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ROQUEBRUNE, Robert de, Quartier Saint-Louis. Récit. Collection du Nénuphar, Fides, Montréal et Paris, 1966. Préface. 199 p.[Notice]

  • Lionel Groulx

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  • Lionel Groulx, ptre

M. de Roquebrune remue ses souvenirs. Chacun y trouve profit et charme. Ce Quartier Saint-Louis n'a pas l'ampleur de Testament de mon enfance, qui était plutôt la description d'une société dans la nostalgie de son déclin. Ici nous abordons plutôt le genre autobiographique: les mémoires d'une enfance et d'une adolescence. Ce sont, en effet, ses mémoires que M. de Roquebrune aurait entrepris d'écrire. Et il faut s'en réjouir. L'auteur, doué d'une mémoire à la fois vive et légèrement idéalisante, donne aux moindres faits, un relief très réaliste quoique peut-être un peu grossissant. M. de Roquebrune écrit ses mémoires à un âge quelque peu avancé et il les écrit en France. Au coloris qu'inévitablement apporte aux souvenirs le passé, se joint le coloris de l'événement revu à longue distance.

Le "Quartier Saint-Louis", c'est l'histoire d'un enfant qui, en 1897, quitte le manoir familial à la campagne, pour s'en venir habiter ce "Carré" toujours existant à ce moment, mais alors presque à l'extrémité nord de Montréal. Dans la vie de l'enfant passera en large part la description de la ville et de la société du temps. Et après l'enfant nous voyons apparaître l'adolescent, avec ses premières amitiés, ses premières amours, ses vacances, ses voyages à travers le Québec natal, ses lectures, son initiation aux oeuvres des grands maîtres. Une carrière d'écrivain s'ébauche, surtout passionnée d'une certaine forme d'histoire.

Formons l'espoir que M. de Roquebrune continue ses mémoires. Il nous paraît un excellent témoin de son milieu et de sa génération encore si proche et pourtant si éloignée dans l'évolution fougueuse qui nous emporte. L'auteur sait, en outre, raconter. Les esprits graves trouveront peut-être "enfantillages", certains traits de la vie de l'enfant. On pardonne tout à qui raconte avec charme. Charmant ! c'est le mot qui vient naturellement sous la plume en fermant ce livre.

Ferons-nous à l'auteur une légère observation ? A propos des "cages" qu'il voyait passer, enfant, devant Montréal, au fil du courant, il écrit: "mot impropre et mal sonnant pour désigner ces trains de bois formés de troncs d'arbres assemblés". M. de

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Roquebrune qui est un spécialiste de nos archives, n'ignore point que le mot "cage" et "cageux", "mot impropre", est pourtant bien d'invention canadienne et du Régime français. On appelait ainsi, dès ce temps-là, ces trains de "billots" ou de troncs d'arbres, mis véritablement en "cage" par un encerclement d'autres billots, et qui, à l'aide du courant, transportaient au chantier de construction navale de Québec, les bois du Richelieu, du lac Champlain et voire de la Côte Nord.

LIONEL GROULX, ptre