Livres et revues

PAGEAU, René, Solitude des îles. Illustré par Bruno Hébert. Les Editions de l’Atelier, 3744 rue Jean-Brillant, Montréal 1964. 19 cm. 77 p.[Notice]

  • Benoît Lévesque

Quelques réflexions sur Solitude des îles de René Pageau. Réflexions qui voudraient être une invitation à méditer les poèmes de ce jeune auteur et à communiquer à sa pensée. "Si, comme le dit si bien Rina Lasnier, le poète crée d'abord pour s'exprimer, pourquoi publierait-il sinon pour partager, pour enfoncer en vous cette racine dont il a gardé toute l'amertume pour ne vous en livrer que la fruition ?" Toute poésie est un appel à rompre le pain.

Dans cette perspective, je vous propose simplement ce voyage en haute mer où j'ai pu contempler la Solitude des îles et rencontrer le poète. Descendrez-vous aux mêmes îles ? Rencontre-rez-vous le même homme ? Je ne le sais, mais il vous faut lever l'ancre. Cependant, si vous ne cherchez qu'exotisme, curiosité et nouveauté pour elle-même, restez dans la distraction et le bruit. Ne quittez pas le littoral de vos préoccupations mesquines ! Si, au contraire, vous aimez descendre au plus profond de vous-mêmes, si le silence vaut à vos yeux plus que tout métal, si votre âme aspire à l'Infini, alors ami :

Avance vers la mer vêtue de sagesse Malgré ses allures de verte violence Elle te parlera avec ses paroles de soie.

(Chant de servitude)

Iles difficiles d'accès : l'eau salée et Y "âpreté du sable" découragent les faibles. Loin du rivage et dans la solitude du jour ou de la nuit, elles se découvrent presque d'elles-mêmes.

Toutes différentes ! Les unes couvertes de ténèbres s'appellent: souffrance, misère, inquiétude, combat; les autres, lumineuses et joyeuses se nomment: enfance, espérance, amour, offrande, prières. Chez les premières, le silence de la nuit est

LIVRES ,ET REVUES

499

rompu par le gel qui fait fendre la pierre : cri du moi se cherchant dans l'abîme. Chez les dernières, la matière se métamorphose mystérieusement en pain d'offrande; les issues sont illuminées constamment par la clarté des astres: prière d'une âme qui espère.

Toutes semblables ! toutes baignées par la même eau - celle de la purification, de l'amour et du don. Toutes secouées par le même vent - celui de l'espérance, parfois impatiente. Iles posées sur le roc du moi inquiet.

Ces îles ne sont-elles pas les facettes les plus secrètes de l'âme? "(...) la poésie est chose humaine. Elle naît dans l'homme en son moi le plus profond, là où s'originent toutes ses facultés. Lorsqu'elle s'extériorise en objet, en chant, en poème, elle doit porter la trace de son origine" (Raïssa Mari-tain). Ce pèlerinage intérieur n'est-il pas celui que le poète avait entrepris dans la solitude ?

Ce miroir me fait vrai Il peint mon âme: Fond de mer en blanc (Miroir)

En suivant ce fil d'Ariane, il nous est possible de refaire l'itinéraire spirituel du poète. Le point de départ, cette "parcelle d'enfance", s'éloigne de jour en jour comme l'espérance - "métal d'enfance usagée" - perd peu à peu sa densité primitive.

Comme la joie est lointaine au fond de ma mémoire Plus éloignée que la lune au fond des mers Elle se parfait - diamant - dans le sel de la solitude.

(Lointaine joie)

Cette recherche est provoquée par une prise de conscience de sa condition d'homme, d'être de chair soumis à l'inquiétude aussi irrémédiablement qu'au temps.

Le poète cherche l'issue de ce labyrinthe que sont les souffrances et les misères de la vie. Se retournant vers l'enfance, il ne peut la retenir : elle s'envole !

O enfance à jamais perdue !

Dis combien de jours j'ai remontés

Pour reprendre l'odeur de ta ...