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JOSEPHY, Jr., Alvin M., The Nez Perce Indians and the Opening of the Northwest. New Haven and London, Yale University Press, 1965. $12.50. Ill., cartes, bibliog., index.[Notice]

  • Léon Pouliot

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  • Léon Pouliot, s.j.

Ce fort volume de 705 pages contient 22 belles illustrations, portraits de chefs indiens, d'hommes d'Etat, de militaires, de paysages du Nord-Ouest américain. La bibliographie ne compte pas moins de 23 pages; et tout au cours de l'ouvrage de nombreuses cartes géographiques nous aident à suivre les opérations militaires. C'est que le sujet est important; il appartient à la grande, mais pas toujours glorieuse, histoire de l'expansion des Etats-Unis.

Les Nez Percés, une des tribus les plus fières et les plus nombreuses du Nord-Ouest, n'avaient pas eu, semble-t-il, de contact continu avec les Blancs avant 1805, date où les explorateurs américains Lewis et Clark pénétrèrent jusque dans leur pays. Ils firent sur ceux-ci une favorable impression, et Clark pouvait écrire: "Ils ont bon coeur." De leur côté, les Nez Percés n'eurent d'abord qu'à se féliciter de la rencontre des Blancs. Pendant quelque quarante ans ils vécurent en paix avec les commerçants américains et en vinrent même à les préférer aux trafiquants de l'Honorable Compagnie de la Baie d'Hudson.

Mais quand, à partir des années 1840, les colons américains, attirés par la majestueuse grandeur du pays, la fertilité du sol et les gisements d'or, s'installèrent dans le Nord-Ouest sans crier gare et voulurent s'y conduire en maîtres, la sympathie des Indiens, les Nez Percés y compris, se changea en hostilité. Car pour eux le Nord-Ouest n'était pas un no man's land, c'était leur propriété et ils entendaient la conserver. De là les guerres indiennes qui pendant 30 ans ensanglantèrent le pays, y semèrent la terreur et y maintinrent une atmosphère de violence et de brutalité qu'on a peine à comprendre aujourd'hui. C'était à qui l'emporterait entre les Indiens et les Blancs. Car ne tenant aucun compte des justes prétentions des Indiens, le gouvernement de Washington protégeait les squatters par la force des armes, encourageait l'immigration des Blancs au Nord-Ouest,

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qu'il avait décidé d'ouvrir à la civilisation. Il était inévitable que le plus fort finît par l'emporter. En 1855, un politicien plus entreprenant qu'honnête, le gouverneur Stevens, obtenait des Indiens - ou plus exactement, il leur imposait - des traités, aux termes desquels les diverses tribus seraient désormais confinées dans des réserves, recevraient des annuités du gouvernement et autres avantages leur permettant de survivre. Stevens laissa les autorités de Washington sous l'impression que les traités avaient été agréés de bon coeur; et avant même leur approbation par le Congrès, il invitait les Blancs à s'installer dans le Nord-Ouest, y faisait lever des tracés de route, voire de chemins de fer. C'était aller trop vite en affaire. D'autant plus que ses belles promesses n'étant pas honorées par le gouvernement central, la tension monta entre les Indiens et les Blancs, ceux-là ayant cédé leurs propriétés à ceux-ci et n'obtenant rien ou si peu que rien en retour.

Face à l'invasion des Blancs, les Nez Percés étaient divisés. Les uns s'en tenaient au traité qu'ils considéraient comme un moindre mal et s'efforçaient d'en tirer tous les avantages possibles ; les autres ne voulaient rien avoir à faire avec les Blancs. "La terre est notre Mère",, disaient-ils; "et on lutte jusqu'à la mort inclusivement pour sa mère, on ne la livre jamais."

Rien n'est plus intéressant et plus triste à la fois que Ie récit de la dernière guerre de l'armée américaine contre les Nez Percés patriotes (1877). La responsabilité immédiate doit en être attribuée ...