Livres et revues

BURNS, Robert Ignatius, s.j., The Jesuits and the Indian Wars of the Northwest. New Haven and London, Yale University Press, 1966. 515 p. $10.00. Ill., cartes, index, bibliographie.[Notice]

  • Léon Pouliot

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  • Léon Pouliot, s.j.

Cet ouvrage est le fruit de vingt années de travail et de recherches consciencieuses dans les dépôts d'archives civiles, militaires et religieuses d'Amérique et d'Europe. Les Jésuites de l'Orégon possèdent une documentation contemporaine immense, dont les éléments les plus importants ont été inventoriés et parfois publiés par le P. Burns lui-même. Avant d'entrer dans le vif du sujet, l'auteur nous en présente les éléments essentiels ; limites du vaste champ d'apostolat de l'Orégon des années 1840, population des tribus indiennes qui l'habitaient; préparation et esprit que les efésuites apportaient à cet apostolat; insurmontables difficultés de compréhension entre les Indiens et les Blancs. On a dit de ces trois chapitres qu'ils méritaient d'être considérés comme classiques sur le sujet, tant ils sont riches de substance et tant ils aident à comprendre la suite des événements.

Avant la fixation des limites occidentales entre le Canada et les Etats-Unis du Nord-Ouest (1846), ce qu'on appelait l'Orégon avait une superficie de 285,000 milles carrés, un dixième de l'étendue des Etats-Unis et était sensiblement égal à la France, à l'Allemagne, à l'Espagne et à l'Italie réunies. Les

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REVUE D'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE

officiers de la Compagnie de la Baie d'Hudson en estimaient la population à quelque 100,000 âmes, chiffre que l'auteur trouve manifestement exagéré. On y comptait 125 tribus diverses, dont 56 étaient incapables de communiquer entre elles par le moyen de la parole.

Comment ces peuples païens en sont-ils venus au désir de connaître le Dieu des Blancs ? Le P. Burns n'ignore pas qu'en 1825, la Compagnie de la Baie d'Hudson envoya quelques jeunes Indiens à l'école de théologie élémentaire protestante de la Rivière-Rouge; il sait également que l'un d'eux, Spokane Gary, de retour dans son pays en 1829, y bâtit une église et y devint comme le premier prédicateur du christianisme auprès des siens. Mais avant cela, le grain de blé avait été jeté en terre, et par qui ? Par les "ubiquitous French Canadian voyageurs", qui n'étaient pas toujours d'excellente qualité morale; mais surtout par les Iroquois catholiques de Caughnawaga. Plusieurs de ceux-ci venus en Oregon comme employés des grandes compagnies de fourrures, la Nord-Ouest et la Baie d'Hudson, s'établirent finalement à demeure dans la tribu des Têtes-Plates. Il y en avait déjà en 1800: "But the most pervasive, lengthy and intense influence was that of the Iroquois Indians. These were formidably Catholic, and were descendants of those converts who had moved up to the Canadian missions in large numbers to practice their faith freely" (16). Le plus célèbre d'entre eux, Ignace La Mousse, arrivait en Oregon vers 1816, à la tête d'un groupe de 24. U n'est donc pas étonnant qu'en 1825, diverses tribus aient manifesté à sir George Simpson, gouverneur de la Compagnie de la Baie d'Hudson, leur désir d'en savoir davantage sur le Maître de la vie des Français et sur les Robes Noires (15). De 1831 à 1839, quatre délégations de Têtes-Plates se rendirent à Saint-Louis, Mo., en quête de Robes Noires et ils étaient dirigés par des Iroquois parlant français. Ils furent bien servis. Car en 1840, le P. Pierre De Smet était envoyé dans le Nord-Ouest. Il y demeura six ans : temps de reconnaissance des lieux, des tribus, et temps d'organisation. Car il devait y revenir plus tard.

Les Jésuites avaient d'abord rêvé d'établir en Oregon des Réductions sur le modèle de celles du Paraguay ...