Le Père Éphrem Longpré tel que je l’ai connu[Notice]

  • Stéphane-Joseph Piat

…plus d’informations

  • Stéphane-Joseph Piat, o.f.m.

Quand se répandit la nouvelle du décès du Père Ephrem Longpré, les frères mineurs au courant de ses travaux et de ses projets déclarèrent unanimement: "C'est une perte irréparable pour l'Ordre. Cet homme-là ne sera pas remplacé." Un jeune religieux qui appartient à l'équipe des chercheurs du Collège International Saint-Bonaventure de Quaracchi m'écrivait au sujet du défunt: "C'est à lui que les Franciscains doivent en bonne partie la redécouverte du patrimoine de notre spiritualité bonaventurienne. Son oeuvre restera un beau témoignage du franciscanisme de notre époque."

Une amitié longue et fidèle me vaut d'être invité à consacrer quelques pages à celui à qui je vouais une véritable admiration. Il ne s'agira pas, à proprement parler, d'un article biographique méthodiquement construit, mais plutôt d'un portrait étayé par les souvenirs personnels et les confidences reçues. Dans ses dernières années notamment, le Père Ephrem aimait revenir sur le passé. Il apportait à le faire un mélange de finesse, de fraîcheur et de candeur qui, malgré l'extrême vélocité du débit, donnait au récit un charme inimitable.

Au point de départ, une de ces familles patriarcales qui sont l'honneur du Canada, Issu d'une lignée de cultivateurs, établie outre-mer dès la fin du dix-septième siècle, Joseph Longpré s'était transplanté à Woonsocket, aux États-Unis, dans le Rhode Island. C'est là que son épouse, née Adeline Richard, mit au monde, le 24 août 1890, le premier de ses douze enfants, qui reçut au baptême le nom de Zéphirin. Quatre ans plus tard, le foyer regagnait la patrie et s'installait à Saint-Ephrem d'Upton*

au Québec.

[349]

350 REVUE D'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE

Il fallait entendre notre franciscain évoquer la vie pauvre et laborieuse qu'on menait dans une habitation rurale, en lisière de la forêt, la frugalité des repas, l'austérité des moeurs, la rigueur du travail: le tout assaisonné de tendresse et de bonne humeur. L'image de la Sainte-Famille présidait aux devoirs d'état. Chaque jour, on récitait ensemble le chapelet, suivi des litanies des Saints. Le mois de Marie était célébré parmi les fleurs et les lumières. La maman était de ces femmes dont René Bazin a pu dire "qu'elles ont une âme sacerdotale et qu'elles la passent à leurs enfants avec la vie". L'église se trouvait à trois kilomètres, ce qui n'empêchait pas de s'y rendre, dimanches et fêtes, et pour la communion du premier vendredi du mois, y eût-il sur la route un mètre de neige.

Le pasteur de la paroisse, l'abbé Edmond Lessard, se faisait remarquer par sa piété et par sa science des voies spirituelles. Au catéchisme, il ne tarda pas à discerner l'enfant, qui unissait à l'amour des choses de Dieu une précoce intelligence. Zéphirin, de son côté, eut très tôt le désir de "ressembler à Monsieur le curé". Lors de la retraite de première communion, les prédications d'un frère mineur, le Père Anselme Fisher, modifièrent quelque peu la ligne d'horizon. L'idéal fut désormais de "faire comme saint Antoine", ce qui serait "encore plus beau". La maman acquiesça d'enthousiasme. Le père hésita davantage à se séparer de son aîné. Il finit par répondre au religieux qui plaidait la cause du petit et son envoi dans un séminaire franciscain : "Vous l'aurez, mais à une condition, c'est que vous le fassiez marcher droit."

Le 24 août 1902, l'enfant entre au collège tenu par les fils de saint François à Montréal. À cette époque, le Collège Séraphique était une simple résidence ...