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OLESON, Triggvi J., Early Voyages and Northern Approaches 1000-1632, "The Canadian Centenary Series" vol. I, McClelland and Stewart Limited, [Toronto, 1963], 23 x 15.5 cm, xii — 211 p.[Notice]

  • Lucien Campeau

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  • Lucien Campeau, s.j.

Ce livre retrace, d'aussi haut que possible, Thistoire des explorations européennes sur la côte orientale du Canada. Il commence naturellement avec la colonisation Scandinave du Groenland, au début du présent millénaire, et les expéditions des Vikings sur notre littoral atlantique. Il poursuit avec les expéditions, surtout anglaises, à la recherche du fameux passage vers l'Asie par le nord-ouest, jusqu'au tiers du dix-septième siècle. Le point de vue est très britannique et, à l'époque colombienne, les Anglais ont presque seuls le crédit des découvertes.

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L'A. fait une discussion remarquable des découvertes et de l'influence Scandinaves au cours de la période préhistorique. Le problème de l'origine des Esquimaux est traité d'une manière qui provoque l'intérêt et l'attention. Les anthropologues distinguent deux cultures successives d'après les découvertes archéologiques : l'une, plus ancienne, dont l'un des caractères est l'usage exclusif des instruments de pierre et d'os, culture de Dorset; l'autre, plus récente, celle de Thulé, où le fer joue un rôle marqué et qui présente plusieurs autres indices d'influence européenne médiévale. Selon l'A., le problème posé par une évolution semblable ne saurait être résolu par des arguments exclusivement anthropologiques, mais il faut l'envisager en rapport avec l'histoire. Il faudrait voir dans les Skraelings des saga Scandinaves, hommes nains au teint sombre voyageant dans des embarcations de peaux, les porteurs de cette culture de Dorset, habitants primitifs de nos régions septentrionales. Et les Tunnits des légendes esquimaudes, grands et vigoureux chasseurs venus de l'est, seraient le peuple de la culture de Thulé. Ces Tunnits, toujours d'après l'A., ne peuvent être autres que les descendants des colons groenlandais, devenus chasseurs par nécessité et métissés avec les populations indigènes. Les Esquimaux modernes tireraient leur origine de cette fusion de la population autochtone avec les rejetons des colons Scandinaves. Les raisons et les faits avancés sont d'un grand intérêt et paraissent, à nos yeux de profane, avoir beaucoup de poids.

L'A. dispose sans trop s'attarder des voyages mythiques faits par des Européens en Amérique, tels celui des moines irlandais qui y auraient un peuplement chrétien (p. 101) et les explorations des frères Zeni (pp. 108ss). Le sujet n'en mérite pas davantage. Mais il prend très au sérieux l'épopée de Jean Cabot. En bref, il fait la synthèse de l'état présent de l'historiographie anglo-saxonne sur le sujet: histoire effroyablement embrouillée, les bribes de faits nageant dans une mer d'hypothèses et de reconstitutions fantaisistes. Sur ce point, l'esprit critique a fait défaut. Un point à retenir: Sébastien Cabot a perdu la plus grande partie du crédit dont il a joui autrefois. Ce volume ne fait pas avancer la question.

Les derniers chapitres, racontant les explorations de Fro-bisher, Davis, Baffin et Hudson, sont d'étoffe historique plus consistante et forment une importante contribution à l'histoire des découvertes des régions arctiques. Car l'A. ne s'est intéressé qu'aux Northern Approaches de notre pays. C'était son droit. Toutefois, pour l'époque classique de la découverte de l'Ame-

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REVUE D'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE

rique, notre continent n'a pas été approché par la voie arctique, mais bien par la voie du sud, celle des explorateurs portugais et espagnols, comme aussi celle des pêcheurs qui venaient à Terre-Neuve. Et parmi ces derniers, il n'y eut pas d'Anglais durant la première moitié du seizième siècle. Très tôt, sans doute, l'Angleterre se passionna pour la recherche d'une route de l ...