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MINVILLE, Esdras, Les Affaires — l'homme — les carrières. Fides, Montréal et Paris, 1965. 176 p. Coll. Bibliothèque économique et sociale. 5¾ x 8.[Notice]

  • Patrick Allen

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  • Patrick Allen
    École des Hautes Études commerciales

Le présent ouvrage n'enseigne pas comment on devient requins de la finance ou fauves dans le jardin des travailleurs. Comme l'indique la présentation, il réunit deux études publiées antérieurement: l'une en 1944 - L'Homme d'Affaires; l'autre en 1953 - Le Chef d'Entreprise. La première, surtout psychologique et pédagogique, s'adresse aux jeunes arrivés à l'âge de choisir une carrière; la seconde, surtout philosophique et sociologique, veut éclairer le grand public sur le type professionnel et le rôle social de l'homme d'affaires comme le connaissent de nos jours les pays économiquement les plus évolués. Ces deux études se complètent, mais ne s'intègrent pas.

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Ce qui attire d'abord l'attention du lecteur qui veut réfléchir est l'essai d'interprétation humaniste de l'homme d'affaires que propose M. Minville. Cet essai est d'autant plus courageux que l'on a longtemps associé les affaires à une certaine forme organisée d'exploitation du public, voire à un genre non avoué de piraterie ou de vandalisme distingué. Il est aussi fort original, car M. Minville a été le premier universitaire à aborder directement le sujet. Il a été appelé à plonger dans le vif de ce sujet comme directeur pendant quelques décennies à l'Ecole des Hautes Etudes commerciales de Montréal. Dans Y Actualité Economique, qui touche en 1966 à sa 41ème année, et dont M. Minville a été l'un des fondateurs, comme dans son livre, l'homme d'affaires est celui qui exerce son activité en économie libre, celui qui en a l'initiative et en garde la responsabilité envers lui-même et la société; sa fonction est à la fois une profession et un magistère ; "il doit à ses aptitudes psychologiques et intellectuelles son type professionnel et, à sa qualité de propriétaire ou d'agent des propriétaires, ses prérogatives de chef." L'homme d'affaires s'identifie avec l'entreprise privée en régime d'économie libre; en économie étatisée, il cesse d'exister, car il ne reste là que des techniciens, des administrateurs et des fonctionnaires qui reçoivent leurs ordres de l'Etat propriétaire.

Selon qu'il se fait une conception matérialiste ou chrétienne de sa fonction de producteur de biens utiles, de créateur d'emplois et d'artisan de la vie économique, l'homme d'affaires peut contribuer à empoisonner ou à assainir les relations d'échange entre l'individu et le milieu social. Plus que tout autre professionnel et parce que les fins de sa fonction se situent au niveau de l'instinct plutôt qu'au niveau des aspirations supérieures de l'être humain, il doit rectifier sans cesse ses réactions d'homme. L'auteur admet que beaucoup d'hommes d'affaires ne comprennent pas ainsi leur métier, mais que plusieurs souffrent les premiers du conflit dans lequel une fausse conception des affaires les a engagés. Sont bien primaires les docteurs en pantoufles qui reprochent à M. Minville d'avoir voulu libérer ce régime institutionnel fondé sur l'erreur.

M. Minville précise ensuite que les affaires comme professions ne se présentent pas comme la médecine, le droit ou le génie, par exemple, mais à la fois comme une grande fonction sociale et un complexe professionnel, l'un et l'autre extrêmement diversifiés. Sous l'angle social, les affaires ne peuvent évidemment être objet d'orientation proprement dite. Il en va autrement de l'aspect professionnel qui comprend de multiples oecu-

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pations ou fonctions : fonctions de direction ou de chefs d'entreprises, qui élaborent les politiques; fonctions auxiliaires ...