est difficile. Il compense son défaut de naissance, donc de légitimité, par son professionnalisme. Il a le sentiment de s’être dévoué pour assurer un minimum d’ordre et / ou pour éviter le pire. Il s’abrite derrière les nécessités. D’accomplir, quand il le faut, « la sale besogne », lui donne, il en convient, « le mauvais rôle 59 ». Plus encore qu’à Pétain, c’est à Pierre Laval qu’il fait parfois penser. De sa défense et illustration du « métier 60 » royal, l’on peut glisser à une apologie de la raison d’État et du moindre mal. Ce peut être une affaire de jeu ou de préjugé.
Comme Giraudoux l’avait fait pour Égisthe, Anouilh a sinon réhabilité Créon, du moins rééquilibré le conflit entre les deux personnages. C’est Antigone qui avait le plus à perdre dans l’affaire. De fait, c’est elle qui perd le plus et cela fait sens en 1944. Son geste perd toute motivation civique et même éthique. C’est un refus de tout, un refus en soi. Il ne se fonde sur aucune valeur positive et a fortiori transcendante. Il n’est pas indifférent que son oncle ne soit ni odieux ni ridicule. De son discours solidement argumenté, que récusait Antigone, il reste peu de choses chez Anouilh, de rares assertions. Créon demeure un politique ou plutôt, est-on tenté d’écrire, ce n’est plus qu’un politicien. Tel qu’il est, pragmatique et sans illusions, l’auteur le juge moins dangereux qu’un doctrinaire, qu’un fanatique de la justice. Il trouvera ses successeurs dans les pièces de la décennie suivante.
Le dénouement chez Sophocle était apocalyptique. Sa maison étant devenue le havre d’Hadès (Haïdou limèn), le roi sombrait dans la folie. Il avait enclenché une machine infernale. L’événement lui avait échappé. Les dieux avaient sanctionné son hybris. Le final de la pièce moderne montre un Créon stoïque dans le malheur et auquel, comme on l’a souvent remarqué, un page évite la solitude.
Antigone est la seule pièce à laquelle son auteur a consenti le label de tragédie. Son pathos pourtant n’est pas tragique. On reste dans le sentimentalisme propre au premier Anouilh. Le choeur y donne sa conception du genre. Elle est peu originale. L’on y retrouve en effet l’idée d’un mécanisme implacable rendue familière par Jean Cocteau 61. La machine de celui-ci était infernale, c’est dire qu’elle était encore l’oeuvre des infernaux. On a désormais une histoire jouée d’avance où tout est « question de distribution 62 ». Anouilh se montre d’ailleurs infidèle à sa propre définition. Son héroïne, en effet, pourrait enrayer le mécanisme fatal : il lui suffirait de céder aux objurgations de son oncle. Qu’est-ce alors qu’une tragédie qui ignore l’hybris et la némésis, qui ne met pas aux prises l’ananké et la liberté humaine ?
D’Oedipe, Antigone a hérité non la culpabilité mais l’orgueil. Encore faut-il être prudent. Anouilh utilise ce mot cinq fois 63 : Antigone, répète Créon, a le caractère de son père. Sophocle, lui, usait des mots hybrizeïn et hybris aux vers 480 et 482. Créon ajoutait aussitôt qu’elle « passait outre à des lois établies ». Elle-même se voulait la championne de l’eusébia 64. Le mot, on le sait, figure dans le dernier vers qu’elle prononce. L’Électre de Giraudoux, interpellée par les Euménides, ajoutait à l’orgueil sa conscience et la justice 65. L’orgueil de l’Antigone moderne se ramène d’autant plus à un entêtement juvénile qu’Anouilh a supprimé le dernier vers de l’agôn, celui-là même qui rend à jamais sublime l’héroïne de Sophocle : « Je suis de ceux qui aiment, non de ceux qui haïssent 66 ».
Les modernes ne voient pas cette histoire comme les anciens Grecs. « Antigone a raison, Créon n’a pas tort 67 », écrit un peu plus tard Albert Camus dans sa Conférence d’Athènes. Chacun des deux adversaires est justifiable, aucun n’est juste. L’idée se trouvait déjà chez Hegel et Max Scheler : le partage des valeurs fait la tragédie. Voilà pourquoi le choeur, instance clé du genre, ne cesse de se lamenter que pour recommander l’euboulia 68, la prudence, ce que Camus appelle par ailleurs la mesure. Personne n’ayant absolument raison, il est toujours une limite qu’il convient de ne pas franchir. « Celui qui, par aveuglement ou par passion, ignore cette limite, court à la catastrophe pour faire triompher un droit qu’il croit avoir seul 69 ». Camus n’a pas écrit d’Antigone, mais il reprend cette idée dans L’état de siège et Les justes et l’applique dans ses articles sur la guerre d’Algérie. Il est à noter que, pour illustrer son propos, le conférencier mobilise plusieurs pièces contemporaines, notamment La guerre de Troie n’aura pas lieu, pas l’Antigone d’Anouilh. C’est qu’il n’y a plus de valeurs à mettre en conflit dans cette pièce puisqu’elles ont fait naufrage.
George Steiner a raison de voir dans cette Antigone une variante réductrice 70 de la tragédie sophocléenne. Anouilh a diminué la part du politique et du sacré dans cette pièce habile. Il privilégie la querelle de famille, le conflit des générations, les tourments de l’adolescence. Le choix est entre l’acceptation et le refus non pas de l’ordre établi mais d’une condition humaine étriquée. Les tenants de l’Ordre nouveau n’en espéraient peut-être pas plus vu le potentiel humaniste traditionnellement attaché à l’héroïne éponyme. C’était beaucoup de ne pas en faire une résistante. Pourtant, remarque Simone Fraisse, tout dépend quel discours l’on privilégie, le plus argumenté ou le plus véhément. « La force du mythe, écrit-elle, est telle que la plupart des spectateurs, en dépit des intentions de l’auteur, n’écoutèrent que la voix d’Antigone. L’esprit de résistance s’est reconnu en elle 71 ». La mise en scène d’André Barsacq a pu y contribuer.
C’est ce que confirme la réception immédiate de la pièce. La critique, en 1944, est partagée entre une réussite théâtrale, où elle retrouve les leçons désormais familières de Pirandello et de Giraudoux, et un message insaisissable ou subtilement crypté. Résistants et collaborateurs ont du mal à situer politiquement la pièce. C’est qu’elle n’est pas loin d’être une auberge espagnole. Thierry Maulnier en critique le propos nihiliste dans l’Action française tout comme Claude Roy dans Candide 72. Le second, sous le couvert de l’anonymat, est encore plus sévère dans les Lettres françaises 73 : la pièce, tranche-t-il, est l’oeuvre d’un fasciste. Les ultras du régime, en revanche, y voient un appel déguisé à la résistance. D’autres, plus clairvoyants, se gardent de se situer sur ce terrain. Pour Sartre, Antigone est une « femme libre » qui « affirme sa liberté dans la mort 74 » et l’auteur n’est ni anarchiste, ni nazi. Anouilh, pour les plus nombreux, est d’abord un auteur du Cartel. Que ce soit André Barsacq qui monte Antigone à l’Atelier fait sens 75. Son mélange de classicisme et de modernité en fait une pièce-carrefour. Ainsi s’explique son succès inoxydable. Anouilh est bien, pour citer Michel Corvin, un « maître en pirouettes », le « roi de l’esquive 76 ». Il s’est gardé de commenter sa pièce après 1944. Il l’a laissée vivre sa vie et faire le tour du monde.
Anouilh a fait jouer quatre pièces sous l’Occupation. Il n’était alors pas un « dramaturge de combat », pour citer le mot de Jacques Vier 77, si jamais il l’est devenu. L’une de ses pièces, Léocadia, une comédie rose, a été publiée dans Je suis partout. Les rares textes qu’il a confiés à Aujourd’hui et à La Gerbe évoquent le théâtre et sont étrangers à toute considération politique. On y trouve notamment des hommages nécrologiques ou posthumes à Georges Pitoëff, à Victor Boucher et à Giraudoux. Après la Libération, il n’a jamais essayé de se faire passer pour un écrivain résistant fût-ce de la onzième heure. Il s’est beaucoup démené pour que Robert Brasillach soit gracié. Dans sa préface au théâtre de l’écrivain fusillé, il dit être parti jeune un matin de février 1945 et être rentré le soir chez lui vieux. Il n’est pas indifférent que Créon figure dans ce texte de 1964. C’est à lui qu’il assimile le général de Gaulle devenu sa bête noire. La citation mérite d’être donnée : « L’homme à la sentence, croyant le supprimer, l’a préservé. Quels que soient les mots dont il se grise, Créon joue toujours perdant 78 ».
En 1953, Anouilh fait jouer L’alouette. Cette pièce est l’un de ses plus grands succès dans une carrière qui n’en manque pas. L’écrivain sait parfaitement qu’entre 1940 et 1944, on a joué beaucoup de pièces évoquant Jeanne d’Arc, celles de Péguy et de Claudel, bien sûr, mais aussi celles de Barbier et Schaeffer, Claude Vermorel, etc. Les Anglais de 1431, selon les mises en scène, représentaient les Anglais ou les Allemands de 1940. L’on considère généralement que, parmi ses hypotextes, figurent Saint Joan de Bernard Shaw, Jeanne avec nous de Claude Vermorel, et Pucelle d’Audiberti. Péguy, Bernanos et Claudel, écrivains considérés comme « gaullistes » en 1945, sont mis à distance. Dès l’incipit, l’on note surtout des similitudes formelles avec Antigone. Il s’y ajoute de solides liens intertextuels :
Le Prologue dans Antigone — Ces personnages vont vous jouer l’histoire d’Antigone.
Cauchon dans L’alouette — […] il y a toute l’histoire à jouer 79.
Il n’y a là rien d’étonnant quand l’on sait qu’on a souvent rapproché Antigone et Jeanne d’Arc. Les rôles sont préprogrammés. Dans les deux pièces, un des gardes s’appelle Boudousse. Le père de Jeanne parle comme la Nourrice d’Antigone. La Pucelle — ses juges ne cessent de le lui dire — est butée, orgueilleuse. La Trémouille la traite de « petite folle ». À Cauchon, elle lance : « Cognez dur, c’est votre droit. Moi, mon devoir est de continuer à croire et de dire non 80 ». Il lui importe aussi peu que Charles et La Hire l’aient abandonnée à son triste sort qu’à Antigone qu’Étéocle et Polynice aient été deux voyous. Pieuse et patriote, elle préfère son rêve cassé à de pauvres réalités. Comme Électre, comme Antigone, c’est une perturbatrice, une trouble-fête.
L’évêque Cauchon a généralement le mauvais rôle dans l’abondante littérature johannique 81. Claudel s’était particulièrement déchaîné contre lui. Dans la pièce d’Anouilh, non seulement il fait tout pour sauver la Pucelle du supplice, mais encore il ne craint pas, pour cela, de s’opposer à Warwick et à l’Inquisiteur, lequel figure l’idéologue fanatique. Il tente de la raisonner afin de la sauver du bûcher. Ainsi Créon faisait-il avec Antigone. « Jeanne, essaie de comprendre qu’il y a quelque chose d’absurde dans ton refus 82 ». Il échoue pareillement. Son argumentation, dans un premier temps, la convainc d’abjurer. Le soulagement général qui accueille son abjuration l’amène à se cabrer. Warwick lui dit-il : « Les choses s’arrangent avec le temps », elle explose et se met à parler comme Antigone :
Mais je ne veux pas que les choses s’arrangent… Je ne veux pas le vivre, votre temps […]. Mais je ne veux pas faire une fin ! Et en tout cas, pas celle-là. Pas une fin heureuse, pas une fin qui n’en finit pas 83…
Les deux retournements des héroïnes sont exactement symétriques. Jeanne ne va certes pas jusqu’au terme de son destin. C’est seulement par une de ces pirouettes dont Anouilh a le secret qu’elle est arrachée à son bûcher.
Anouilh fait en sorte que, pour son fidèle public, Cauchon soit à Créon ce qu’est Jeanne à Antigone. Les critiques ne manquent généralement pas de le noter en 1953. Or l’évêque, pressé par Warwick, déclare ceci : « […] nous / avons / été des collaborateurs sincères du régime anglais qui nous paraissait alors la seule solution raisonnable dans le chaos 84 ». Et il ajoute :
Ils avaient beau jeu à Bourges, protégés par l’armée française, de nous traiter de vendus ! Nous, nous étions dans Rouen occupé […]. Entourés de soldats de sa Majesté, des exécutions d’otages de sa Majesté ! Soumis au couvre-feu et au bon plaisir du ravitaillement de sa Majesté. Nous étions des hommes, nous avions la faiblesse de vivre.
Un peu plus loin, le même Cauchon lance à la Pucelle : « La résistance vaine du clan Armagnac, les ambitions ridicules de celui que tu appelles ton roi à un trône qui n’est pas le sien, sont, pour nous, des actes de rébellion et de terrorisme 85… ». Anouilh a choisi soigneusement ses mots. Le temps des ambiguïtés est révolu. Sa Jeanne est aussi peu « résistante » que son Antigone. L’évêque affirme avoir opté pour le moindre mal. Rouen figure clairement la France occupée et Bourges, Londres. Le petit roi — ironie — s’appelle d’ailleurs Charles. C’est que l’épuration et surtout l’exécution de Brasillach, on l’a dit, ont fait d’Anouilh un anti-gaulliste acharné qui, de pièce en pièce, ne cesse de ressasser ses rancoeurs et que la droite néo-vichyssoise a volontiers annexé.
Faut-il en conclure que la pièce de 1944 comportait un message subliminal insidieusement disséminé au fil des répliques ? On s’en gardera pour plusieurs raisons. D’abord, Anouilh a appris de Giraudoux le bon usage de l’ambiguïté. Il a habilement dispersé des effets de sens contradictoires. Il allait que la pièce fût ambiguë pour être jouée et juste avant et juste après la libération de Paris. Son auteur était assez sûr de son affaire pour ne pas la corriger entre-temps. Ensuite il est, de toute façon, tout ce qu’on veut sauf un écrivain-philosophe ou un intellectuel. Il ne cherche d’ailleurs pas à se faire prendre pour tel. Avant comme après 1945, le théâtre d’art dans lequel il s’est longtemps situé résiste à l’impératif d’engagement tel que Sartre le conçoit. Lui-même a négligé délibérément les savants commentaires des philosophes sur le personnage éponyme. De pièce en pièce, il module une thématique stable et adapte un personnel dramatique qui ne l’est pas moins. Antigone et Créon, répétons-le, sont d’abord des personnages d’Anouilh. Enfin et surtout son Antigone désacralisée s’inscrit dans un cycle de pièces noires avant de se situer dans une conjoncture historique, les années noires. L’alouette s’inscrit dans un autre cycle et dans une autre conjoncture. Elle infléchit la pièce de 1944 a posteriori 86.
Parties annexes
Note biographique
Jeanyves Guérin
Jeanyves Guérin est professeur à l’Université Sorbonne Nouvelle (Paris 3). Il a publié les ouvrages suivants : Le théâtre d’Audiberti et le baroque (Paris, Klincksieck, 1976), Camus. Portrait de l’artiste en citoyen (Paris, François Bourin, 1993), Audiberti. Cent ans de solitude (Paris, Honoré Champion, 1999), Art nouveau ou homme nouveau. Modernité et progressisme dans la littérature française du XXe siècle (Paris, Honoré Champion, 2002), Le théâtre français entre 1914 et 1950 (Paris, Honoré Champion, 2007) et dirigé une dizaine d’ouvrages collectifs, dont le Dictionnaire des pièces théâtrales françaises du XXe siècle (Paris, Honoré Champion, 2005) et le Dictionnaire Albert Camus (Paris, Robert Laffont, 2009).
Notes
Voir Gérard Genette, Palimpsestes, 1992, p. 484-487.
Retour au texteJean Giraudoux, Électre, Théâtre complet, 1991, p. 592.
Retour au texteIbid., p. 649.
Retour au texteVoir Jacques Body, Giraudoux et l’Allemagne, Paris, Didier, 1975, p. 380.
Retour au texteJean Giraudoux, Électre,op. cit., p. 659.
Retour au textePierre Brunel, « Électre et la famille » ; « Sur une note juste… », Quarante-sept hommages à Jacques Body, 1990, p. 93.
Retour au texteJean Giraudoux, Électre, op. cit., p. 657 et 633.
Retour au texteIbid., p. 625.
Retour au texteIbid., p. 592.
Retour au texteIbid., p. 594.
Retour au texteIbid., p. 666.
Retour au texteIbid., p. 657.
Retour au texteMichel Raimond, Sur trois pièces de Giraudoux, 1982, p. 113.
Retour au texteRobert Brasillach, « Les spectacles : Électre », La Revue universelle, 1er juin 1937.
Retour au texteBenjamin Crémieux, « Électre à l’Athénée », Vendredi, 21 mai 1937, p. 4.
Retour au texteJean Giraudoux, Juliette au pays des hommes, Oeuvres romanesques complètes, 1990, p. 851.
Retour au texteJean Anouilh, Tu étais si gentil quand tu étais petit, Paris, La Table ronde, 1972.
Retour au texteLa Comédie-Française venait de jouer l’Antigone de Sophocle dans une traduction plate d’André Bonnard.
Retour au texteVoir George Steiner, Les Antigones, 1986, p. 253-256.
Retour au texteGérard Genette, op. cit., p. 469.
Retour au texteJean Anouilh, Antigone, Théâtre, 2007, t. 1, p. 655, 657, 658.
Retour au texteIbid., p. 654 et 655.
Retour au texteIbid., p. 655.
Retour au texteLe même mot figurait dans la bouche d’Électre (Jean Giraudoux, Électre,op. cit., p. 635).
Retour au texteJean Anouilh, Antigone, op. cit., p. 662.
Retour au texteJean Giraudoux, Électre,op. cit., p. 592-593.
Retour au texteIbid., p. 634.
Retour au texte« Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir ! » (Jean Anouilh, Antigone, op. cit., p. 664).
Retour au texteLéon Trotsky, « Céline et Poincaré », Littérature et révolution, Paris, Julliard (Les Lettres nouvelles), 1964 (trad. de Pierre Franck et Claude Ligny) ; repris dans Dominique de Roux et al. (dir.), Louis-Ferdinand Céline, 2007, p. 377.
Retour au texteRobert Brasillach, art. cit.
Retour au texteJean Anouilh, Antigone, op. cit., p. 653.
Retour au texte« Je ne puis tenir pour mon ami un ennemi de mon pays » (Sophocle, Antigone, 1989, p. 179, v. 187) ; « L’ennemi [ouchthros] même mort n’est jamais un ami [philos] » (ibid., v. 522).
Retour au texte« Nous prenons acte ici, ô fils de Ménécée, du sort que tu octroies à l’ami, et aussi à l’ennemi, de Thèbes. Rien ne t’empêche évidemment de prendre toutes mesures qui t’agréent, aussi bien à l’égard des morts que des vivants parmi nous » (ibid., p. 80, v. 211-214).
Retour au texteJean Anouilh, Antigone,op.cit., p. 630.
Retour au texteIbid., p. 653. Le mot « histoire » est au singulier et sans majuscule.
Retour au texteSophocle, op. cit., p. 72, v. 8.
Retour au texteJean Anouilh, Antigone,op. cit., p. 630.
Retour au texteIbid., p. 667-668.
Retour au texteIbid., p. 656.
Retour au texteJean Guéhenno, Journal d’une révolution, Paris, Grasset, 1939.
Retour au texteJean Anouilh, Antigone,op. cit., p. 645.
Retour au texteSophocle, op. cit., p. 83, v. 289-299.
Retour au texteJean Anouilh, Antigone,op. cit., p. 652. Sophocle avait fait dire à Créon : « Connaissais-tu la défense que j’avais fait proclamer ? » (Sophocle, op. cit., p. 89, v. 447).
Retour au texteJean Anouilh, Antigone, op. cit., p. 655 : « Il y a longtemps qu’on t’aurait arraché la langue, tiré les membres aux tenailles… ».
Retour au texteIbid., p. 647.
Retour au texteSteiner (op. cit., p. 248) relève des touches naturalistes, voire comiques dans le rôle de la sentinelle chez Sophocle.
Retour au textePar exemple : « Tu y crois donc vraiment, toi, à cet enterrement dans les règles » (Jean Anouilh, Antigone, op. cit., p. 654).
Retour au texteIbid., p. 636.
Retour au texteIbid., p. 654.
Retour au texteIbid., p. 651.
Retour au texteIbid., p. 645.
Retour au texteIbid., p. 666 et 656.
Retour au texte« […] puisque je suis roi, j’ai résolu, avec moins d’ambition que ton père, de m’employer tout simplement à rendre l’ordre de ce monde un peu moins absurde, si c’est possible » (ibid., p. 653).
Retour au texteLe Coryphée au vers 156 : « Il est le chef nouveau [néochmos] que réclame à cette heure l’État nouveau voulu par les dieux » (Sophocle, op. cit., p. 78).
Retour au texteSophocle utilise le mot sothria au vers 186 (ibid., p. 79).
Retour au texteSon discours est, en effet, chargé de tout un lexique politique : polis, archéin, nomizétai.
Retour au texteIbid., p. 98-99, v. 683-723.
Retour au texteJean Anouilh, Antigone, op. cit., p. 666.
Retour au texteIbid., p. 673 et 655.
Retour au texteIbid., p. 653 et 656. L’idée se trouvait dans l’Oedipe d’Henri Ghéon.
Retour au texte« Maintenant le ressort est bandé […]. Cela roule tout seul. C’est minutieux, bien huilé depuis toujours » (ibid., p. 547).
Retour au texteIbid., p. 647.
Retour au texteIbid., p. 652 (quatre fois), p. 655.
Retour au texteSophocle, op. cit., p. 108, v. 943.
Retour au texteJean Giraudoux, Électre,op. cit., p. 666.
Retour au texteSophocle, op. cit., p. 91, v. 513.
Retour au texteAlbert Camus, « Sur l’avenir de la tragédie (29 avril 1955) », Oeuvres complètes, 2008, p. 1115.
Retour au texteAinsi aux vers 1050 et 1098 (Sophocle, op. cit., p. 111 et 113).
Retour au texteAlbert Camus, op. cit., p. 1705.
Retour au texteGeorge Steiner, op. cit., p. 320.
Retour au texteSimone Fraisse, Le mythe d’Antigone, 1974, p. 121.
Retour au texteThierry Maulnier, Action française ; Claude Roy, « La tentation du désespoir », Candide, le 8 mars 1944.
Retour au texteClaude Roy, « Notre Antigone et la leur … », Les Lettres françaises, vol. 14 (mars 1944).
Retour au texteJean-Paul Sartre, « Forger des mythes », Un théâtre de situations, 1992, p. 59-60.
Retour au texteBarsacq a succédé à Dullin, lequel crée Les mouches de Sartre.
Retour au texteMichel Corvin, « Anouilh », Dictionnaire encyclopédique du théâtre, 2008, p. 83.
Retour au texteJacques Vier, Le théâtre de Jean Anouilh, 1976, p. 119.
Retour au texteJean Anouilh, « Préface à l’oeuvre théâtrale de Robert Brasillach », dans Robert Brasillach, Oeuvres, Paris, Club de l’honnête homme, 1964, t. 4, p. IX-XIII ; et repris dans En marge du théâtre, 2000, p. 259-260.
Retour au texteJean Anouilh, Antigone, op. cit., p. 629 et L’alouette, Théâtre, op. cit., 2007, t. 2, p. 3.
Retour au texteJean Anouilh, L’alouette, op. cit., p. 54.
Retour au texteVoir Jeanyves Guérin, « La figure de Jeanne d’Arc dans le théâtre contemporain », dans Michel Perrin (dir.), Dire le moyen-âge hier et aujourd’hui, Paris, Presses universitaires de France, 1990, p. 189-210.
Retour au texteJean Anouilh, L’alouette, op. cit., p. 70-71. Cf. : « Comprendre… vous n’avez que ce mot-là à la bouche […]. Moi, je ne veux pas comprendre » (Antigone,op. cit., p. 636).
Retour au texteJean Anouilh, L’alouette, op. cit., p. 83-84.
Retour au texteIbid., p. 29. Dans La foire d’empoigne, Louis XVIII déclare : « Je ne suis pas le roi des gens de Londres. Je suis le roi des millions d’hommes qui, bon gré mal gré, sont demeurés et qui ont dû composer, comme ils ont pu, avec ce qui leur tombait dessus ».
Retour au texteJean Anouilh, L’alouette, op. cit., p. 53.
Retour au texteUne première version de cette étude a paru dans Lecture politique des mythes littérairement vingtième siècle, Paris, Presses universitaires de Paris Ouest, 2009, p. 275-291.
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Références
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