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Notes bibliographiques[Notice]

  • Jean-Pierre Wallot

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  • Jean-Pierre Wallot
    Musée national, Ottawa

La plupart des articles mentionnés ont l'avantage de soulever un problème historique fondamental: l'inexistence économique du Canada français au XIXième siècle, et la montée d'une idéologie sinon "unitaire", du moins largement acceptée, axée sur la terre, le conservatisme social (mais non toujours politique) et économique de même que sur une notion tronquée du nationalisme (restreint à la préservation de la langue, des lois et de la religion). C'est tisonner là toute la question de l'interprétation de la Conquête. Limitons-nous arbitrairement à l'aspect économique, sur-

sance de l'essentiel de sa "sociologie du national" dans les notes polycopiées distribuées aux étudiants. Voir aussi son article "Genèse et historique de l'idée séparatiste au Canada français", Laurentie, no 119 (juin 1962) : 964-996. A l'avenir: "Genèse ...".

22 "Malheureusement, il arrive encore trop souvent que les sociologues décident imprudemment de remonter eux-mêmes le cours du temps sans s'aider pour ce faire des historiens: opération dommageable, sinon aux historiens, du moins à l'histoire et probablement à la sociologie." (Annie Kriegel, "Histoire ouvrière du XIXe et XXe siècle", Revue historique, 90, no 235 (avril-juin 1966) : 458.

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tout abordé par Recherches sociographiques et particulièrement par Jean* Charles Falardeau, heureusement plus prudent sur ce point. Cette déchéance découle-t-elle de "l'idéologie", d'une "philosophie" conservatrice innée et congénitale, du système d'éducation exclusivement centré par les professions et la prêtrise, etc. ? Ou ces derniers symptômes, qui s'imposent peu à peu après 1760, découlent-ils plutôt de l'amputation politique, économique et culturelle de la Conquête ?

Pour dissiper toute équivoque et nous situer clairement avant l'analyse bibliographique, qui ne peut qu'être sélective et critique, nous souscrivons à l'interprétation générale de la Conquête et de ses conséquences telle qu'exposée par Maurice Séguin et "l'école de Montréal". Elle seule, selon nous, permet de résoudre des contradictions autrement insurmontables et tient compte de tous les aspects - politique, économique, géographique, démographique, culturel, etc. - tant avant qu'après la Conquête. Selon cette interprétation, la Conquête brise la colonisation française en Amérique, appelée dans le cours d'un développement normal au séparatisme, à sa "présence par elle-même au monde" (Maurice Séguin, "Genèse...", 965.). Elle tranche ses liens nourriciers et indispensables avec sa métropole, interrompt en quelque sorte le processus de croissance à un moment particulièrement critique: "A Colonial nation is always the offspring of a metropolis devoted to its progress." (Michel Brunet, "The British Conquest: Canadian Social Scientists and the Fate of the Canadiens", CHR, 41 (1959) : 94). L'exode fatal de l'élite la plus dynamique et la banqueroute du trésor français viennent chapeauter un ensemble de faits beaucoup plus graves: la défaite organique ou la perte des leviers politiques, économiques et culturels propres. "Défaite signifie désintégration. Une armée subit la défaite: il peut rester encore des soldats, il ne reste plus d'armée. En 1763, il reste encore des Canadiens, il ne reste plus de Canada." (Guy Frégault, La Civilisation canadienne sous le régime français (Ottawa, 1954), 15. A l'avenir: La Civilisation... Voir aussi ses conclusions à La Guerre de la Conquête (Montréal et Paris, 1955). Sur les ruines de l'ancien Canada vaincu, la nouvelle métropole anglaise construit un second Canada, anglais celui-là, avec tous les avantages que lui confère l'appui d'une métropole : "... colonisation qui s'imposera dès le début par sa suprématie politique et économique et qui, finalement, consolidera par le nombre cette suprématie en devenant majorité." (Maurice Séguin, "Genèse...", 966.). Evincés de la politique, des emplois, du commerce, les conquis durent se replier sur les seules réalités qui surnageaient ...