Recensions

Louise Bienvenue, Ollivier Hubert et Christine Hudon, Le collège classique pour garçons. Études historiques sur une institution québécoise disparue, Montréal, Fides, 2014

  • Daniel Poitras

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  • Daniel Poitras
    Université de Toronto

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Couverture de Nouveaux regards sur le phénomène de l’antisémitisme dans l’histoire du Québec, Volume 18, numéro 1, 2015, p. 13-293, Globe
Le livre de Louise Bienvenue, Ollivier Hubert et Christine Hudon remplit un vide certain dans l’histoire de l’éducation au Québec. Depuis Les collèges classiques au Canada français, écrit par Claude Galarneau et paru en 1978, aucun ouvrage de référence ne s’était imposé. Entre la monographie et le collectif, le livre est d’emblée intrigant. À l’opposé du fourre-tout, il est ingénieusement composé : les trois historiens ont mis en commun leurs contributions passées, mais en les modifiant pour l’occasion et en en ajoutant quelques-unes. Le tout est solide et d’autant plus stimulant que l’infusion est triple. Puisque les sensibilités à l’égard du même objet varient, ceci permet au lecteur non seulement d’explorer un objet souvent plus instrumentalisé qu’étudié, mais également de comparer les approches et les méthodes mises en oeuvre. L’objet est ainsi partiellement extirpé de la tranquillité un peu ronflante du récit historique et offert au regard historiographique. Controversé, quasi mythifié, le collège classique occupe une place singulière dans la mémoire collective québécoise, particulièrement comme symbole de la « grande noirceur ». À l’aide des archives de cinq institutions et sur une période allant du XVIIIe au milieu du XXe siècle, les auteurs s’attaquent à cette légende noire, non pas pour réhabiliter les collèges, mais pour démontrer leur diversité, leur étonnante capacité d’adaptation et leur rôle dans la construction d’une élite. La première partie (« Classique et élitiste, le collège québécois? Programmes éducatifs et société ») porte sur les mutations des programmes éducatifs en fonction des mutations sociétales. Hudon explore (chapitre 1) l’attrait suscité par le cours économique au collège de Sainte-Anne-de-la-Pocatière au XIXe siècle, donnant un aperçu de la complexité des collèges, dont le recrutement et les programmes sont l’objet de vifs débats. À cet égard, le chapitre 2, véritable leçon d’histoire sociale, remet les pendules à l’heure. Hubert, à l’aide d’une enquête quantitative approfondie sur la provenance des élèves, déconstruit le cliché du collège homogène et démontre comment ce récit triomphant est une construction a posteriori. Dans le chapitre 4, il dévoile d’ailleurs l’importance du collège classique comme levier de promotion sociale pour différentes élites en compétition. Les programmes scolaires n’occupent en fait qu’une place secondaire dans ce livre. Ils servent cependant à mesurer les orientations idéologiques des collèges, comme les variations du grand débat entre l’éducation « utilitariste » (avec le cours commercial) et la formation « désintéressée ». Ces débats, qui traversent toute l’histoire des collèges, sont saisis à un moment charnière par Bienvenue, c’est-à-dire au début du XXe siècle où les frères enseignants, misant sur un enseignement plus pragmatique, affrontent un establishment défenseur de l’humanisme classique. Ce flottement dans l’orientation des collèges renvoie, ce que l’auteur rend bien, à un horizon ouvert où tout n’est pas joué d’avance. Comme tout bon livre d’histoire, celui-ci parvient à redonner au passé ses virtualités, notamment en révélant l’importance de l’accaparement des leviers éducatifs par certaines élites. La deuxième partie (« L’espace collégien et ses occupants ») explore le rapport à l’espace et la sociabilité qui s’y joue. On alterne entre un regard historien panoptique et une approche intimiste. La condition des collégiens et des enseignants est scrutée au quotidien à travers la matérialisation des normes et de leurs contraintes – et parfois de leur braconnage. Si l’espace est étroitement surveillé, codifié et relativement à l’écart du monde, l’analogie avec le monde carcéral est excessive : entre les règlements et les pratiques, il y a ...