Livres et revues

Four O'Clock Lectures, edited by Laurier L. LaPierre. Published for the French Canada Studies Programme McGill University by McGill University Press, Montreal, 1966. "French-Canadian Thinkers of the Nineteenth and Twentieth Centuries". 117 p. Editor's Preface, An introduction to French-Canadian Intellectual History, by Mason Wade.[Notice]

  • Roger Duhamel

Il est réconfortant de constater qu'il existe depuis quelques années, au sein de l'Université McGiIl, un centre d'études canadiennes-françaises. Ses instigateurs ont eu l'heureuse idée de consacrer une série de conférences publiques à quelques-uns des penseurs du Canada français, au XIXe et au XXe siècles. Le fruit de ces travaux, confiés pour la plupart à nos compatriotes, paraît aujourd'hui dans un petit volume qui constitue une très convenable initiation. Nous devons en féliciter l'éditeur, M. Laurier LaPierre, qui possède déjà plusieurs flèches à l'arc de sa publicité ... Il est toutefois malheureux que des circonstances qui nous échappent nous privent du Louis-Joseph Papineau d'Eric D. McLean, du rôle de Mgr Bourget dans l'évolution de Montréal et du Canada français par le R.P. Léon Pouliot, s.j., du sir Wilfrid Laurier de H. Blair Neatby et du Bourassa de Claude Ryan. Le regretter est déjà rendre hommage à cette initiative opportune.

A larges traits, l'historien américain Mason Wade retrace les grandes lignes de notre histoire intellectuelle. D'après lui, notre rupture avec les sources françaises n'aurait pas été aussi radicale que d'aucuns l'ont prétendu, malgré les résistances opposées dans notre milieu aux influences de la France issue de la Révolution. Il estime d'autre part qu'au siècle dernier les Canadiens français n'ont pas pratiqué un isolationnisme absolu à l'égard de leurs concitoyens de langue anglaise. U lui paraît également excessif de soutenir que la pensée canadienne-française s'est présentée comme un bloc monolithique ; le souci commun de la survivance nationale et culturelle s'est exprimé par des tendances diverses. Tout cela, bien entendu, devrait être explicité et nuancé davantage, mais ces considérations ouvrent des voies à une recherche plus approfondie.

472 REVUE D'HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE FRANÇAISE

Dans la série des monographies particulières, Pierre Savard dégage les lignes de force qui articulent le grand oeuvre historique de Garneau, en qui il voit un ' 'maître de la science politique au Canada français" et qui a mis en lumière le concept de combat et de rivalité ethnique, sous-jacent tout au long de notre histoire. Spécialiste de Cartier, Jean-Charles Bonenfant hésite d'abord à reconnaître le titre lourd de penseur à cet architecte de la Confédération. Il analyse lucidement les principales étapes de sa carrière et note le rôle capital qu'il a joué dans l'oeuvre de l'union federative, dans l'expansion vers les territoires de l'Ouest et en faveur de la codification de nos lois civiles françaises. Catholique sincère et sans ostentation, sûr de soi, très autoritaire, peu éloquent, avant tout pragmatique, il ne fut jamais un démocrate authentique. Est-il vrai qu'il aurait déclaré, comme l'a prétendu son ami Louis Archambault : "Beware of Sir John MacDonald. He does not like French Canadians. He even despises them".

Avec un grand luxe de documentation, Jean-Charles Falar-deau situe dans son cadre véritable l'action intellectuelle de Léon Gérin et le rattache à ses maîtres français, Le Play, Tourville et Demolins. Albert Faucher est l'un des premiers à tenter une esquisse de notre contemporain Edouard Montpetit, en soulignant l'influence exercée sur sa pensée par Errol Bouchette et Maurice Barrés, encore que cette dernière m'apparaisse beaucoup plus sentimentale et littéraire que vraiment déterminante de son orientation. Même s'il a beaucoup écrit et professé sur les questions d'économie politique - serait-il plus juste de parler de politique économique ?, - Montpetit a toujours accordé la priorité au maintien des valeurs traditionnelles sur les phénomènes de l'enrichissement matériel. Il a été avant tout l'homme ...