Recensions

Sathya Rao (dir.), La présence franco-européenne dans l’Ouest canadien : histoires de colons belges, français et suisses à l’aube du xxe siècle, Bruxelles, Peter Lang, 2018, 245 p.

  • Martin Pâquet

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  • Martin Pâquet
    Département des sciences historiques, Université Laval

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Couverture de Un Canadien errant : les mobilités et la construction de la francité canadienne, Numéro 52, automne 2021, p. 9-166, Francophonies d'Amérique

Nous avons souvent tendance à négliger le fait que les communautés de langue française dans l’Ouest ne sont pas seulement le produit des déplacements de population provenant de l’intérieur du continent. À l’instar des autres groupes occupant ce territoire, ils participent aussi à l’établissement de réseaux migratoires transnationaux, en particulier à la fin du xixe siècle et au début du suivant. Dirigé par Sathya Rao, La présence franco-européenne dans l’Ouest canadien nous offre un rappel bienvenu de cette réalité historique. Le présent recueil obéit aux conventions du genre. Issu des contributions de deux colloques internationaux – le premier tenu à l’Université de Nantes en 2011 et le second, à l’Université de l’Alberta en 2017 –, il comporte onze contributions. Après une introduction efficace présentant l’état de la recherche sur la question, les chapitres se répartissent ensuite selon une division tripartite pertinente vu les aires du savoir en histoire des mouvements migratoires, en histoire familiale et des expériences de vie, ainsi qu’en études portant sur l’imaginaire de la migration. Le lecteur curieux pourra ainsi puiser pour son profit au kaléidoscope des études de cas, certaines d’intérêt variable, d’autres à la grande richesse heuristique. Quelques idées fortes se dégagent de la lecture du recueil. D’abord, la migration permet la constitution de communautés neuves. Placée au fronton du recueil, l’étude de l’historienne Audrey Pyée est à cet égard des plus réussies. Elle offre un regard synthétique et une intelligibilité d’ensemble sur les processus migratoires français dans les Prairies, de la première insurrection métisse à la Première Guerre mondiale, période cruciale de l’insertion de ce territoire à la socioéconomie canadienne. Reprenant des éléments de sa riche thèse doctorale, elle souligne le double rôle des institutions de l’Église catholique et des instances laïques françaises dans la motivation des choix des migrants. Ces choix ne sont pas univoques : ils peuvent reposer sur l’idéal missionnaire, celui de promouvoir la « civilisation française et catholique » ou encore sur l’objectif d’accroître les capitaux français, avec des pointes réactionnaires sur une Troisième République anticléricale. L’origine sociale des migrants assure la singularité de cette communauté : ils sont parfois de condition modeste, ou bien ils peuvent être bourgeois, commerçants, voire aristocrates. Cette variété de conditions accentue la production de marqueurs identitaires fondés sur la classe sociale et l’ethnie, marqueurs à partir desquels une société hiérarchisée se met en place. Couvrant la même période mais pour un groupe plus restreint, Françoise Le Jeune cerne la présence furtive des migrants français en Colombie-Britannique. Ensuite, ces communautés neuves sont composées de membres qui instiguent le renouvellement des effectifs et la socialisation entre individus. De ce nombre, des figures se détachent, comme celle de l’abbé Jean-Isidore Gaire, dont l’itinéraire de la Lorraine à la Saskatchewan est retracé par Jean-Noël Grandhomme, et dont l’oeuvre de propagande est analysée par Anthony Spitaëls. Un autre promoteur, socialiste lillois celui-ci, le docteur Adalbert Tanche, fonde le phalanstère de Sylvan Lake en Alberta : l’étude du projet utopique au début du xxe siècle est menée par le toujours excellent Colin Coates. Ces individus soudent les solidarités familiales qui sont au coeur de l’expérience migrante. Pour en témoigner, Robert Papen esquisse le réseau des familles Margerie, Papen, Begrand et Dubé ; les trois premières sont originaires du nord de la France et la quatrième, de la Belgique. Enfin, la migration s’inscrit dans un système communicationnel où les données se transigent d’un pôle à l’autre, fournissant les incitatifs et les informations essentielles au mouvement des êtres dans l’espace. Il y a certes l’importance de la correspondance familiale explorée autrefois dans un autre recueil, celui d’Yves Frenette, de Marcel …

Parties annexes